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AMO : le privé capte plus de 90% des dépenses, le gouvernement vise 50% pour le public

Le privé perçoit plus de 90% des ressources de l’Assurance maladie obligatoire (AMO) liées aux soins, tandis que certains services hospitaliers publics auraient perdu près de la moitié de leurs patients. Dans son programme 2026-2031, présenté lundi 19 octobre au Parlement, le gouvernement entend porter à 50% la part des établissements publics dans les dépenses de l’AMO d’ici 2031. Il annonce pour cela de nouveaux équipements, une réorganisation des soins et une prise en charge simplifiée des assurés.

21 Octobre 2026 À 18:10

Plus de neuf dirhams sur dix pour les prestataires privés, moins d’un pour les établissements publics. Le programme gouvernemental 2026-2031, présenté lundi 19 octobre devant le Parlement, met en chiffres ce déséquilibre dans les dépenses de l’assurance maladie obligatoire (AMO) et fixe le cap : porter à 50% la part de l’hôpital public d’ici 2031. Pour y parvenir, l’Exécutif annonce un renforcement de l’offre de soins, une réduction des délais d’attente et une nouvelle organisation des établissements.

Le volet sanitaire du programme relève que «plus de 90% des ressources liées à l’assurance maladie obligatoire de base sont perçues par le secteur privé, contre une utilisation limitée de ces ressources par les établissements publics de santé». Le chiffre renvoie aux ressources liées aux prestations, non à toutes les cotisations collectées. Il rejoint les données de la Cour des comptes : en 2024, le privé bénéficiait de 91% des dépenses de prestations de soins des régimes de l’AMO, contre 9% pour le public.

L’élargissement de la couverture médicale a accru la demande de soins «à un rythme plus rapide que le développement de l’offre publique», souligne le gouvernement. Faute de prestations disponibles ou face aux délais d’attente, une partie des assurés se tourne vers le privé. Les remboursements de l’AMO suivent alors les patients. Le gouvernement veut que le renforcement de l’offre publique se traduise aussi dans les remboursements de l’AMO. Le document signale également «un recul de la fréquentation des établissements publics avoisinant 50% dans certaines spécialités et certains services, notamment les urgences, la dialyse et la maternité». La baisse concerne notamment des services qui exigent des équipements et des équipes disponibles en permanence.

Des patients à reconquérir, des recettes à retrouver

Le programme précise : «Le problème réside désormais dans l’incapacité de l’offre publique à absorber la nouvelle demande, à retrouver les patients et les ressources financières liées à leur prise en charge.» Le gouvernement rattache ainsi le financement hospitalier à l’activité réelle des établissements. Il entend améliorer la qualité des services, renforcer leur attractivité et augmenter le nombre de patients pris en charge par le public, afin que les sommes remboursées par l’assurance maladie puissent davantage financer ses prestations.

Le texte distingue, par ailleurs, couverture médicale et accès effectif aux soins. «La réussite du système de couverture sanitaire ne se mesure pas seulement au nombre de bénéficiaires», relève-t-il, mais à la possibilité d’obtenir un rendez-vous médical dans des délais raisonnables, de réaliser les examens prescrits, d’accéder aux médicaments et à l’hospitalisation, puis de poursuivre le traitement sans interruption ni charge financière supérieure aux moyens du patient. La réforme entend donc mesurer l’accès à travers le service effectivement rendu à l’assuré.

D’ici 2031, la part des établissements publics doit atteindre 50% des dépenses de l’AMO : un gain de 41 points par rapport aux 9% constatés en 2024. Le programme ne précise pas de paliers annuels, mais détaille les mesures destinées à soutenir cette progression. La cible passe également par une réforme des circuits de facturation et de prise en charge des soins. Le gouvernement prévoit de réduire les délais d’attente, de renforcer les effectifs, de garantir médicaments et équipements et d’améliorer la facturation et le recouvrement des prestations. Il fait de «la restauration de la confiance dans l’hôpital public» une condition du retour des assurés et fixe l’objectif de 35 professionnels de santé pour 10.000 habitants en 2031.

Le gouvernement prévoit, en outre, de passer à une maintenance préventive et régulière des équipements hospitaliers, avec un suivi de leur état, des pannes et de leur durée d’immobilisation. Cette mesure vise à réduire les interruptions de service liées aux pannes. Des pharmacies hospitalières de référence doivent être créées au niveau régional, avec un système numérique de suivi des stocks et d’alerte contre les ruptures de médicaments.

Groupements territoriaux, nouveaux hôpitaux et tiers payant

La généralisation des Groupements sanitaires territoriaux (GST) à l’ensemble des régions est prévue pour 2027. Ils doivent coordonner l’offre publique, des centres de santé aux hôpitaux universitaires, et mieux répartir les effectifs, les équipements et les spécialités. Une carte sanitaire nationale orientera les investissements selon les besoins des populations et les écarts territoriaux. Le dispositif doit notamment tenir compte de la répartition géographique des habitants, de la fréquence des pathologies, de l’offre déjà disponible et des distances à parcourir pour accéder aux soins. L’objectif annoncé est d’éviter les doublons entre établissements tout en corrigeant les déficits de couverture.

Le programme prévoit de réhabiliter 1.600 établissements supplémentaires de soins de santé primaires et d’accélérer la mise à niveau de 90 hôpitaux régionaux et provinciaux. Quatre nouveaux Centres hospitaliers universitaires sont annoncés à Béni Mellal, Guelmim, Errachidia et Casablanca. Le texte entend lier ces projets à la disponibilité des personnels, des médicaments et des moyens de fonctionnement. Le gouvernement précise que l’investissement hospitalier ne se limitera pas à la construction et à l’achat d’équipements : la mise en service effective des structures devra être prise en compte dès la programmation des projets.



Pour les patients, le programme annonce un système de rendez-vous local et régional, avec orientation vers les établissements disposant de places et de capacités de soins. L’accueil doit également être réorganisé, avec des informations sur les services et les délais ainsi qu’une orientation en arabe et en amazigh. Un délai maximal de douze mois est prévu pour ce chantier. Un système numérique de gestion des lits hospitaliers doit en outre permettre aux services d’urgence d’identifier les places disponibles et d’orienter les patients vers une structure disposant de la capacité de prise en charge nécessaire. L’aide médicale urgente doit également être développée.

Autre mesure annoncée : la prise en charge directe des frais dans les établissements publics par les organismes gestionnaires de l’AMO, afin de réduire l’avance de frais des assurés dans la limite de leur couverture. Un système d’information sanitaire unifié et un dossier médical partagé doivent relier établissements publics, prestataires privés et organismes d’assurance. La télémédecine doit faciliter l’accès aux spécialistes dans les zones moins bien desservies. Le dossier partagé doit rendre accessibles aux soignants autorisés les antécédents médicaux, les résultats d’examens et les traitements antérieurs, pour améliorer la coordination entre médecins, établissements et niveaux de prise en charge.

Des partenariats ciblés avec le privé sont aussi envisagés pour pallier des pénuries de personnels et de prestations dans certaines régions. Leur mise en œuvre devrait être encadrée par des besoins identifiés, des engagements sur la qualité des soins et des mécanismes de suivi, le gouvernement les inscrivant en complément du développement de l’offre publique. La première échéance est fixée à 2027, avec la généralisation des Groupements sanitaires territoriaux. Le cap de 50% dans les dépenses de l’AMO est prévu pour 2031. La progression annuelle entre ces échéances reste à préciser.
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