Emploi des jeunes : le chômage mondial repart à la hausse et atteint 12,4% (OIT)
Après avoir atteint en 2023 son niveau le plus bas depuis plus de vingt ans, le chômage des jeunes repart à la hausse dans le monde. Dans son rapport 2026 sur les tendances mondiales de l’emploi des jeunes, publié récemment, l’Organisation internationale du Travail (OIT) estime que 67 millions de jeunes de 15 à 24 ans étaient au chômage en 2025, tandis que l’Afrique du Nord reste l’une des régions où leur insertion professionnelle est la plus difficile.
Saloua Islah
17 Août 2026
À 11:25
Le taux de chômage mondial des jeunes âgés de 15 à 24 ans est remonté à 12,4% en 2025, contre 12,3% en 2023, année où il avait atteint son niveau le plus bas depuis plus de deux décennies. Au total, 67 millions de jeunes étaient au chômage l’an dernier. Dans son rapport Global Employment Trends for Youth 2026, l’Organisation internationale du Travail (OIT) attribue cette inversion de tendance au ralentissement de la croissance mondiale, à l’affaiblissement de la création d’emplois, aux tensions géopolitiques et aux mutations technologiques, qui rendent plus difficile le passage de la formation vers l’emploi.
Entre 2023 et 2025, le chômage des jeunes a augmenté dans huit des onze sous-régions étudiées par l’OIT. Les plus fortes progressions ont été observées en Afrique du Nord, en Amérique du Nord ainsi qu’en Europe du Nord, du Sud et de l’Ouest. En Afrique du Nord, la hausse a atteint 1,8 point en deux ans, et jusqu’à 2,8 points chez les jeunes femmes.
Avec un taux de chômage des jeunes de 22,6% en 2025, l’Afrique du Nord reste l’une des régions les plus touchées au monde, derrière les États arabes, où ce taux s’établit à 26,2%. Autrement dit, plus d’un jeune actif sur cinq y cherche un emploi sans parvenir à en trouver. Pour l’OIT, la persistance de niveaux aussi élevés témoigne de difficultés structurelles d’insertion des nouvelles générations sur le marché du travail.
Le chômage ne couvre cependant qu’une partie du problème, l’OIT relevant également une hausse du nombre de jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation (NEET). Leur proportion est passée de 19,7% de la population jeune en 2023 à 20% en 2025. Leur nombre a ainsi augmenté de neuf millions en deux ans pour atteindre 257 millions de personnes dans le monde.
Cette situation concerne davantage les jeunes femmes, qui représentent plus des deux tiers des NEET à l’échelle mondiale. En 2025, 27,4% des jeunes femmes se trouvaient dans cette situation, contre 13,1% des jeunes hommes. L’OIT met notamment en cause les responsabilités familiales non rémunérées, les discriminations et l’accès limité à des emplois de qualité, des contraintes particulièrement présentes en Afrique du Nord, dans les États arabes et en Asie du Sud.
L’emploi des jeunes progresse moins vite que leur population
Le nombre de jeunes disposant d’un emploi a pourtant augmenté, avec 476 millions de personnes âgées de 15 à 24 ans qui travaillaient dans le monde en 2025, un niveau qui n’avait plus été atteint depuis 2013. Cette progression n’a toutefois pas suivi le rythme de croissance de la population jeune. Le taux d’emploi des 15-24 ans s’est ainsi établi à 37,1%, légèrement en dessous des 37,2% enregistrés en 2023 et 2024.
L’évolution de la structure des emplois complique également l’insertion professionnelle. L’OIT observe une contraction des débouchés dans les métiers moyennement qualifiés, auxquels accèdent traditionnellement les jeunes ayant suivi un enseignement secondaire ou une formation technique. Cette évolution réduit les possibilités d’accès au premier emploi pour une partie de ces diplômés. À l’inverse, l’emploi continue de progresser dans plusieurs métiers techniques hautement qualifiés, notamment dans les sciences, l’ingénierie, la santé et les technologies de l’information et de la communication.
L’intelligence artificielle constitue un facteur supplémentaire d’incertitude, l’agence des Nations unies spécialisée dans le travail et l’emploi estimant que sa diffusion pourrait accélérer la transformation de certains métiers et accentuer la diminution des postes intermédiaires. L’organisation souligne toutefois que ses effets sur l’emploi restent encore incertains et dépendront notamment de la manière dont ces technologies seront intégrées aux économies et accompagnées par les politiques publiques.
Les perspectives à court terme ne laissent entrevoir qu’une amélioration limitée. L’OIT prévoit un taux de chômage mondial des jeunes de 12,3% en 2026 et en 2027, soit quasiment le même niveau qu’en 2025. Le nombre de jeunes chômeurs devrait même atteindre environ 68 millions en 2027, sous l’effet notamment de l’évolution démographique. En Afrique du Nord, le taux devrait diminuer au cours des deux prochaines années, tout en restant supérieur à 20%.
Maroc : le chômage des jeunes résiste à l’amélioration du marché du travail
Au Maroc, l’évolution du marché du travail fait apparaître un décalage persistant entre la création d’emplois et l’insertion des jeunes. Selon les données du Haut-Commissariat au Plan (HCP), le taux de chômage national a légèrement reculé de 13,3% en 2024 à 13% en 2025, alors qu’il a continué d’augmenter chez les 15-24 ans, passant de 36,7% à 37,2%. Cette évolution montre que l’amélioration observée à l’échelle nationale ne profite pas de la même manière aux différentes tranches d’âge.
Ce constat est d’autant plus significatif que l’économie marocaine a créé 193.000 emplois nets en 2025, contre 82.000 un an auparavant. L’essentiel des créations a été porté par les services, le BTP et l’industrie, sans pour autant entraîner une baisse du chômage chez les plus jeunes. La difficulté se situe donc aussi dans leur capacité à accéder aux emplois créés, notamment lorsqu’ils arrivent pour la première fois sur le marché du travail. Un indicateur l’illustre : la proportion des chômeurs n’ayant jamais travaillé est passée de 49,3% en 2024 à 52,9% en 2025.
Les données du premier trimestre 2026 confirment cette forte exposition des jeunes au chômage. Selon la nouvelle enquête sur la main-d’œuvre du HCP, le taux atteint 29,2% chez les 15-24 ans, contre 10,8% au niveau national. Le chômage au sens strict s’établit à 10,8% au niveau national, mais atteint 29,2% chez les 15-24 ans. Les jeunes demeurent ainsi la tranche d’âge la plus exposée au chômage.
La situation marocaine rejoint dès lors l’un des principaux constats dressés par l’OIT pour l’Afrique du Nord : la question ne se limite pas au nombre d’emplois créés, mais concerne également l’accès des jeunes à ces emplois. L’entrée sur le marché du travail demeure particulièrement difficile, ce qui pose à la fois la question des débouchés accessibles aux nouveaux entrants et celle de l’adéquation entre les qualifications acquises et les besoins des employeurs.