Nation

Cannabis licite : 161 produits sur le marché, mais toujours pas de médicaments en pharmacie

Le chiffre donne la mesure du chemin parcouru : à la mi-juillet 2026, le Maroc comptait 161 produits issus du cannabis licite sur son marché. Mais ce chiffre entretient aussi un malentendu. Aucun de ces produits n’est un médicament disponible en pharmacie. L’offre reste dominée par les compléments alimentaires et les cosmétiques, tandis que le premier médicament autorisé attend toujours sa commercialisation.

28 Juillet 2026 À 16:21

Le cannabis licite marocain a désormais ses huiles, ses gélules, ses crèmes, ses shampoings et même ses tisanes. Ce qu’il n’a toujours pas, en revanche, c’est un médicament disponible en pharmacie. La nuance a son importance. À la mi-juillet 2026, 161 produits issus du cannabis étaient commercialisés dans le Royaume. Un chiffre qui confirme que la filière commence à trouver sa place dans les rayons, mais qui ne dit pas, à lui seul, ce que recouvre réellement cette offre.



Selon les données arrêtées à la mi-juillet 2026, les références commercialisées se répartissent entre 71 compléments alimentaires au cannabidiol (CBD), 73 produits cosmétiques et 17 produits alimentaires, essentiellement des tisanes. Cette ventilation permet surtout de lever une confusion apparue ces derniers mois. Début juin, l’annonce de l’enregistrement de «plus de 140 produits à base de cannabis», fabriqués par l’industrie pharmaceutique marocaine, avait parfois été comprise comme celle de 140 médicaments. La formulation avait suscité des interrogations, car ces produits restaient introuvables dans les pharmacies et largement méconnus des professionnels de santé.

L’Observatoire marocain de la protection du consommateur avait alors demandé aux autorités de publier une liste précisant les noms de ces produits, leurs indications et leur statut juridique. Les nouvelles données tranchent désormais la question : les références présentes sur le marché ne sont pas des médicaments.

Un premier médicament attend sa commercialisation

Cela ne signifie pas que le chantier pharmaceutique est à l’arrêt. Un premier médicament contenant un extrait de cannabis a obtenu une autorisation de mise sur le marché auprès de l’Agence marocaine des médicaments et des produits de santé. Mais il n’est pas encore commercialisé. L’entreprise fabricante doit auparavant achever certaines procédures administratives auprès de l’Agence marocaine des médicaments et des produits de santé avant de pouvoir le mettre à la disposition des patients. Un deuxième médicament, actuellement en cours d’enregistrement, devrait à son tour rejoindre le marché une fois cette procédure menée à son terme.

Pour rappel, le médicament relève d’un régime spécifique. Sa fabrication est réservée aux établissements pharmaceutiques autorisés, qui doivent également obtenir de l’Agence nationale de réglementation des activités relatives au cannabis (ANRAC) une licence de transformation et de fabrication à des fins médicales et pharmaceutiques. Après sa mise sur le marché, sa distribution sera limitée aux pharmacies. Les règles concernant le THC diffèrent elles aussi selon la nature du produit. Dans un médicament, la teneur en cette substance psychoactive peut dépasser 1%. Elle est limitée à 0,3% dans les compléments et les produits alimentaires, tandis que les cosmétiques ne doivent en contenir aucune trace.

Les cosmétiques en tête

Avec 73 références, les cosmétiques constituent aujourd’hui la première catégorie de produits au CBD vendus au Maroc. Crèmes, gels, nettoyants, huiles pour la peau ou les cheveux, shampoings et après-shampoings composent une offre qui s’est rapidement diversifiée. Six autres produits sont en cours d’enregistrement. Les compléments alimentaires suivent de près, avec 71 références commercialisées et 14 autres en attente d’enregistrement. Ils prennent la forme de capsules, de comprimés, de gouttes ou d’huiles, avec des concentrations en CBD allant de 5 à 30%. Ils sont principalement utilisés pour favoriser la détente ou le sommeil, sans pouvoir pour autant revendiquer les propriétés d’un traitement médical.

Avant leur mise en vente, ces compléments doivent faire l’objet d’analyses microbiologiques, toxicologiques, physico-chimiques et nutritionnelles. Les fabricants doivent également démontrer leur stabilité et leur conformité à la limite de 0,3% de THC. L’alimentaire reste plus modeste. Il compte 17 références, essentiellement des préparations pour tisanes. Leur fabrication est soumise à l’autorisation de l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires, ainsi qu’aux licences prévues par la législation encadrant les usages licites du cannabis.

Une offre passée de 109 à 161 références

Ces produits sont commercialisés dans plus de 600 points de vente autorisés : pharmacies, parapharmacies et magasins relevant d’opérateurs titulaires d’une licence délivrée par l’ANRAC. Le nombre de points de vente n’a pas sensiblement évolué depuis le début de l’année. L’offre disponible s’est en revanche nettement enrichie. En janvier 2026, l’ANRAC faisait état de 109 produits commercialisés. Le total atteint désormais 161.

La filière ne se limite plus au marché national. Les compléments alimentaires marocains sont exportés vers la France et les Pays-Bas, tandis que les produits cosmétiques sont commercialisés en France et les produits alimentaires au Luxembourg. Ces débouchés extérieurs représentent un enjeu majeur pour l’équilibre économique de la filière. Son développement dépendra non seulement de la capacité à lancer de nouveaux produits, mais aussi de leur accès à des marchés suffisamment larges pour absorber la production et créer des revenus durables, notamment pour les agriculteurs.

L’usage thérapeutique doit encore trouver sa place

Le volet médical progresse à un rythme différent. Depuis 2025, l’ANRAC travaille avec plusieurs institutions scientifiques et médicales sur les indications possibles du CBD et les conditions de son utilisation. Une étude menée avec l’Ordre national des médecins a permis de proposer des usages thérapeutiques dans cinq spécialités : la médecine interne, la neurologie, la gastroentérologie pédiatrique, la gériatrie et la dermatologie. Des travaux sont également menés sur l’épilepsie résistante aux traitements chez l’enfant et sur le soulagement des douleurs consécutives à une chimiothérapie. En dehors de la médecine humaine, d’autres recherches portent sur l’utilisation du CBD comme alternative aux antibiotiques promoteurs de croissance dans l’aviculture ou comme moyen d’améliorer la production laitière des chèvres.

La formation des médecins constitue un autre volet du chantier. Un premier programme de formation continue a été lancé avec la Faculté de médecine et de pharmacie de Casablanca, afin de familiariser les praticiens avec les usages possibles des extraits de cannabis et les précautions qui doivent entourer leur prescription.
Copyright Groupe le Matin © 2026