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Élections 2026 : comment le nouvel arsenal juridique assainit le climat des législatives

Alors que les prochaines législatives pointent déjà à l’horizon, le Maroc peut se targuer d’avoir engagé une réforme d’ampleur de son système électoral. Celle-ci repose sur trois textes : la loi n°55.25 relative aux listes électorales et aux opérations électorales, la loi organique n°54.25 relative aux partis politiques et la loi organique n°53.25 relative à la Chambre des représentants. Ces trois textes forment un véritable triptyque juridique, intervenant à la fois sur les conditions de participation des électeurs, le fonctionnement des partis et les exigences d’exemplarité des élus. Ils sont ainsi appelés à redéfinir substantiellement les règles de la compétition électorale et, partant, à créer des conditions plus saines et plus équitables pour l’exercice démocratique. Voici comment !

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Dans la perspective des élections législatives du 23 septembre 2026, le Maroc a engagé une réforme d’ampleur de son système électoral. Présentée comme l’une des évolutions majeures de l’architecture électorale depuis l’adoption de la Constitution de 2011, cette réforme ne se limite pas à des ajustements techniques. Elle entend agir simultanément sur les trois principaux piliers de la démocratie représentative : le corps électoral, les partis politiques et les représentants élus. Elle repose sur trois textes : la loi n°55.25 relative aux listes électorales et aux opérations électorales, la loi organique n°54.25 relative aux partis politiques et la loi organique n°53.25 relative à la Chambre des représentants. L’objectif affiché est de moderniser le processus électoral, d’en renforcer la transparence et l’intégrité, de responsabiliser davantage les acteurs politiques et de favoriser la confiance des citoyens dans les institutions représentatives. Les trois textes forment ainsi un triptyque juridique cohérent, intervenant à la fois sur les conditions de participation des électeurs, le fonctionnement des partis et les exigences d’exemplarité des élus.

Moderniser et sécuriser le processus électoral

Premier pilier de la réforme, la loi n°55.25 modifie et complète la loi n°57.11 relative aux listes électorales générales, aux opérations de référendums et à l’utilisation des moyens audiovisuels publics lors des campagnes électorales et référendaires. L’une de ses principales innovations est l’intégration officielle de l’inscription en ligne sur les listes électorales, aussi bien pour les citoyens résidant au Maroc que pour les Marocains du monde. Cette dématérialisation visait à simplifier les démarches, réduire les délais et faciliter l’inscription, notamment auprès des jeunes. La carte nationale d’identité devient le justificatif unique requis. L’âge d’inscription est clairement fixé à 18 ans révolus à la date de clôture des listes. La réforme impose également aux électeurs ayant changé de résidence de transférer leur inscription vers leur nouveau lieu de résidence, sous peine de radiation automatique. L’objectif est de fiabiliser les listes, de limiter les inscriptions multiples ou obsolètes et de rapprocher les électeurs de leur territoire de vote.

La loi renforce parallèlement les mécanismes de contrôle et les sanctions contre les pratiques frauduleuses. Elle élargit notamment les motifs d’inéligibilité et prévoit des sanctions plus lourdes contre les personnes qui procèdent à des inscriptions irrégulières, falsifient des données ou cherchent à influencer frauduleusement les résultats. Le dispositif procède aussi à une harmonisation du cadre juridique, en intégrant dans la loi n°57.11 certaines dispositions auparavant prévues par la loi n°88.14 relative à la révision exceptionnelle des listes électorales. Il favorise davantage les notifications électroniques, notamment pour les Marocains résidant à l'étranger (MRE), et raccourcit les délais de traitement des recours afin de préserver le calendrier électoral.

La réforme prend enfin en compte les nouveaux risques liés à la transformation numérique. Face au poids croissant des réseaux sociaux, des plateformes numériques et de l’intelligence artificielle, elle encadre la publication des sondages et estimations électorales durant la période de réserve, du quinzième jour précédant la campagne jusqu’à la clôture du vote. Des sanctions pénales et financières sont prévues pour les contrevenants. Il s’agit de prévenir les manipulations de l’opinion et de préserver l’équité entre les candidats. Ainsi, la loi n°55.25 vise à rendre le processus électoral à la fois plus accessible, plus fiable, plus transparent et mieux adapté à l’ère numérique.

Réorganiser et responsabiliser le champ partisan

Le deuxième pilier est constitué par la loi organique n°54.25, modifiant et complétant la loi organique n°29.11 relative aux partis politiques. Le texte entend aller au-delà d’un simple toilettage juridique en agissant sur le financement, la gouvernance, la représentativité et les conditions de création des formations politiques. Le financement public constitue ainsi l’un des principaux axes de la réforme. Les partis sont soumis à des exigences accrues de transparence et de reddition des comptes. Une formation qui ne présente pas ses comptes annuels pendant trois années consécutives pourra faire l’objet d’une dissolution judiciaire à la demande du ministère de l’Intérieur. Cette mesure répond aux critiques récurrentes concernant la justification et l’utilisation des fonds publics.

La réforme ouvre toutefois de nouvelles possibilités de financement. Le plafond annuel des dons privés par donateur est relevé de 600.000 à 800.000 dirhams. Les partis peuvent également créer leurs propres sociétés, à condition que celles-ci soient exclusivement consacrées à des activités liées à leur mission, telles que l’édition, la production de contenus numériques ou l’impression. Leurs résultats financiers doivent être intégrés aux comptes du parti et toute irrégularité peut entraîner leur dissolution.

La loi durcit également les conditions de création des nouveaux partis. Douze membres fondateurs, issus de régions différentes du Royaume, sont désormais requis, contre trois auparavant. Le nombre de déclarations individuelles de soutien passe de 300 à 2.000, réparties sur les douze régions, avec au moins 100 signataires par région. Le congrès constitutif doit réunir au minimum 1.500 participants et assurer une représentation équilibrée des régions, des femmes et des jeunes. L’objectif est de limiter les initiatives partisanes de circonstance et de garantir, dès la création du parti, un ancrage territorial et une représentativité nationale.

Rajeunir et féminiser les partis

Le renouvellement des élites constitue un autre axe fort de la réforme. La loi impose qu’au moins 30% de femmes et 10% de jeunes de moins de 40 ans siègent dans les instances dirigeantes des partis. Elle prévoit également des incitations financières afin d’encourager la présentation de femmes, de jeunes, de MRE et de personnes en situation de handicap. Chaque siège remporté par certains de ces profils peut ainsi donner droit à un soutien public multiplié par six. L’objectif est d’inciter les partis à diversifier leurs candidatures et à favoriser l’émergence de nouvelles générations politiques. La réforme facilite également l’accès de candidats indépendants au soutien de l’État en abaissant de 5 à 2% le seuil de voix requis dans leur circonscription, tout en maintenant l’exigence de 200 signatures d’électeurs. Le dispositif entend ainsi offrir davantage de possibilités d’engagement politique en dehors des structures partisanes traditionnelles.

La loi renforce enfin la démocratie interne des partis : tenue régulière des congrès, publication des règlements intérieurs, élections internes et mise à jour des registres des adhérents deviennent des exigences plus strictes. Les manquements peuvent entraîner des sanctions financières allant jusqu’à 100.000 dirhams, voire des poursuites judiciaires en cas de fraude. Les fusions et alliances entre partis doivent également respecter des procédures formelles, notamment en matière de déclaration et de compatibilité des programmes. L’ambition est donc de disposer d’un champ partisan plus transparent, plus structuré, plus représentatif et davantage renouvelé.

Renforcer l’exemplarité des représentants

Le troisième pilier est constitué par la loi organique n°53.25 modifiant la loi organique n°27.11 relative à la Chambre des représentants. Elle concerne les conditions d’éligibilité, les cas d’inéligibilité, la déchéance du mandat et les incompatibilités. Le texte élargit les catégories de personnes qui ne peuvent se présenter à une élection. Sont notamment concernées les personnes ayant fait l’objet d’un jugement définitif d’exclusion d’une fonction élective, celles condamnées pour certains crimes ou délits entraînant la perte de l’éligibilité, ainsi que certaines situations de flagrant délit liées à la probité, à l’intégrité du scrutin ou à la moralité publique. La durée de certaines incapacités électorales est également prolongée : alors qu’un seul mandat législatif pouvait auparavant suffire pour recouvrer l’éligibilité, le nouveau dispositif prévoit désormais deux mandats complets à compter de la date à laquelle le jugement d’exclusion devient définitif.

Une autre innovation importante concerne les députés en exercice. Un parlementaire détenu pendant six mois ou plus peut faire l’objet d’une procédure de déchéance de son mandat. Celle-ci relève de la Cour constitutionnelle, saisie par le Ministère public ou par l’autorité chargée de recevoir les déclarations de candidature. La juridiction ayant prononcé l’incarcération doit transmettre sa décision au wali ou au gouverneur dans un délai de trente jours. La loi renforce également les règles destinées à garantir la neutralité de l’administration. Les agents d’autorité, fonctionnaires et cadres du ministère de l’Intérieur sont soumis à des restrictions accrues en matière de candidature, pouvant atteindre quatre ans dans la circonscription où ils exerçaient leurs fonctions. Le texte encadre en outre davantage les incompatibilités, notamment en rappelant qu’un député ne peut cumuler son mandat avec la présidence d’un Conseil de région et en limitant certains cumuls de présidences d’organes élus. L’objectif est de mieux séparer les responsabilités nationales et locales et de prévenir les conflits de fonctions.

Une réforme conçue comme un ensemble cohérent

Pris séparément, les trois textes répondent à des objectifs distincts. La loi n°55.25 modernise le corps électoral et les opérations de vote ; la loi organique n°54.25 restructure le champ partisan ; la loi organique n°53.25 renforce les exigences applicables aux candidats et aux députés. Ensemble, ils constituent toutefois une réforme globale de la démocratie représentative. La logique est celle d’une intervention simultanée sur les trois acteurs essentiels du processus démocratique : le citoyen qui vote, le parti qui sollicite son suffrage et l’élu qui reçoit son mandat.

La première réforme cherche à garantir un corps électoral plus fiable et un scrutin plus sécurisé. La deuxième vise à rendre les partis plus transparents, mieux gouvernés et plus représentatifs, tout en favorisant le renouvellement des élites. La troisième entend relever le niveau d’exigence en matière d’intégrité et d’exemplarité des représentants. Cette approche répond également à plusieurs défis actuels : la défiance envers les partis, le renouvellement insuffisant des élites, la sous-représentation de certaines catégories de la population, les risques de fraude et, désormais, les menaces liées à la désinformation numérique. La réforme tente d’y répondre à la fois par la simplification des procédures, le contrôle, la responsabilisation et l’incitation.

Au-delà de sa dimension technique, ce triptyque traduit ainsi une même orientation : inscrire la vie politique dans une logique de responsabilité, de transparence, d’intégrité et de bonne gouvernance. En intervenant simultanément sur les listes électorales, les partis et les élus, le législateur entend améliorer non pas seulement l’organisation du scrutin, mais la qualité globale de la représentation politique.

À quelques semaines des législatives du 23 septembre 2026, cette réforme est donc présentée comme une étape importante de la modernisation de la démocratie représentative marocaine. Elle cherche à conjuguer fiabilité du processus électoral, transparence du financement politique, renouvellement des élites, exemplarité des élus et participation citoyenne. En ce sens, les lois n°55.25, n°54.25 et n°53.25 forment un dispositif intégré destiné à renforcer les conditions d’un jeu démocratique plus transparent, plus équitable et plus responsable.
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