Nation

Benabdallah face au Syndicat national de l’enseignement : les engagements en suspens au cœur du dialogue

Le changement de gouvernement remet au premier plan les attentes des personnels de l’éducation. Reçu jeudi 29 octobre par le ministre de tutelle, Mohammed Nabil Benabdallah, le Syndicat national de l’enseignement, affilié à la CDT, a demandé un bilan de l’application des accords de décembre 2023 et un calendrier pour concrétiser les engagements restants. Rémunérations, carrières et conditions de travail composent un dossier que l’organisation considère comme indissociable de l’amélioration de l’école publique.

30 Octobre 2026 À 16:50

Le nouveau gouvernement entame son mandat avec, sur le terrain social, des engagements dont les personnels de l’éducation attendent encore la pleine concrétisation. À peine l’équipe investie, les dossiers de rémunération, d’intégration et de promotion retrouvent ainsi leur place sur le bureau du ministre de l’Éducation nationale, Mohammed Nabil Benabdallah. Pour les syndicats, le changement d’interlocuteur doit permettre de reprendre le traitement des questions en suspens, sans remettre le compteur des engagements à zéro.

C’est dans ce contexte que le ministre a reçu, jeudi 29 octobre, une délégation du bureau national du Syndicat national de l’enseignement, affilié à la Confédération démocratique du travail (SNE-CDT). Cette rencontre, organisée à l’invitation du ministère, s’inscrit parmi les premiers rendez-vous sociaux du nouveau responsable du secteur. Consacrée aux enjeux de l’enseignement public et aux attentes de ses personnels, elle a été l’occasion pour l’organisation de préciser ses priorités.

La première consiste à établir une situation claire de l’application des accords des 10 et 26 décembre 2023 et des dispositions du statut particulier. Le syndicat demande un bilan détaillé, accompagné d’un calendrier pour achever leur mise en œuvre. Derrière cette exigence de suivi se trouve une préoccupation concrète : permettre aux personnels de savoir quand et comment les engagements pris se traduiront dans leur rémunération et leur parcours professionnel.

Des engagements à concrétiser sur les rémunérations

Sur le volet financier, le SNE-CDT réclame notamment l’instauration, avec effet rétroactif, de l’indemnité complémentaire destinée aux enseignants du primaire et du secondaire collégial ainsi qu’aux spécialistes pédagogiques et sociaux. Il demande également l’application de l’indemnité de 500 dirhams pour les adjoints pédagogiques et le règlement rétroactif de leurs droits. À ces demandes s’ajoutent le traitement équitable des enseignants du secondaire qualifiant exerçant en dehors de leurs établissements et le versement des sommes dues au titre des examens, des corrections, des heures supplémentaires et des charges administratives.

La reconnaissance des charges de travail constitue également un point important du dossier des établissements pionniers. Le syndicat souhaite que l’ensemble des personnels qui y exercent, y compris les adjoints pédagogiques, bénéficie des indemnités correspondantes selon des critères transparents et équitables. Il réclame leur pérennisation et le règlement des arriérés, tout en appelant à activer les dispositions de l’article 61 relatives à la motivation des personnels.

Mieux articuler les missions et les conditions de travail

Cette reconnaissance ne se résume toutefois pas, pour l’organisation, à une question d’indemnisation. Elle concerne aussi le temps de travail et la définition des responsabilités. Le SNE-CDT demande ainsi de réduire le volume hebdomadaire des heures d’enseignement et de respecter les horaires des spécialistes pédagogiques et sociaux selon leur cycle d’affectation. Il insiste également sur le caractère facultatif des heures supplémentaires.

Dans le prolongement de ces demandes, il réclame une décision précisant les missions de chaque cadre et empêchant les affectations obligatoires à des tâches incompatibles avec ses attributions. Le respect des droits liés aux congés, les moyens de travail et la sécurité professionnelle figurent aussi parmi ses préoccupations. Pour les enseignants dispensés d’enseignement pour raisons de santé, il souhaite des horaires allégés et des missions adaptées à leur état.

Ces conditions d’exercice renvoient, plus largement, aux moyens humains de l’école publique. Le syndicat demande donc une augmentation des postes budgétaires ouverts aux concours de recrutement de cette année et l’application de l’âge légal d’accès à la fonction publique. Il souhaite, parallèlement, que les personnels et leurs représentants soient associés à l’élaboration et à l’évaluation des réformes.

Intégrations et promotions : donner de la visibilité aux parcours

Au-delà du quotidien dans les établissements, le communiqué accorde une place importante aux perspectives de carrière. Le SNE-CDT appelle à accélérer le traitement des demandes d’intégration relevant de l’article 77, à délivrer les décisions correspondantes et à régulariser leurs effets administratifs et financiers. Il demande une harmonisation des procédures et la préservation de l’échelon et de l’ancienneté, afin que les retards administratifs ne compromettent pas les possibilités de formation ou de promotion.

Pour les adjoints pédagogiques, il réclame l’achèvement de l’intégration et des promotions, l’examen de la suppression des quatrième et cinquième grades et l’élargissement des perspectives d’avancement, notamment par le diplôme. Le dossier des enseignants agrégés appelle, pour sa part, une réponse spécifique selon le syndicat, à travers l’adoption rapide notamment d’un statut particulier élaboré avec leurs représentants. Ce texte devrait protéger leurs conditions d’intégration et de reclassement et régler les questions relatives aux missions, aux promotions, aux indemnités et aux droits à la retraite. La même exigence de préservation des droits traverse les demandes concernant les pertes de rémunération liées au changement de cadre et les régularisations d’ancienneté. Le syndicat souhaite également solder les dossiers de promotion relevant des articles 81, 82 et 87, régler la situation des personnels exclus du hors-échelle et accélérer la création d’un nouveau grade au-dessus de celui-ci.

À travers ces différents dossiers, le syndicat relie la situation des personnels à l’avenir de l’école publique. Pour lui, préserver la gratuité, améliorer la qualité et garantir l’équité dans l’accès à l’éducation suppose aussi de restaurer la confiance de celles et ceux qui font vivre les établissements. Le dialogue engagé avec le nouveau ministre ouvre un cadre pour examiner ces attentes ; mais leur règlement dépendra désormais des réponses apportées et des échéances retenues.
Copyright Groupe le Matin © 2026