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Droits des femmes : le nouveau gouvernement appelé à faire de l’égalité une priorité budgétaire et politique

À l’heure où se dessinent les orientations du prochain gouvernement et les arbitrages du projet de loi de Finances 2027, la Fédération des Ligues des droits des femmes (FLDF) appelle à placer l’égalité entre les femmes et les hommes au cœur de l’action publique. Dans un communiqué daté du 20 octobre, l’organisation féministe plaide pour des réformes législatives et institutionnelles, une meilleure prise en compte des inégalités économiques et territoriales et une traduction concrète des engagements constitutionnels en faveur des droits des femmes. Une interpellation qui dépasse les seules revendications sectorielles pour poser la question de la place de l’égalité dans les priorités du nouvel Exécutif.

22 Octobre 2026 À 17:09

La formation d’un nouveau gouvernement ouvre une séquence politique déterminante pour l’avenir des réformes sociales et économiques au Maroc. Entre les attentes suscitées par le renouvellement de l’Exécutif, les contraintes budgétaires et les chantiers législatifs encore en suspens, la question de l’égalité entre les femmes et les hommes s’impose comme l’un des enjeux de cette nouvelle étape. Pour les organisations féministes, l’enjeu ne consiste plus seulement à réaffirmer des principes consacrés par la Constitution, mais à leur donner une portée effective dans les politiques publiques.



C’est dans ce contexte que la Fédération des Ligues des droits des femmes entend peser sur les orientations gouvernementales. Dans son communiqué du 20 octobre, elle défend une approche transversale de l’égalité, considérant que les avancées en matière de droits des femmes doivent se mesurer aussi bien à l'aune des réformes juridiques qu'à celle de l'accès aux ressources, aux services publics, à la protection sociale et aux responsabilités.

Faire de l’égalité un choix budgétaire

Au-delà des engagements politiques, la FLDF place la question des moyens financiers au centre du débat. Pour la Fédération, l’intégration de l’égalité dans les différentes politiques publiques, les programmes sectoriels et les choix budgétaires constitue une condition essentielle pour transformer les engagements institutionnels en résultats tangibles. Cette exigence prend une dimension particulière dans la perspective du projet de loi de Finances 2027. L’organisation considère en effet que les arbitrages budgétaires à venir représenteront un premier test de la volonté gouvernementale de réduire les disparités économiques et sociales.

L’enjeu est d’autant plus important que les inégalités entre les femmes et les hommes traversent plusieurs domaines de l’action publique. L’accès à l’emploi, aux services sociaux, aux ressources économiques ou encore aux mécanismes de protection ne relève pas d’une politique isolée, mais d’une coordination entre plusieurs départements ministériels. Dans cette perspective, la budgétisation sensible au genre apparaît comme un levier permettant d’apprécier les effets réels des dépenses publiques sur les femmes et les hommes, au-delà des montants annoncés ou des objectifs affichés.

Reconnaître le travail invisible des femmes

La dimension économique occupe également une place importante dans les préoccupations de la Fédération. Celle-ci insiste notamment sur la nécessité de reconnaître la valeur économique et sociale du travail de soins non rémunéré, largement assumé par les femmes. La garde des enfants, l’accompagnement des personnes dépendantes et les responsabilités domestiques constituent autant d’activités indispensables au fonctionnement de la société, mais qui demeurent insuffisamment prises en compte dans les politiques économiques.

Pour la FLDF, cette reconnaissance doit s’accompagner d’un développement des services de garde, d'accueil et de prise en charge des enfants et des personnes en situation de dépendance. Ces services sont présentés non seulement comme une réponse à des besoins sociaux, mais également comme un instrument susceptible de favoriser la participation économique des femmes. Cette approche introduit une dimension structurelle dans le débat sur l’emploi féminin : l’amélioration de l’accès des femmes au marché du travail ne peut être dissociée d’une meilleure répartition des responsabilités familiales et de l’existence de services publics adaptés.

Justice territoriale et transition écologique : les femmes rurales en première ligne

La Fédération élargit par ailleurs ses revendications aux enjeux de sécurité stratégique, de justice territoriale et de transition environnementale. Elle appelle à intégrer systématiquement la dimension de l’égalité dans les politiques relatives à la sécurité hydrique, alimentaire et énergétique. Cette orientation s'accompagne d'une attention particulière aux femmes rurales, dont les conditions de vie et de travail sont directement affectées par la raréfaction des ressources naturelles et les changements climatiques.

L’accès à l’eau, aux ressources productives et aux services essentiels constitue ainsi un enjeu qui dépasse la seule politique environnementale. Il engage également la capacité des pouvoirs publics à corriger les disparités territoriales et à protéger les populations les plus exposées aux effets des transformations climatiques. En associant égalité et transition écologique, la FLDF défend ainsi l’idée qu’une politique de développement durable ne peut atteindre ses objectifs sans tenir compte des inégalités sociales et économiques qui affectent particulièrement certaines catégories de femmes.

Réformes juridiques : l’égalité à l’épreuve des textes

Si les politiques économiques et sociales constituent un premier levier d'action, la FLDF rappelle que leur efficacité demeure étroitement liée à l'évolution du cadre juridique et institutionnel. Elle estime que la réalisation d'un développement équitable ne peut être dissociée de l'achèvement des réformes législatives garantissant les droits fondamentaux des femmes. Au premier rang de ces chantiers figure la réforme du Code de la famille, que la Fédération présente comme une priorité. L'organisation appelle également au renforcement des dispositifs juridiques et institutionnels de protection contre les violences et les discriminations, y compris dans leurs dimensions numériques et politiques.

Cette revendication souligne les limites d'une approche qui réduirait l'égalité à la seule amélioration des conditions économiques. Pour la Fédération, l'autonomisation des femmes suppose également un environnement juridique protecteur, un accès effectif à la justice et une présence renforcée dans les espaces de responsabilité et de décision. L'enjeu pour le prochain gouvernement sera donc d'articuler les réformes sociales avec les transformations législatives attendues, afin d'éviter que les progrès réalisés dans un domaine ne soient limités par le maintien d'obstacles dans un autre.

Gouvernance : renforcer les institutions chargées de l'égalité

La question institutionnelle constitue un autre axe majeur du communiqué. La FLDF établit un lien direct entre la promotion des droits des femmes, la lutte contre la corruption et l'amélioration de la gouvernance publique. Elle insiste dans ce sens sur la transparence, la responsabilité et la reddition des comptes dans la gestion des finances publiques, considérant ces principes comme des conditions indispensables à la justice sociale, à l'égalité et à l'égalité des chances.

Mais au-delà de cette exigence générale, la Fédération formule une proposition institutionnelle précise : renforcer les attributions du ministère chargé de la Famille, de la solidarité et de l'égalité, en consolidant son cadre juridique et organisationnel. L'objectif serait de lui permettre d'exercer des compétences clairement définies en matière de proposition, de coordination, de suivi et d'évaluation transversale des politiques publiques relatives à l'égalité et à la lutte contre les discriminations. La FLDF préconise que ces attributions soient exercées sur délégation de la chefferie du gouvernement, sans créer de structures parallèles ni empiéter sur les compétences des autres départements ministériels. Cette proposition traduit une préoccupation de fond : éviter la dispersion des responsabilités et faire de l'égalité une politique gouvernementale coordonnée, plutôt qu'une mission cantonnée à un seul ministère.

Le budget 2027, premier test des engagements gouvernementaux

En définitive, la Fédération entend déplacer le débat des déclarations de principe vers l'évaluation des résultats. Elle considère que la réussite du programme gouvernemental ne saurait être appréciée uniquement à travers les taux de croissance ou les indicateurs financiers. Elle doit également se mesurer à la capacité de l'action publique à améliorer les conditions de vie des citoyennes et des citoyens, à élargir les possibilités économiques et sociales, à réduire les disparités et à renforcer les droits et les libertés. Dans cette perspective, le projet de loi de Finances 2027 apparaît comme une première échéance décisive. Les choix opérés en matière de dépenses publiques, de programmes sociaux et de réduction des inégalités permettront d'apprécier la place réellement accordée à l'égalité dans les priorités du nouvel Exécutif.

À travers cette interpellation, la FLDF pose ainsi une question centrale : le prochain gouvernement fera-t-il de l'égalité entre les femmes et les hommes un objectif structurant de son action, assorti de moyens et de mécanismes d'évaluation, ou celle-ci restera-t-elle principalement inscrite dans le registre des engagements politiques ? C'est à l'aune des réformes engagées et de leurs effets concrets que cette ambition pourra être jugée.
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