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Akhannouch : le rôle de l’enseignant est central dans la réforme de l’éducation nationale

Dialogue renforcé avec les enseignants, revalorisation du métier et déploiement de nouveaux dispositifs pédagogiques… le gouvernement met en avant une réforme éducative structurée et progressive. À l’occasion de l’ouverture du deuxième Forum national de l’enseignant, le Chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, a détaillé les principaux axes de cette transformation, tout en insistant sur la nécessité d’inscrire ce chantier dans la durée.

Ph. Saouri

25 Mars 2026 À 18:40

Sous les grands chapiteaux dressés pour abriter la deuxième édition du Forum national de l’enseignant, mercredi à Rabat, l’atmosphère se voulait à la fois studieuse et conviviale. Responsables institutionnels, cadres éducatifs et enseignants se sont retrouvés autour d’un même enjeu : accompagner la transformation du système éducatif marocain de manière et mener la réforme en cours à bon port et de sorte à en faire un levier de développement.

C’est dans ce cadre que le Chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, a pris la parole pour tracer les grandes lignes des chantiers de réforme engagés. Dès l’entame, le ton est donné : il ne s’agit plus seulement d’annoncer des orientations, mais de consolider une dynamique déjà enclenchée. Et ce forum y occupe une place centrale, comme l’a souligné le Chef de l’Exécutif qui a tenu à préciser que ce rendez-vous n’est plus un simple moment d’échange ponctuel, mais un cadre appelé à durer. Une manière d’inscrire dans le temps une approche fondée sur le dialogue avec les enseignants, désormais présenté comme un acteur primordial de la réforme.

Sortir d’une réforme descendante

Dans la continuité de cette idée, Aziz Akhannouch a insisté sur un principe qu’il érige en ligne directrice : la réforme ne peut plus se penser sans les enseignants. Elle ne peut être construite d’en haut, mais doit s’ancrer dans la réalité des classes et se nourrir des préoccupations du terrain. L’enjeu est clair : instaurer un dialogue continu avec les femmes et les hommes de l’enseignement, non seulement pour entendre leurs attentes, mais aussi pour les associer pleinement aux mutations du système éducatif.

Reconnaître la centralité de l’enseignant

C’est précisément dans cette logique que s’inscrit le choix du thème de cette édition, «L’enseignant au cœur de la transformation éducative». Plus qu’un simple slogan, ce thème traduit, selon le Chef du gouvernement, une orientation politique assumée. Dans le prolongement de cette vision, il a mis en avant une conviction profonde : aucune réforme ne peut aboutir sans garantir la dignité de l’enseignant, renforcer sa place dans la société et assurer sa stabilité professionnelle. Trois dimensions que l’Exécutif considère désormais comme indissociables de toute transformation durable.

Changer de regard sur le métier

Dans la même perspective, le Chef du gouvernement a insisté sur l’importance de changer le regard porté sur le métier d’enseignant. Celui-ci, a-t-il défendu, ne saurait être réduit à un exécutant administratif. Il est, au contraire, un acteur central du projet éducatif, porteur d’une mission qui dépasse la simple transmission des savoirs. Former, accompagner, construire des trajectoires : autant de responsabilités qui placent l’enseignant au cœur du développement social. C’est d’ailleurs cette lecture qui a conduit le gouvernement à engager des choix structurants pour un secteur qui regroupe près de 336.000 fonctionnaires.

Des engagements financiers assumés

Dans le prolongement de cette reconnaissance, le Chef du gouvernement a mis en avant les efforts consentis pour améliorer la situation des enseignants. Revalorisation salariale, révision des indemnités, nouveaux acquis professionnels : autant de mesures destinées selon lui à renforcer l’attractivité du métier. Concrètement, ces engagements se traduisent par des augmentations générales d’au moins 1.500 dirhams mensuels, accompagnées d’une refonte du système indemnitaire. Au total, le coût annuel des mesures issues du dialogue social atteint près de 17 milliards de dirhams, un niveau d’investissement que l’Exécutif présente comme un choix stratégique en faveur de l’école publique.

La formation comme clé de la qualité

Au-delà de cet effort matériel, le gouvernement entend inscrire la réforme dans une dynamique plus qualitative. Aziz Akhannouch a ainsi insisté sur un autre chantier, plus structurant : celui de la formation. Dans cette optique, le renforcement de la formation initiale et le développement de parcours de formation continue apparaissent comme des leviers essentiels pour accompagner les évolutions pédagogiques et répondre aux attentes professionnelles. Une orientation qui repose sur un principe clair : la performance du système éducatif reste étroitement liée à la qualité de ses enseignants.

Dans cet ordre d’idées, le Chef du gouvernement a rappelé que la réforme s’inscrit dans une feuille de route globale, fondée sur une articulation entre trois piliers complémentaires : l’école, l’enseignant et l’élève. C’est dans ce cadre que s’inscrit le programme «Écoles pionnières», conçu pour corriger les inégalités et restaurer la confiance dans l’école publique. Un projet dont les résultats avancés sur le terrain font état d’une amélioration des apprentissages fondamentaux et d’un renforcement du niveau de maîtrise des compétences chez les élèves.

Un programme appelé à changer d’échelle

Porté par ces premiers résultats, le programme connaît aujourd’hui une montée en puissance significative. Il concerne plus de la moitié des écoles primaires publiques, soit plus de 4.600 établissements, et bénéficie à près de 2 millions d’élèves, tout en mobilisant des dizaines de milliers d’enseignants. Dans cette dynamique, le gouvernement affiche désormais une ambition claire : généraliser ce modèle à l’ensemble des établissements à l’horizon 2026-2027, afin de garantir une meilleure équité entre les apprenants sur l’ensemble du territoire.

Et le gouvernement ne compte pas s’arrêter en si bon chemin puisque la réforme s’étend progressivement au cycle collégial. Elle concerne désormais 786 établissements, regroupant près de 678.000 élèves et environ 23.700 enseignants, en plus de milliers de cadres pédagogiques. Cette extension vise à assurer la cohérence entre les différents niveaux d’enseignement et à consolider la continuité de l’approche pédagogique, dont les effets commencent à se confirmer sur le terrain. Pour accompagner cette montée en puissance, un effort financier conséquent a été engagé. Aziz Akhannouch a ainsi mis en avant la progression considérable du budget de l’éducation, passé de 55 milliards de dirhams en 2021 à près de 99 milliards en 2026. Un niveau d’investissement qui place le secteur en tête des budgets de fonctionnement et qui traduit, selon le Chef du gouvernement, une volonté politique claire de faire de l’éducation une priorité nationale.

Une réforme qui s’inscrit dans le temps long

Au terme de son intervention, Aziz Akhannouch a tenu à rappeler que la réforme éducative s’inscrivait nécessairement dans la durée. Un chantier de long terme qui exige constance, engagement et, surtout, confiance. Dans cette perspective, les enseignants sont invités, selon le Chef du gouvernement, à jouer un rôle central, non plus comme de simples exécutants, mais comme de véritables partenaires dans la conception, la mise en œuvre et l’évaluation des politiques éducatives. Le Forum national de l’enseignant s’impose ainsi comme un espace d’écoute et de reconnaissance, mais aussi comme un levier essentiel pour consolider cette confiance, considérée comme la condition indispensable à la réussite de la transformation du système éducatif.
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