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Mardi 17 Mars 2026
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Elections 2026 : le plan de bataille du PPS pour séduire les électeurs

Le secrétaire général du Parti du progrès et du socialisme, Nabil Benabdallah, a multiplié ces derniers jours les prises de parole sur les réseaux sociaux pour dévoiler, axe par axe, les contours d'un «programme de gouvernement» en vue des élections du 23 septembre 2026. Hôpital public, école, industrialisation, banque publique d'investissement, lutte contre les conflits d'intérêts, «revenu de la dignité» à 1.000 dirhams… le chef du PPS avance des engagements chiffrés et assume une charge frontale contre un Exécutif qu'il qualifie de «gouvernement en échec». Avec, en toile de fond, un pari sur le renouvellement générationnel et un appel aux vingt millions de non-votants.

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C'est par salves successives, en vidéos et en statuts publiés sur sa page Facebook, que Nabil Benabdallah a choisi de poser les jalons du programme électoral de son parti. Pas de grand-messe partisane ni de conférence de presse solennelle : le secrétaire général du Parti du progrès et du socialisme (PPS) a opté pour le canal direct, celui des réseaux sociaux, pour livrer sa feuille de route à la fois à sa base militante et à l'opinion publique. Le PPS ne se contentera pas de critiquer, il se présente comme une alternative de gouvernement, avec des engagements chiffrés et une ambition assumée de diriger le prochain Exécutif.

Un réquisitoire méthodique contre le bilan gouvernemental

Le point de départ de toute la construction programmatique du PPS est un constat sans appel sur le bilan de l'actuel gouvernement. Nabil Benabdallah ne mâche pas ses mots. «C'est un gouvernement en échec qui n'a pas honoré les engagements qu'il avait pris dans différents domaines», assène-t-il, avant de concéder, du bout des lèvres, «quelques réalisations». Mais l'essentiel de son propos est à charge.



Le secrétaire général du PPS pointe en particulier les conflits d'intérêts, qu'il érige en symptôme d'une «gouvernance dévoyée». Il dénonce l'absence de cadre juridique contraignant qui permettrait à de hauts responsables de s'attribuer des marchés publics en toute impunité. «On vous dit qu'il n'y a pas de loi qui interdit à un Chef du gouvernement de lancer un appel d'offres sur un projet majeur et d'en être lui-même le bénéficiaire», s'indigne-t-il. Le PPS s'engage à combler ce vide par un texte de loi contraignant interdisant le cumul entre responsabilité gouvernementale et intérêts économiques directs.

Sur le terrain législatif, le patron du PPS enfonce le clou. Un projet de loi sur l'enrichissement illicite était en cours d'examen, mais le gouvernement l'a retiré en promettant des dispositions intégrées au Code pénal. «Nous voilà à quelques mois de la fin de la législature, et il n'y a ni nouveau texte ni quoi que ce soit», constate-t-il. L'inaction législative devient, aux yeux du PPS, la preuve d'un renoncement à la moralisation de la vie publique.

L'hôpital, l'école et l'université comme piliers du contrat social

Du réquisitoire, M. Benabdallah passe à la proposition. Le premier axe du programme porte sur la refondation des services publics : l'hôpital public, l'école publique et l'université publique doivent retrouver leur «rôle central» dans les systèmes sanitaire et éducatif, avec des «engagements précis et chiffrés», dont le détail sera livré lors de la présentation officielle.

Mais c'est sur le pouvoir d'achat que le PPS avance sa proposition la plus clivante. M. Benabdallah critique le dispositif de soutien direct qu'il juge dérisoire. «On parle d'un soutien de 480 dirhams. Est-ce que 480 dirhams permettent à quelqu'un de vivre, surtout avec la hausse des prix ?» La réponse tient en une formule : le «revenu de la dignité», fixé à un minimum de 1.000 dirhams, adossé à une couverture sociale effective et à une politique d'insertion par l'emploi. Le soutien direct n'est pas une fin en soi, martèle-t-il ; il doit servir de passerelle vers le marché du travail, pas de substitut à une politique sociale structurelle.

L'industrialisation comme levier contre le chômage

Le deuxième grand axe du programme touche à la transformation du modèle économique. M. Benabdallah pose un diagnostic qui tranche avec les discours convenus sur la vocation agricole du Maroc. «Si vous voulez créer des emplois, ce n'est pas l'agriculture qui sera le pilier, parce qu'elle est liée à la sécheresse et aux aléas climatiques», argumente-t-il. La souveraineté que le PPS appelle de ses vœux est industrielle, alimentaire, sanitaire et technologique. L'objectif est chiffré : porter la part de l'industrie de 15 à 20% du PIB. Pour y parvenir, le PPS propose de libérer le financement des TPME, avec un objectif de 100 milliards de dirhams de crédits d'investissement destinés aux industries de transformation à l'horizon 2031, contre 26,8 milliards actuellement. Le bond est considérable, et M. Benabdallah en fait le marqueur de la rupture que son parti entend incarner.

Parallèlement, le PPS préconise une réforme de la commande publique. M. Benabdallah relaie les doléances des entrepreneurs qui dénoncent des marchés «orientés» et une opacité qui décourage la concurrence. Restaurer la transparence dans l'attribution des marchés publics permettrait, selon lui, l'émergence de nouvelles entreprises et la création d'emplois, «pas seulement dans l'industrie, mais aussi dans les services, l'intelligence artificielle et le numérique».

Une banque publique pour suppléer un secteur privé défaillant

Pour financer cette ambition, le PPS avance une proposition institutionnelle forte : la création d'une banque publique d'investissement, en complément du Fonds Hassan II. Cet établissement mobiliserait l'épargne longue des caisses de retraite pour la diriger vers l'investissement productif. «Nous n'avons pas encore un secteur privé capable à lui seul de tirer l'économie», reconnaît M. Benabdallah. Dans cette phase de transition, l'État doit continuer à jouer un «rôle moteur et structurant», tout en renforçant progressivement les capacités du privé. S'agissant de l'économie informelle, le patron du PPS refuse l'approche répressive. «La logique du tout-sécuritaire nuit à l'emploi et aggrave la pauvreté», prévient-il, plaidant pour des politiques incitatives qui encouragent les activités informelles à rejoindre graduellement le marché organisé.

Le pari de la jeunesse contre la machine de l'argent

Au-delà du programme, M. Benabdallah engage son parti sur le terrain du renouvellement des élites politiques. Le PPS s'apprête à investir des jeunes hommes et femmes en tête de liste dans un nombre significatif de circonscriptions à travers le Royaume. «Nous avons déjà validé, pour un nombre important de circonscriptions, des candidats jeunes qui n'ont jamais été en compétition électorale», révèle le secrétaire général, qui appelle à ce que cette dynamique «se renforce encore».

Mais le renouvellement par le haut ne suffit pas. M. Benabdallah pointe le mal qui ronge le processus électoral : «La machine électorale, c'est la corruption, c'est l'achat des consciences, c'est l'argent sous une forme scandaleuse». Sur les quelque vingt millions de Marocains qui ne votent pas, une proportion considérable est composée de jeunes. L'appel est direct : s'inscrire sur les listes électorales, se déplacer le jour du scrutin et «soutenir ces jeunes candidats que nous présentons».

L'unité de la gauche entre espoir et désillusion

Reste la question des alliances, sujet sensible pour un parti qui revendique l'unité de la gauche comme «partie intégrante de son ADN». M. Benabdallah revient sur la tentative avortée de coordination avec l'USFP. «Nous nous sommes assis ensemble, nous avons publié une déclaration commune et commencé à élaborer un programme partagé... mais la coordination s'est arrêtée de leur côté», relate-t-il sans porter d'accusation formelle. Le PPS lance néanmoins un appel renouvelé au Parti socialiste unifié et à la Fédération de la gauche démocratique pour engager un dialogue concret : programme commun là où c'est possible, candidatures partagées dans certaines circonscriptions. «On ne peut pas défendre un programme devant les citoyens et dire ensuite qu'on va le réaliser sans entrer au gouvernement», résume M. Benabdallah, pour qui la crédibilité de la gauche passe par sa capacité à se présenter comme une force de gouvernement.

Avec les autres formations, M. Benabdallah distingue les cas de figure. La relation avec l'Istiqlal est «historique» et «empreinte de respect mutuel», renforcée par des rapports personnels de qualité avec Nizar Baraka. Mais la configuration actuelle – l'Istiqlal dans la majorité, le PPS dans l'opposition – exclut toute candidature commune avant le scrutin. Après les élections, «tout est envisageable si les conditions sont réunies, mais pas à n'importe quel prix». Avec le RNI, le ton est plus distant : après cinq années de gestion gouvernementale, une coopération politique future paraît «très difficile».

Le pari de la conquête du pouvoir

En déployant son programme par séquences sur les réseaux sociaux, Nabil Benabdallah joue une partition inhabituelle pour le PPS. Le parti, habitué aux coalitions de second rang, affiche cette fois l'ambition de «diriger le prochain gouvernement». Le programme – de gouvernement et non simple programme électoral, la nuance sémantique est revendiquée – est en cours de finalisation. Il reste à savoir si cette offensive trouvera un écho auprès de ces millions de Marocains désabusés, et surtout auprès de cette jeunesse à qui M. Benabdallah promet des places en tête de liste, à condition qu'elle accepte de jouer le jeu démocratique dans des circonscriptions où l'argent reste, de son propre aveu, le premier adversaire.
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