Menu
Search
Jeudi 22 Octobre 2026
S'abonner
close

L’aide de 5.000 DH du gouvernement pour encourager le mariage des jeunes, un coup de pouce qui fait débat

Alors que, parmi les célibataires marocains qui ne souhaitent pas se marier ou hésitent, près de quatre sur dix citent les contraintes économiques et matérielles, et que la fécondité est tombée à 1,97 enfant par femme, le gouvernement de Fatima Zahra El Mansouri promet jusqu’à 5.000 DH aux jeunes qui souhaitent fonder un foyer. Inscrite au programme gouvernemental 2026-2031, cette aide vise à alléger les frais du mariage et à encourager les jeunes à franchir le pas, mais son efficacité fait déjà débat parmi les Marocains, qui s’interrogent sur la capacité de ce montant à lever des obstacles financiers durables.

No Image

Le programme gouvernemental 2026-2031, présenté le 19 octobre devant les deux chambres du Parlement, prévoit une aide pouvant atteindre 5.000 DH pour les jeunes qui souhaitent se marier. Le gouvernement l’inscrit dans son volet consacré à la cohésion familiale et la présente comme un moyen de « contribuer à alléger les frais liés au mariage », dans un contexte marqué par les difficultés d’accès au logement et à l’emploi ainsi que par la hausse du coût de la vie. Issue d’une promesse électorale de l’Istiqlal, l’un des quatre partis de la majorité, cette mesure vise à réduire une partie des dépenses qui retardent la constitution d’un foyer.

related_articles[359601]

Après l’annonce de la mesure, les 5.000 DH sont devenus l’un des principaux sujets de débat sur les réseaux sociaux marocains : plusieurs internautes jugent les 5.000 DH « dérisoires » au regard des frais du mariage et de l’installation d’un foyer, alors que d’autres défendent une aide mensuelle aux jeunes sans emploi ou faiblement rémunérés, qu’ils estiment plus adaptée pour les encourager à se marier et les aider à assumer les charges du ménage dans la durée. Ce débat oppose ainsi une aide ponctuelle aux frais du mariage à un accompagnement régulier, dont la mise en place engagerait l’État dans une dépense récurrente et poserait la question de son financement durable.

Cette promesse marque un changement par rapport à la position exprimée quelques mois plus tôt par le précédent gouvernement. En août 2026, dans une réponse écrite au conseiller parlementaire Khalid Essatte, la ministre de la Solidarité, de l’Insertion sociale et de la Famille, Naïma Ben Yahia, avait écarté la mise en place d’aides financières au mariage ou de mesures destinées à stimuler la natalité. L’Exécutif privilégiait alors le renforcement des politiques familiales, l’amélioration des services publics et l’accompagnement des familles déjà constituées ; le nouveau gouvernement entend aussi favoriser la création de nouveaux foyers.

5.000 DH pour se marier, et après ?

Le programme ne précise pas le nombre de bénéficiaires, ce qui empêche d’évaluer le coût réel du dispositif ; pour donner un ordre de grandeur, 258.097 actes de mariage ont été établis au Maroc en 2025 et, si chacun des couples concernés avait reçu le montant maximal de 5.000 DH, la dépense aurait atteint environ 1,29 milliard de DH. Le budget effectif dépendra des critères d’éligibilité, du nombre de couples retenus et du montant finalement versé.

Au-delà de son coût, l’enjeu est de savoir si cette aide répond aux difficultés qui freinent les projets de mariage. Selon le Haut-Commissariat au Plan, parmi les célibataires de 25 à 39 ans qui ne souhaitent pas se marier ou hésitent, 60,9 % citent des difficultés économiques, notamment l’accès au logement, l’insuffisance des revenus, le chômage ou le coût du mariage.

Ces obstacles s’inscrivent dans un contexte de recul des intentions matrimoniales : en 2025, 51,7 % des célibataires adultes déclaraient ne pas souhaiter se marier, contre 40,6 % qui l’envisageaient, tandis que cette proportion atteignait 64,6 % chez les 18-24 ans. Dans le même temps, l’indice de fécondité est passé à 1,97 enfant par femme en 2024, sous le seuil de remplacement des générations, et le scénario tendanciel du HCP le situe à 1,81 en 2060 ; le souhait de fonder une famille et d’avoir des enfants étant la principale motivation des célibataires qui envisagent le mariage, le recul des unions peut aussi contribuer au report des projets d’enfant.

L’aide pourrait donc alléger les premières dépenses du mariage, mais elle ne saurait, aux yeux de nombreux Marocains, ouvrir à elle seule la voie d’une vie commune lorsque les revenus manquent et que le logement demeure hors de portée. Son efficacité dépendra du montant effectivement versé, du nombre de bénéficiaires et du soutien que lui apporteront des mesures plus durables ; Or le programme laisse encore dans l’ombre les conditions d’accès, la procédure de demande, l’organisme gestionnaire et le calendrier des versements, autant de précisions nécessaires pour savoir si cette promesse donnera lieu à un dispositif concret ou restera une annonce sur le papier.

Lisez nos e-Papers