LE MATIN
21 Octobre 2026
À 09:12
Le monde est "dangereusement loin du compte" et "ne peut plus éviter de dépasser la limite de 1,5°C", objectif le plus ambitieux de
l'accord de Paris de 2015, a déclaré
Antonio Guterres, le secrétaire général de
l'ONU, lors du lancement du rapport annuel du
Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) sur l'écart entre les
émissions et les
objectifs climatiques.
Selon le rapport, même si les nations honorent leurs engagements de réduction des
émissions de gaz à effet de serre, les
températures mondiales seraient supérieures de 2,6°C aux niveaux préindustriels à la fin du siècle.
Des projections plus sombres que celles de l'an dernier - réchauffement de 2,3°C à 2,5 °C - notamment en raison du retrait des États-Unis, deuxième plus grand pollueur mondial, de l'accord de Paris et de la révision des estimations d'émissions historiques.
Sur la seule base des politiques actuelles, sans tenir compte des engagements à faire mieux, le
réchauffement mondial pourrait même atteindre 2,8°C d'ici 2100, le double de son niveau actuel, alors que le monde subit déjà nombre de
phénomènes climatiques extrêmes (inondations meurtrières, vagues de chaleur brutales, incendies incontrôlables) comme ceux qui ont frappé l'Europe cet été.
"Les conséquences sont déjà dévastatrices", mais cela "ne signifie pas pour autant qu'il faille baisser les bras", souligne M. Guterres, à trois semaines avant la 31e
conférence de l'ONU sur le climat (9-20 novembre) en
Turquie.
Les
émissions de gaz à effet de serre, liées à la combustion du charbon, du pétrole et du gaz, restent "à des niveaux records" en 2025. Et les
plans climatiques nationaux et les politiques actuelles sont "dangereusement insuffisants", mais "nous disposons des outils nécessaires pour changer de cap et nous éloigner du précipice", estime le responsable onusien.
Parmi les six plus grands émetteurs, les données préliminaires pour 2025 montrent une
hausse des émissions aux
États-Unis, en
Indonésie et en
Chine, et d'une baisse en
Inde, en
Russie et dans
l'Union européenne.
La possibilité de maintenir le réchauffement sous 1,5°C "a disparu", tranche le rapport, après des "décennies d'action climatique insuffisante", notamment de la part des pays riches du G20, responsables des trois quarts des émissions.
"Il s'agit là d'un échec historique du leadership politique. Les données scientifiques sont claires depuis des décennies, mais les gouvernements ont préféré tergiverser plutôt que d'agir. Les conséquences se mesureront en vies perdues, et pas seulement en degrés de réchauffement", déplore
Mohamed Adow, directeur de
Power Shift Africa, qui cherche à mobiliser sur la
question climatique en Afrique.
Les scientifiques avertissent que chaque fraction de degré supplémentaire au-delà de 1,5°C accroît la fréquence des
phénomènes météorologiques extrêmes et la probabilité de changements irréversibles pour la planète, du dépérissement des
récifs coralliens à la fonte du
pergélisol.
Le rapport envisage néanmoins un scénario plus favorable, dans lequel le réchauffement culminerait entre 1,7°C et 1,8°C avant de repasser sous 1,5°C d'ici à 2100.
Pour y parvenir, les
émissions mondiales devraient diminuer de 18% d'ici 2030, de 45% d'ici 2035 et de 69% d'ici 2040, par rapport à 2025.
Par comparaison, la réalisation des
engagements climatiques actuels ne conduira qu'à une baisse de 5 à 8% d'ici 2030 et de 11 à 15% d'ici 2035, selon l'ONU.
"Le moment décisif - celui où tout se joue - est arrivé ; c'est maintenant, et non plus tard", a déclaré Inger Andersen, directrice exécutive du PNUE, avertissant que "la fenêtre d'opportunité est en train de se refermer".
Pour cela, les pays devront "amplifier" les progrès déjà accomplis - la capacité mondiale en
énergies renouvelables a progressé trois fois plus vite que prévu, le déploiement de
l'énergie solaire photovoltaïque a été multiplié par sept... - et "accélérer la dynamique" de "manière significative", juge
Anne Olhoff, une des rédactrices du rapport.
Mais des blocages persistent, notamment sur la sortie progressive des
combustibles fossiles, où "nous ne constatons aucun progrès à la hauteur des exigences", souligne Mme Olhoff, et sur la déforestation.