Nation

Deux ministres maliens rendent hommage au Maroc, allié indéfectible du Mali, depuis le Forum panafricain des médias-Bamako

En marge du premier Forum panafricain des médias organisé à Bamako du 3 au 6 juin 2026, deux membres du gouvernement malien ont pris la parole pour rendre un hommage appuyé au Royaume du Maroc, invité d'honneur de l'événement. Le ministre des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, et le ministre de la Communication, Alhamdou Ag Ilyene, ont chacun salué, avec des mots choisis et une conviction manifeste, la singularité de la relation maroco-malienne. Leurs déclarations, prononcées devant des journalistes et des délégations africaines venues de plusieurs pays, ont conféré au forum une dimension diplomatique inattendue, plaçant le Maroc au cœur d'un débat qui dépassait largement le seul champ médiatique.

07 Juin 2026 À 14:54

Le forum portait sur les médias, la souveraineté narrative et la coopération panafricaine. Mais c'est une déclaration d'ordre diplomatique qui a peut-être résonné le plus fort dans la salle du Centre international de conférences de Bamako, lors de la séance d’ouverture. Le ministre malien de la Communication, Alhamdou Ag Ilyene, a pris soin de poser les mots avec précision : «Le Maroc fait partie des rares pays qui ont immédiatement condamné les événements du 25 avril dernier qui ont frappé le Mali et insisté sur le respect de l'intégrité, de l'unité du Mali et de sa sécurité. Le Maroc l'a fait sans ambiguïté». Dans une salle où siégeaient des représentants de plusieurs États africains, la formule n'était pas anodine.

Une histoire commune qui résiste aux turbulences

Pour comprendre le poids de ces mots, il faut les replacer dans leur contexte. L'attaque terroriste du 25 avril 2026 avait visé simultanément plusieurs villes maliennes, ciblant des infrastructures stratégiques dans ce que le ministre des Affaires étrangères Abdoulaye Diop a qualifié de tentative de «décapitation totale des autorités politiques et militaires du pays». Dans ce moment de crise aiguë, le comportement des partenaires a été scruté. Et le Maroc, selon le ministre Ag Ilyene, a passé ce test avec une clarté que d'autres n'ont pas su afficher.



Le ministre de la Communication est allé plus loin, inscrivant cette solidarité dans le temps long de la relation bilatérale. «Depuis que le Mali est indépendant, nous n'avons jamais vu le Maroc s'ingérer dans les affaires intérieures du Mali. Nous avons toujours été consultés. Nous avons toujours été aidés sur le plan médical, sur le plan de la santé, sur le plan de la formation, et même sur le plan militaire, tout au long de notre histoire commune», a-t-il déclaré. Il a attribué cette constance à «la sagesse de Sa Majesté, qui connaît aussi l'histoire du Mali et les liens qui unissent nos deux pays». Une sagesse que le ministre a voulu illustrer par un fait démographique rarement mentionné dans les discours officiels : la continuité des communautés nomades entre le nord du Mali et le Maroc, tissu humain sur lequel repose une fraternité que les vicissitudes politiques n'ont jamais altérée.

À ces liens historiques, le ministre Ag Ilyene a ajouté un constat de conjoncture : «Aujourd'hui, nous sommes en conformité totale sur tous les points». Une formule sobre, mais lourde de sens dans un contexte régional où beaucoup de relations bilatérales traversent des zones de turbulences.

Abdoulaye Diop et le modèle marocain de communication

Le ministre des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a abordé la relation sous un angle différent, mais tout aussi révélateur. Après avoir qualifié le Maroc de «pays ami, pays frère», il s'est arrêté sur ce qui, à ses yeux, distingue le Royaume sur le continent : son dynamisme économique et sa capacité à construire des partenariats public-privé efficaces. «Les Marocains sont entreprenants», a-t-il dit simplement, avant d'ajouter que cette réalité pouvait être une source d'inspiration directe pour le Mali.

Mais c'est une révélation concrète qui a donné toute sa portée à son intervention. Abdoulaye Diop a confié avoir «envoyé une équipe au Maroc» pour étudier le modèle de diplomatie de communication du Royaume et en tirer des enseignements applicables au Mali. Cette démarche, annoncée sans détour devant une salle de professionnels des médias venus de toute l'Afrique, dit quelque chose d'essentiel : le Maroc n'est pas seulement un invité d'honneur à titre protocolaire. Il est un référentiel opérationnel, un pays dont les pratiques en matière de communication stratégique sont jugées suffisamment solides pour mériter une mission d'étude officielle.

Une présence diplomatique continue, de l'ouverture à la clôture

Sur le plan protocolaire, le statut d'invité d'honneur accordé au Maroc s'est traduit par des marques de distinction visibles tout au long du forum. La délégation marocaine, conduite par Mustapha Amdjar, directeur de la Communication et des relations générales au ministère de la Jeunesse, de la culture et de la communication et le chef de la division des Relations avec les acteurs au sein du même département, Abdel Majid Abada, comprenait des représentants de l'Institut supérieur de l'information et de la communication ainsi que six journalistes marocains. L'ambassadeur du Maroc au Mali, Driss Isbayene, a suivi l'intégralité des travaux, présence continue qui, dans le langage diplomatique, traduit une attention de fond bien au-delà de la simple courtoisie.

À la cérémonie de clôture du samedi 6 juin, le programme officiel du FOPAME réservait un temps de parole exclusif au «représentant du pays invité d'honneur, le Royaume du Maroc». Le Maroc était ainsi le seul pays à bénéficier de cette tribune lors de la séance de clôture, distinction inscrite noir sur blanc dans un programme qui réunissait pourtant des délégations venues du Bénin, du Cameroun, de Côte d'Ivoire, de Guinée-Conakry, de Mauritanie, de la RDC, du Sénégal, du Tchad, du Togo, de Haïti et de Palestine.

La coopération Sud-Sud comme levier de codéveloppement

Le ministre Diop a également replacé la relation maroco-malienne dans le cadre plus large de la coopération africaine. Soulignant l'essor économique du Royaume, il a estimé que le Maroc représentait «un pilier et un acteur majeur de la coopération Sud-Sud», et que «le renforcement des échanges entre pays africains demeure le levier essentiel pour le codéveloppement du continent». Une vision qui rejoint celle que le forum lui-même portait depuis son ouverture, sous le thème «Unir les voix, renforcer les liens entre les médias d'Afrique».

Pour le ministre des Affaires étrangères malien, l'Eldorado que les pays africains cherchent parfois ailleurs existe sur le continent, «si nous décidons de nous donner la main, de travailler dans la sincérité et de faire en sorte que nous puissions transformer nos économies». Dans ce projet, le Maroc occupe, selon lui, une place singulière : celle d'un pays qui prouve, par sa trajectoire, que le développement endogène est possible.

Que deux membres du gouvernement malien aient choisi, spontanément et avec cette précision dans les mots, de rendre hommage au Maroc depuis la tribune d'un forum panafricain sur les médias, dit quelque chose que les communiqués diplomatiques habituels ne disent jamais aussi bien. Ce n'était pas un discours de circonstance. C'était, de la part de Bamako, une attestation publique d'une relation qui tient, y compris dans les moments où tout vacille.
Copyright Groupe le Matin © 2026