Économie

Viandes rouges : flambée des prix de l’agneau et percée des viandes bovines importées sur le marché marocain

Les marchés marocains des viandes rouges connaissent une recomposition marquée. Tandis que les prix de la viande ovine enregistrent une hausse brutale, la viande bovine importée, notamment en provenance du Brésil et de l’Uruguay, s’impose de plus en plus dans les étals. En toile de fond, des déséquilibres conjoncturels de l’offre, des choix stratégiques des éleveurs et une réorientation des importations.

02 Janvier 2026 À 11:29

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Selon Hicham Jawabri, secrétaire général régional des commerçants de viandes rouges en gros, à Casablanca, les prix des ovins vivants ont bondi en l’espace de quelques jours pour atteindre 53 à 54 dirhams le kilogramme, contre 43 à 45 dirhams auparavant. Cette envolée s’est répercutée immédiatement au niveau des abattoirs, où la viande ovine se négocie désormais entre 100 et 110 dirhams le kilogramme, contre 70 à 90 dirhams ces dernières semaines.

Les professionnels attribuent cette hausse soudaine à la rétention des troupeaux par les éleveurs, qui anticipent une meilleure rentabilité à l’approche de l’Aïd Al-Adha. Cette stratégie a entraîné une raréfaction de l’offre dans les souks hebdomadaires et les circuits d’abattage. Les récentes précipitations ont également joué un rôle ambivalent : elles encouragent le maintien du cheptel au pâturage, mais compliquent en parallèle les déplacements vers les marchés, aggravant les tensions sur l’approvisionnement. Face à ce contexte, Hicham Jawabri, dans une déclaration accordée à Assahra Al Maghribia, estime que les autorités pourraient être amenées à rouvrir les importations d’ovins, suspendues depuis septembre dernier, afin d’éviter un déficit d’offre susceptible d’accentuer la pression sur les prix.

La viande bovine importée gagne du terrain

À l’inverse, la viande bovine importée renforce sa présence sur le marché national. Cette dynamique est soutenue par le maintien de l’exonération des droits de douane jusqu’au 31 décembre 2026, conformément à la loi de finances, dans la limite de 300.000 têtes de bovins et 10.000 têtes de dromadaires. Dans ce cadre, les importateurs marocains ont largement réorienté leurs achats vers le Brésil et l’Uruguay. Le Brésil, souligne Jawabri, dispose d’un cheptel estimé à près de 234 millions de têtes, avec une diversité de races et une qualité reconnue des veaux, conférant aux opérateurs une expertise solide. Parmi les races importées figurent notamment le Nelore, le F1 et le Langis, ainsi qu’une race d’apparence européenne mais d’origine brésilienne. Le Nelore, souvent confondu avec le buffle en raison de sa morphologie, demeure une race bovine distincte.

D'autres parts, aux abattoirs, les écarts de prix expliquent l’attrait croissant pour les viandes importées. La viande de Nelore se situe autour de 70 dirhams le kilogramme, contre 92 dirhams pour la viande bovine locale ou d’origine espagnole. La viande uruguayenne s’établit, elle, à environ 80 dirhams le kilogramme. Des niveaux qui favorisent un report de la demande vers les produits importés, jugés plus abordables.

Malgré l’importance de la quota de 300.000 têtes prévue pour 2026, les professionnels doutent de sa suffisance si la flambée des prix de l’agneau se prolonge. Une révision à la hausse de cette enveloppe n’est pas exclue si l’évolution du marché l’exige.

A noter que la prolongation de l’exonération douanière sur les importations de bovins s’inscrit, selon le gouvernement, dans une stratégie publique de soutien à l’approvisionnement, visant à contenir l’inflation et à préserver le pouvoir d’achat des ménages. Une politique d’autant plus cruciale que le secteur de l’élevage demeure exposé aux aléas climatiques et aux chocs économiques, dont les effets se répercutent directement sur les prix des viandes rouges.

Mais dans l’immédiat, le marché reste sous tension, pris entre la cherté de l’agneau et la montée en puissance d’une offre bovine importée appelée à jouer un rôle d’amortisseur dans les mois à venir.
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