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Reconstruction d’Al Haouz : Quand l'autonomisation devient la meilleure réponse au séisme

Trois ans après le séisme dévastateur de septembre 2023, l'Institut européen de coopération et de développement (IECD Maroc) tire le bilan d'une intervention hors norme dans la province d'Al Haouz. Plus de 1.600 bénéficiaires directs, 420 porteurs de projets accompagnés, 904 enfants accueillis dans des structures préscolaires renforcées, 290 personnes soutenues psychologiquement et, surtout, six marchés solidaires qui fonctionnent aujourd'hui en toute autonomie. Présentés le 10 juin 2026 à Marrakech lors d'une conférence de presse réunissant partenaires institutionnels, ONG nationales et internationales, et associations locales, ces résultats dessinent les contours d'un modèle de reconstruction qui parie résolument sur l'économie locale et l'émancipation des femmes.

14 Juin 2026 À 17:32

Septembre 2023. Le sol d’Al Haouz tremble, les pierres s'effondrent, et avec elles des décennies de fragile équilibre économique et social dans l'une des provinces les plus vulnérables de la région de Marrakech-Safi. Dans un territoire déjà marqué par des inégalités profondes, la catastrophe aggrave ce que le temps avait patiemment installé. C'est dans ce contexte que l'IECD Maroc, présent au Maroc depuis 2017, choisit une voie singulière : non pas distribuer, mais construire.

Un projet, une philosophie

Le projet AMEAL, Avenir meilleur pour l'entrepreneuriat et l'apprentissage locaux, porté conjointement par l'IECD Maroc et CARE Maroc, s'est déployé sur trois années dans la province d'Al Haouz avec une architecture d'intervention délibérément intégrée. Trois piliers ont structuré l'action : le soutien à l'entrepreneuriat local, le renforcement de l'éducation préscolaire et l'accompagnement psychosocial des populations traumatisées. Une chaîne cohérente, où chaque maillon nourrit les autres.

Aurélie Glénisson, directrice des opérations de l'IECD Maroc, a décrit lors de la conférence de presse une intervention pensée dès le départ pour survivre à elle-même. «Nous avons veillé dès le départ à la pérennisation des actions engagées», a-t-elle affirmé, soulignant que les résultats les plus durables sont ceux qui se construisent collectivement, avec les acteurs des territoires et au plus près des besoins des populations.

Des chiffres, et derrière eux des vies

Les données livrées à Marrakech parlent d'elles-mêmes. Plus de 400 porteurs de projets ont bénéficié d'un accompagnement pour relancer ou développer leurs activités économiques. Près de 900 enfants ont accédé à un environnement préscolaire renforcé grâce à l'aménagement de 39 infrastructures. Parmi ces enfants, 90% ont affiché des progrès mesurables dans leurs capacités cognitives. Détail révélateur : 49% des fillettes bénéficiaires ont désormais accès à des installations sanitaires adaptées, un indicateur qui dit autant sur l'état des lieux avant l'intervention que sur l'impact réel du projet. Sur le plan de la résilience humaine, quelque 290 personnes ont reçu un accompagnement psychosocial. Parallèlement, 16 éducateurs et éducatrices ont participé à des ateliers dédiés au soutien psychologique, et le programme a couvert 27 villages à travers des caravanes de sensibilisation, des cycles de formation et des ateliers de terrain.

L'autonomie comme mesure du succès

Mais c'est peut-être dans ce chiffre discret que réside la véritable ambition du projet : six marchés solidaires permanents, créés dans la région, fonctionnent aujourd'hui de manière entièrement autonome. Ces espaces permettent aux bénéficiaires de commercialiser leurs produits, d'améliorer leur visibilité et de renforcer durablement leur accès aux marchés. Sept associations locales ont par ailleurs bénéficié d'un renforcement de capacités, afin que les villages les plus reculés puissent, selon les termes de Nabil Jadri, directeur exécutif de l'IECD Maroc, «atteindre l'autonomie, développer leur expertise et disposer des moyens techniques et financiers nécessaires pour poursuivre les activités après la fin du projet».

Les femmes, pivot du redressement

L'autonomisation économique des femmes a constitué, de l'aveu même des responsables du projet, un axe central de l'intervention. Aurélie Glénisson, directrice des opérations IECD Maroc, a détaillé les freins méthodiquement levés : mobilité, garde des enfants, contraintes familiales, niveaux de littératie. Résultat : une participation féminine significative et de nouvelles perspectives économiques ouvertes dans un contexte post-séisme.

Catherine Bonnaud, directrice de l'Agence française de développement (AFD) au Maroc, bailleur du programme, a confirmé cette lecture. L'autonomisation économique des femmes à travers l'accès au marché du travail, aux coopératives et aux revenus durables constitue, selon elle, «un investissement prometteur aux effets positifs sur les familles et les communautés locales». Elle a également insisté sur l'importance du renforcement des compétences des éducateurs pour garantir la pérennité des initiatives engagées.

Al Haouz, chantier ouvert

La conférence de presse du 10 juin n'était pas qu'un bilan. C'était aussi une déclaration d'intention. L'IECD Maroc a annoncé la création, en partenariat avec l'Entraide nationale, d'un réseau d'incubateurs socio-économiques de proximité destinés aux femmes de la région. Ces espaces ont vocation à être des lieux de formation, d'accompagnement et d'émancipation économique, mais aussi de rencontre et de renforcement du lien social. Car si les chiffres attestent une intervention réussie, les besoins demeurent, comme l'a reconnu Mme Glénisson sans détour : «Les besoins restent importants dans la région».
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