Société

3e Colloque international du préscolaire : La formation des éducateurs à la loupe

Le troisième Colloque international dédié à l’enseignement du préscolaire, prévu les 9 et 10 juin à Rabat, sera l’occasion de mettre en débat la formation des éducateurs de la petite enfance et de chercher des moyens de l’améliorer pour mieux répondre aux besoins réels de cette population.

La Feuille de route 2022-2026 du ministère de l’Éducation nationale insiste sur le développement d’un préscolaire de qualité.

05 Juin 2023 À 13:05

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L’Institut français du Maroc et la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Mohammed V de Rabat organisent, les 9 et 10 juin, le Colloque international dédié au préscolaire. Cette troisième édition se tiendra sur le thème «Quelle formation pour une éducation de qualité au préscolaire ? Les outils et pratiques en question». Ce Colloque international sera donc l’occasion de mettre en débat la question de la formation des enseignants du préscolaire et de faire un point d’étape sur les avancées réelles de l’éducation préscolaire au Maroc et ailleurs. «La mise en place d’un enseignement préscolaire de qualité, répondant aux besoins réels du jeune enfant et tenant compte des particularités des contextes socio-culturels et institutionnels, n’est envisageable que lorsque les processus de préscolarisation s’accompagnent de réelles réflexions sur la formation des praticiens spécialistes de la petite enfance», indiquent les organisateurs.

Ces derniers rappellent également que le secteur du préscolaire s’est développé à grande vitesse depuis le lancement du Programme national de généralisation et de développement du préscolaire en 2018, avec de nombreuses ouvertures de classes sur l’ensemble du Royaume et une augmentation accrue du nombre d’éducateurs formés chaque année. «La feuille de route 2022-2026 du ministère de l’Éducation nationale du préscolaire et des sports insiste notamment sur le développement d’un préscolaire de qualité, régulé par l’État et généralisé pour préparer l’ensemble des élèves à la réussite scolaire», soulignent-ils.

Et d’ajouter que «dans ce contexte, les questions liées à la formation des éducateurs du préscolaire et leur rôle dans l’élaboration de contenus et d’activités pédagogiques sont cruciaux, quelles que soient les institutions et structures de formation dont ils dépendent. Durant ce colloque, l’échange entre chercheurs et praticiens en provenance du Canada, de France, du Maroc et de Tunisie suscitera certainement une réflexion critique et constructive».

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3 questions à Lucile Chapiro, attachée de la Coopération pour le français à la Direction générale de l’Institut français du Maroc : «Malgré le succès du Programme national de généralisation du préscolaire, le pays reste confronté à des difficultés majeures»

Le Matin : Le thème du Colloque international du préscolaire porte, cette année, sur la formation des éducateurs. Pourquoi ce choix ?r>Lucile Chapiro : La thématique des deux précédentes éditions portait sur les enjeux de la généralisation du préscolaire au Maroc. Pour cette troisième édition que nous avons voulue plus spécifique, nous allons aborder la question de la formation des éducateurs, dans une période où plus de 8.000 nouveaux éducateurs du préscolaire sont formés chaque année au Maroc, pour faire face au nombre grandissant d’enfants bénéficiant désormais de cet enseignement.r>Par ailleurs, l’Institut français du Maroc accompagne actuellement le ministère de l’Éducation nationale, du préscolaire et des sports dans un projet pilote de formation diplômante des éducateurs et des encadrants, en partenariat avec l’Université de Lyon. Cette formation permettra à une première promotion d’obtenir un diplôme universitaire autour de la petite enfance et sera étendue en 2024 à un grand nombre d’encadrants. Il nous semblait important de présenter les avancées de ce projet dans le cadre du Colloque et de réfléchir, avec des chercheurs de plusieurs pays, aux dispositifs de formation innovants mis en place dans différentes structures et tenant compte des dernières avancées scientifiques dans le domaine de la petite enfance.

Quel rôle jouent les éducateurs du préscolaire dans l’élaboration de contenus et des activités pédagogiques ?r>Les éducateurs travaillent selon un Cadre curriculaire créé en 2018 qui fixe les grands principes de l’éducation préscolaire et prend en compte les besoins du jeune enfant. Il s’agit des compétences liées à la découverte de soi et de l’entourage, les compétences liées à la construction des bases des opérations mentales et de l’organisation de la pensée, les compétences relatives à l’expression linguistique et à la communication, les compétences liées au développement de la cohérence sensori-motrice et à l’appréhension des positions du corps, les compétences liées à l’expression artistique et esthétique et les compétences liées au développement des valeurs religieuses, nationales, et des règles de vie commune.r>Comme dans toute action éducative, les éducateurs bénéficient d’une certaine liberté dans la mise en œuvre pédagogique, dans le respect du cadre.

Quel état des lieux faites-vous du secteur du préscolaire depuis le lancement du Programme de généralisation en 2018 ? Et quels sont les défis à relever encore ?r>Le nombre d’enfants bénéficiant d’un enseignement préscolaire est passé de moins de 700.000 en 2018 à plus de 930.000 actuellement, ce qui représente un taux de scolarisation de 76% (contre 45% en 2018). En parallèle, le nombre d’éducateurs est passé de 37.000 à plus de 50.000. La Feuille de route 2022-2026 du ministère de l’Éducation nationale fait du développement de l’enseignement préscolaire une priorité. Le ministère joue un rôle de régulation des différentes institutions en charge du préscolaire et a permis de restructurer cet enseignement en mettant à disposition des outils de référence. C’est une réelle avancée pour le développement d’un enseignement préscolaire de qualité au Maroc dont la généralisation est annoncée à l’horizon de 2027.r>Le pays reste, cependant, confronté à des difficultés majeures pour réussir ce saut quantitatif d’envergure. La première concerne le niveau de qualification des personnels assurant le face à face pédagogique. La formation initiale des éducateurs du préscolaire affiche aujourd’hui des marges d’évolution importantes pour que leur enseignement puisse répondre aux standards internationaux. L’accompagnement des éducateurs par des formateurs intermédiaires de bon niveau constitue la seconde fragilité du dispositif actuel. Il faut donc structurer cet encadrement de proximité avec l’appui d’un réseau de formateurs ayant non seulement l’expérience, mais également les compétences clés d’un référentiel de mission aligné sur les dernières avancées scientifiques dans le domaine.

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