a été probablement victime de son succès fracassant. Jamais, de mémoire de journaliste, on n’a assisté à une telle quantité de
sur un événement sportif, pourtant magistralement réussi. Bien avant le début de l’événement,
. Essuyer de la critique fondée et objective aurait été compréhensible, voire bienvenu, car cela permet de corriger les imperfections et de tirer les enseignements. Mais se faire attaquer vilement et sournoisement à coups de calomnies et d’accusations malveillantes relève de la stratégie de sabotage informationnel pur et dur.
Plusieurs comptes et pages anonymes sur
les réseaux sociaux ont vu le jour soudainement avant même le début de la compétition, avec comme principal message de semer le doute et d'alimenter l’amalgame : la CAN n’aura pas lieu au Maroc, le pays hôte a perdu l’organisation car il n’est pas prêt. Puis, crescendo, une vidéo truquée, montée pour imiter le Journal des sports de «France 24» circule, annonçant le retrait officiel de la compétition au Maroc.
«France 24» démentira : il s’agit d’un
deepfake. Mais le mal est fait. Une fois cette tentative démontée, la mécanique ne s’éteint pas. Elle se fixe un nouvel objectif : discréditer. Des médias identifiés, notamment en
Algérie, relayent ensuite une série de contenus insinuant une CAN sous influence, entre
arbitrages orientés et
dispositifs sécuritaires prétendument défaillants. Pas de preuves solides, mais une répétition et un matraquage opérant à longueur de journée. C’était assez pour semer le soupçon, jamais assez pour accuser formellement.
Un récit qui mute mais ne désarme pas
Une fois cette première tentative désamorcée, le récit évolue, mais avec le même objectif : dénigrer et calomnier. Pour les pourfendeurs de la CAN, la 35e édition aura bien lieu au Maroc, certes, mais les jeux sont faits et le pays hôte s’est arrangé pour garder la coupe chez lui, quitte à recourir aux pressions et à des pratiques immorales. Dans cette nouvelle phase, la stratégie devient plus diffuse. Des pages anonymes ou semi-institutionnelles, souvent basées en Algérie et accessoirement en Égypte, se relaient pour marteler la même litanie : attribution «influencée», arbitrage «orienté», sécurité «douteuse». Le procédé est connu : beaucoup d’insinuations et d’accusations indirectes, mais peu de preuves pour les étayer. Trop peu pour être factuellement réfutées, trop pour être ignorées. On entre alors dans ce que les experts en désinformation appellent le «brouillard narratif» : un espace où l’indignation précède la vérification, et où le correctif, toujours plus tardif, reste marginal. Mais la phase la plus sensible s’enclenche à l’approche de la finale Sénégal-Maroc. Cette fois, ce n’est pas un compte anonyme qui parle, mais une institution officielle : la Fédération sénégalaise de football (FSF) et son entraîneur qui ont amplifié un incident lors de l’arrivée de la sélection sénégalaise à la gare de Rabat, au point d’en faire tout un plat. Très vite, l’organisation est décriée, la logistique est critiquée, avec en filigrane un complot ourdi contre les adversaires du Maroc pour les déstabiliser.
Pourtant, à l’origine, les faits sont simples : le sélectionneur Pape Bouna Thiaw avait annoncé publiquement, via les canaux officiels de la Fédération sénégalaise de football (FSF), l’heure précise d’arrivée de son équipe. Résultat immédiat : des centaines de supporters sénégalais, excités par la perspective de croiser leurs joueurs, affluent spontanément sur place. L’attroupement est massif, désorganisé. Et les forces de sécurité, prises de court, peinent à canaliser le flux. Mais plutôt que d’assumer cette communication hasardeuse, le sélectionneur choisit une tout autre lecture. En conférence de presse, il parle d’un accueil «défaillant» et va jusqu’à affirmer que ses joueurs ont été «mis en danger». Cynique et provocateur, il n’hésite pas à faire le parallèle avec le CHAN qui a eu lieu en Algérie et qui a été bien organisé. La comparaison n’est pas innocente et en dit long sur les intentions réelles du sélectionneur sénégalais.
Pour ne pas arranger les choses, la FSF embraye. Dans un communiqué officiel, elle exprime de «vives inquiétudes» quant à la sécurité, aux conditions logistiques, à l’absence de coordination. L’affaire prend de l’ampleur : relayée par des médias africains et internationaux, elle alimente l’idée d’un désordre structurel, d’une organisation fragile, voire partiale. Le Maroc, en pleine démonstration de capacité organisationnelle, se retrouve de nouveau face à un récit qu’il est difficile de réfuter sans entrer dans une polémique qui fait le jeu de ses instigateurs. Et pourtant, quelques heures plus tard, nouveau basculement. La FSF publie un second communiqué, au ton radicalement différent. Elle y salue «l’esprit de fraternité, de respect mutuel et de coopération sportive» des autorités marocaines, remercie explicitement le président de la Fédération Royale marocaine de football, Fouzi Lekjaâ, et affirme que «des solutions concrètes» ont été trouvées. Sur le papier, l’incident semble clos. Dans les faits, le dommage est fait. Les relais anti-marocains se chargeant de diffuser les demi-vérités, tantôt sur un ton sarcastique tantôt sur on ton indigné. À cet égard, force est de reconnaître que les pages égyptiennes ont fait un excellent travail. D’autant que leur directeur technique s’est permis de critiquer des conditions d’hébergement pourtant aux standards internationaux.
La contamination médiatique
Plus regrettable encore, cette guerre informationnelle n’a pas été alimentée seulement par des pages anonymes ou à travers la voix de certaines équipes, mais également à travers des médias étrangers ayant pignon sur rue. Le 21 janvier 2026, l’hebdomadaire français «Le Point» a publié un article affirmant que des commerces appartenant à des ressortissants d’Afrique subsaharienne auraient été visés par des attaques et des incendies criminels au Maroc, en marge de la finale. Deux jours plus tard, la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN) dément «de manière catégorique». Elle dit son «étonnement profond» face à ce qu’elle décrit comme une «série d’assertions mensongères» : aucun fait de ce type n’aurait été enregistré, ni pendant la compétition ni après, sur l’ensemble du territoire. La DGSN rappelle aussi avoir procédé, tout au long de la CAN, à des démentis méthodiques de contenus numériques relatant des agressions ou des violences ciblant des ressortissants d’Afrique subsaharienne, afin de «restituer les faits avec exactitude et objectivité». Un point, surtout, pèse lourd : la DGSN souligne qu’aucune demande d’information préalable ne lui aurait été adressée avant publication. Dans un espace déjà saturé de soupçons, une information non vérifiée acquiert instantanément une crédibilité accrue, puis se traduit, se recycle, se rediffuse. Le démenti existe ; le récit, lui, a déjà voyagé. Bien avant le dérapage du Point, des radios et des sites d’informations sportifs de l’Hexagone se sont livrés à une campagne de bashing contre le Maroc en bonne et due forme. Bizarrement, leurs commentaires, analyses et récits ressemblent à s’y méprendre à ceux relayés par les médias algériens. Tout sauf un travail journalistique professionnel.
Autre trait saillant de l’offensive acharnée ayant ciblé la CAN : la synchronicité. Plusieurs pages Facebook, parfois créées seulement quelques jours avant la finale, publient simultanément des contenus quasi identiques, mêmes mots-clés, mêmes images... souvent anciennes ou sorties de leur contexte. Pris isolément, chaque compte reflète la vision de son auteur. Ensemble, ils se complètent et s’imbriquent comme les pièces d’un puzzle pour raconter un même récit et entretenir l’illusion d’une indignation massive. Malheureusement, certains médias numériques, même marocains, en quête de clics, ont également relayé sans vérification approfondie des fake news et des informations fallacieuses contribuant, parfois malgré eux, à la légitimation de contenus toxiques.
Un avertissement avant 2030
Depuis la fin du tournoi, la stratégie de dénigrement franchit un nouveau palier. Une partie de cette communication insidieuse établit un lien direct entre les supposées failles de la CAN et l’incapacité du Maroc de co-organiser
la Coupe du monde 2030 avec l’Espagne et le Portugal. Implicitement, l’objectif est de
délégitimer l’ambition du Maroc pour le Mondial et entacher sa réputation pour les rendez-vous futurs. Les événements malheureux de la finale ont été exploités à fond par les détracteurs de la CAN pour jeter le discrédit sur tout un pays et sur ses projets stratégiques. Le premier à s’être engouffré dans cette brèche est le nouveau président de
la Fédération Royale espagnole de football (RFEF), Rafael Louzan, qui a déclaré que la finale du Mondial 2030
aurait lieu en Espagne. Sa déclaration est loin d’être anodine. Son timing a été méticuleusement choisi avec une logique simple mais efficace : dénigrer sournoisement le concurrent pour mieux se positionner demain. Qu’importe que la CAN ait été globalement saluée : infrastructures solides, stades prêts, sécurité assurée... ce qui compte, ce n’est pas la vérité, mais l’image véhiculée par les réseaux sociaux. Dans un monde saturé d’informations, un pays qui gagne en visibilité devient une cible naturelle d’attaques calomnieuses. La CAN est à présent derrière nous mais il est crucial d’
en tirer les enseignements qui s’imposent. Si le Maroc ne construit pas et ne porte pas lui-même un discours clair, structuré et professionnel, d’autres le feront à sa place, mais pas forcément dans le sens souhaité.
David Riolo : « Le Maroc a été la cible d’une offensive médiatique d’une ampleur inédite lors de cette CAN »
La Coupe d’Afrique des nations 2025 s’est achevée sur une édition à la fois dense et contrastée. Avec le recul, quel bilan tirez-vous de ce tournoi ?Objectivement, même si cela était attendu, le bilan est très positif. Il s’agit, sur le plan historique, de l’une des Coupes d’Afrique des nations les mieux organisées, tant en ce qui concerne les infrastructures que les stades. Le Maroc a préparé cet événement pendant plusieurs années, avec des travaux et des investissements planifiés, sans laisser place à l’improvisation. L’organisation a donc pleinement répondu aux attentes, les dépassant même : on n’avait jamais vu cela dans une autre CAN.
Sur le plan sportif, il n’y a pas eu de grandes surprises. Plus la compétition progressait, plus la logique était respectée : les équipes les plus solides ont gagné, et les meilleures se sont retrouvées en finale. Les formations comptant des joueurs évoluant dans les plus grands clubs européens ont justifié leur statut. Cela démontre que le football africain progresse réellement et suit sa propre dynamique, sans qu’il soit nécessaire de le comparer systématiquement au modèle européen.
Vous suivez depuis longtemps les dynamiques autour du football africain. Comment analysez-vous la manière dont la CAN 2025 au Maroc a été ciblée médiatiquement, avant même son coup d’envoi ? Assiste-t-on à une forme de "guerre de communication" dans le football ?Oui, clairement. On a observé une forme de polémique totalement déconnectée de la réalité. Personnellement, je n’étais pas sur place, mais j’ai suivi la compétition de bout en bout, et j’ai vu ces polémiques se propager de façon presque irrationnelle. Beaucoup de critiques n’étaient pas fondées sur des faits, mais sur des intentions malveillantes : jalousies, rancœurs, conflits politiques ou géopolitiques. Rien de vérifiable. Les accusations d’arbitrage partial ou de favoritisme envers le Maroc sont monnaie courante dans toutes les grandes compétitions, mais cette fois-ci, elles ont pris une ampleur démesurée. C’était une vraie guerre de communication, alimentée par des médias, des influenceurs et des réseaux sociaux.
Les deepfakes, les campagnes coordonnées sur les réseaux sociaux, la désinformation... Le football devient-il un terrain de guerre symbolique, comme la politique ?
Totalement. Les réseaux sociaux permettent aux fake news de se propager en quelques clics. On tombe dans une bulle algorithmique où une rumeur devient une "vérité" simplement parce qu’elle est répétée. Ces narratifs n’ont pas besoin de preuves : il suffit qu’ils "sonnent juste" pour être crédibles. Ce mécanisme est présent aussi bien en politique qu’en sport. Pour la CAN, on a vu fleurir des théories complotistes : "le Maroc avantagé", "la CAF manipulée"... Sans aucun élément objectif. Tout repose sur des ressentis, des interprétations biaisées, amplifiées par les algorithmes.
Côté terrain, le Maroc n’a pas confirmé les attentes nées de son parcours au Mondial 2022. Comment analysez-vous cette CAN des Lions de l’Atlas ? Est-ce une simple déception ou le signe d’un essoufflement du cycle Walid Regragui ?Le Sénégal a mérité sa victoire. C’est une équipe solide, qui a travaillé pour progresser, tout comme le Maroc ces dernières années. Pour les Lions de l’Atlas, la déception vient des attentes très élevées après le Mondial 2022, mais cela ne traduit pas nécessairement un essoufflement. Le football est fait de détails. Les performances varient. Les polémiques autour des résultats ont desservi l’équipe plus que les faits eux-mêmes.
Quand un président de fédération affirme que "le Maroc tient la CAF", alors que le pays n’a remporté aucune CAN depuis l’arrivée de Lekjaa, que répondez-vous ? Mythe complotiste ou symptôme d’un malaise ?
C’est un mélange de frustrations et de narratifs alimentés par certains médias de pays "frères". Dire que "le Maroc tient la CAF" ne repose sur rien de vérifiable. Il est vrai que le pays occupe des postes-clés dans les instances, mais cela ne se traduit pas par des avantages occultes. C’est plutôt le symptôme d’une méfiance généralisée dans le football africain, où les explications conspiratives prennent le pas sur les analyses sportives rationnelles.
Selon vous, la CAF ou la FIFA protègent-elles suffisamment les pays organisateurs contre ces campagnes ?Non. On est dans un chacun pour soi. La CAF comme la FIFA manquent de stratégie proactive face à la désinformation. Elles réagissent souvent trop tard. Cela nuit à la crédibilité des institutions. Si chaque défaite donne lieu à un soupçon de manipulation, cela remet en cause toute l’autorégulation du football.
Enfin, le traitement réservé au Maroc pour cette CAN ne révèle-t-il pas un malaise face à la montée en puissance d’un pays africain structurant son ambition, notamment en vue du Mondial 2030 ?Si. Il y a chez certains une forme de jalousie ou de complexe. Certains se demandent : "Pourquoi eux et pas nous ?". Le Maroc investit depuis longtemps, structure ses compétitions, construit des infrastructures. Il n’a pas besoin de validation extérieure. Pourtant, on entend encore : "C’est très bien, presque comme en Europe...". Cette formule révèle notre attachement à un regard extérieur plutôt qu’à une auto-appréciation de nos propres réalisations.
Le Maroc coorganisera le Mondial 2030 avec l’Espagne et le Portugal. Est-il prêt ?Absolument. Le Maroc a déjà prouvé sa capacité à organiser de grands événements, que ce soit en matière de stades, de transports, d’hébergements ou d’accueil. Il s’y prépare depuis longtemps. L’idée d’une finale à Rabat en 2030 n’est pas exclue, car personne ne doute de la compétence du Royaume. Le Maroc est prêt : techniquement, sportivement et symboliquement.