Yousra Amrani
09 Juillet 2026
À 18:58
Le décrochage scolaire poursuit sa décrue au Maroc. Intervenant mardi dernier devant la Chambre des conseillers dans le cadre de la séance des questions orales, le ministre de l'Éducation nationale, du préscolaire et des sports, Saad Berrada, a annoncé une nouvelle diminution du nombre d'élèves ayant abandonné leur scolarité au cours de l'année 2024-2025. Les données présentées par le ministre font état de 276.000 élèves décrocheurs, contre près de 294.000 lors de l'exercice précédent, soit une baisse de 6,2%. Une évolution que le département considère comme le résultat des mesures engagées ces dernières années pour améliorer la qualité des apprentissages et renforcer les dispositifs de prévention de l'abandon scolaire.
Le collège concentre plus de la moitié des abandons
Malgré cette amélioration globale, les disparités entre les cycles d'enseignement demeurent toutefois marquées. Le collège continue de cristalliser les principales difficultés du système éducatif. À lui seul, l'enseignement secondaire collégial comptabilise 144.000 cas de décrochage, soit plus de 50% de l'ensemble des abandons enregistrés au niveau national. L'enseignement primaire recense 72.796 élèves ayant quitté l'école, représentant 26% du total, tandis que le lycée qualifiant enregistre près de 58.000 décrocheurs, soit 21% des cas. Ces chiffres confirment que la transition vers le collège demeure l'étape la plus critique du parcours scolaire, concentrant les principaux facteurs de vulnérabilité susceptibles de conduire à une rupture avec l'école.
Les Écoles pionnières, principal levier de la stratégie ministérielle
Pour inverser durablement cette tendance, le ministère place les Écoles pionnières au cœur de son dispositif de lutte contre le décrochage. Selon Saad Berrada, cette approche ne se limite pas au renforcement des apprentissages fondamentaux. Elle entend également rendre l'école plus attractive en développant des activités parascolaires dans les domaines du sport, du théâtre, de la musique, des arts plastiques ou encore du cinéma. L'objectif est de recréer un lien fort entre l'élève et son établissement, de favoriser son épanouissement personnel et de restaurer sa confiance, autant de facteurs jugés déterminants pour prévenir l'abandon scolaire.
Miser sur la détection précoce des élèves à risque
Au-delà des réformes pédagogiques, le ministère entend également agir en amont grâce à un dispositif de veille renforcé au sein des établissements scolaires. Les cellules de veille, composées des chefs d'établissement, des enseignants et des cadres pédagogiques, assurent ainsi un suivi individualisé des élèves les plus exposés au risque de décrochage. Elles s'appuient notamment sur les données du système d'information Massar, qui permet d'identifier près de 20% des élèves susceptibles de quitter prématurément le système scolaire. Cette détection précoce doit permettre de mobiliser rapidement des mesures d'accompagnement pédagogique, psychologique et social avant que la rupture ne devienne irréversible.
Une tendance encourageante qui appelle à être consolidée
Si la baisse du nombre de décrocheurs constitue un signal positif, le volume des abandons demeure élevé, avec plus d'un quart de million d'élèves concernés en une seule année scolaire. La concentration du phénomène au niveau collégial rappelle que les efforts devront désormais cibler plus particulièrement cette étape charnière de la scolarité. Pour le ministère, le défi ne consiste plus seulement à faire reculer les statistiques, mais à installer durablement les conditions d'une école capable de retenir tous ses élèves et de leur offrir des perspectives de réussite.