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Élections 2026 : comment la HACA encadre l’influence à la télévision

À quelques jours du scrutin du 23 septembre, le guide publié par la Haute Autorité de la communication audiovisuelle permet de lire autrement les règles du pluralisme électoral. Au-delà du traditionnel partage du temps d’antenne entre partis, le dispositif 2026 s’intéresse désormais aux formes plus indirectes d’influence : candidats invités dans des émissions de divertissement, journalistes publiquement engagés, affiliation partisane des experts, désinformation ou contenus générés par intelligence artificielle. Une évolution qui traduit le passage d’une régulation centrée sur la visibilité politique à une surveillance plus large de l’environnement informationnel du scrutin.

16 Septembre 2026 À 17:00

Combien de minutes pour chaque parti ? Pendant longtemps, la question résumait presque à elle seule le pluralisme politique à la radio et à la télévision. Pour les législatives du 23 septembre, ce chronomètre reste central, mais il ne suffit plus. Le guide récemment publié par la Haute Autorité de la communication audiovisuelle (HACA), qui explicite les règles applicables au scrutin de 2026, montre que la régulation cherche désormais à saisir des formes d’influence électorale beaucoup moins visibles : une apparition dans une émission de divertissement, un expert présenté sans mentionner son engagement partisan, un journaliste candidat toujours présent à l’antenne ou encore une vidéo électorale fabriquée par intelligence artificielle.

La HACA décrit elle-même cette transformation. Depuis les premières campagnes électorales qu’elle régule en 2007, sa doctrine aurait progressivement évolué de la pédagogie politique et de la mobilisation citoyenne vers la transparence, la bonne gouvernance et la concurrence loyale entre partis. En 2026 s’ajoute ce qu’elle qualifie de «dimension cognitive», centrée notamment sur la vigilance du citoyen face aux fausses informations.

Quand la campagne déborde des émissions politiques

Premier changement de perspective : une campagne électorale ne se joue pas uniquement dans les débats et les journaux télévisés. Pendant la période électorale, les candidats et les personnalités affiliées à des partis ne doivent pas apparaître dans les programmes culturels, sportifs, artistiques, de divertissement ou de jeux. La HACA justifie cette séparation par la nécessité d’éviter une «propagande électorale indirecte» et de préserver l’égalité des chances entre les concurrents.

L’enjeu est évident : une personnalité politique invitée pour parler football, cinéma ou de son parcours personnel peut bénéficier d’une exposition importante sans que l’émission soit formellement politique. Le même raisonnement s’applique aux professionnels de l’antenne. Les journalistes, animateurs et collaborateurs qui sont candidats, ou qui ont publiquement déclaré leur soutien à une candidature, doivent voir leur apparition suspendue dans l’ensemble des programmes entre l’annonce officielle des candidatures et la fin du scrutin.

Autre disposition moins spectaculaire, mais importante : lorsqu’un universitaire, un expert, un analyste, un commentateur, un influenceur ou un acteur associatif intervient à l’antenne, son éventuelle appartenance partisane doit être portée à la connaissance du public. La règle touche directement à la crédibilité de l’information. Le téléspectateur n’interprète pas de la même façon une analyse présentée comme indépendante et l’intervention d’une personne politiquement engagée. Le pluralisme ne consiste donc plus uniquement à savoir qui parle, mais également depuis quelle position cette personne s’exprime.

L’intelligence artificielle entre dans les règles électorales

L’autre évolution forte concerne l’intelligence artificielle. Pour les législatives de 2026, les radios et télévisions doivent s’abstenir de diffuser tout contenu électoral fabriqué ou généré par intelligence artificielle lorsqu’il est susceptible d’induire le public en erreur. Son utilisation reste possible lorsqu’elle répond à un objectif d’information, d’explication ou de vérification, mais le recours à l’IA doit alors être clairement signalé. Cette disposition accompagne une obligation plus générale de vigilance face aux fausses informations susceptibles d’influencer le déroulement normal des élections.

Le changement est loin d’être anodin. Le contrôle traditionnel du pluralisme porte sur la répartition d’une ressource identifiable : le temps d’antenne. Avec les contenus synthétiques, le problème devient aussi celui de l’authenticité de ce qui est diffusé. Une voix artificielle, une séquence modifiée ou une vidéo entièrement générée peuvent donner l’apparence du réel à un contenu qui ne l’est pas.

La HACA inscrit ainsi la lutte contre la désinformation et l’encadrement de l’IA dans l’évolution de sa philosophie de régulation. Le guide présente cette étape comme un approfondissement du rôle du régulateur dans la protection du droit du citoyen à une information lui permettant de former son jugement électoral. Cette régulation concerne toutefois le champ audiovisuel placé sous le contrôle de la Haute Autorité. Elle ne constitue pas, à elle seule, un cadre général applicable à l’ensemble des contenus électoraux qui circulent sur les plateformes et les réseaux sociaux, devenus un autre terrain majeur de campagne.

50% du temps d’antenne pour les partis disposant d’un groupe parlementaire

Ces nouvelles règles ne font pas disparaître la mécanique classique du partage de l’antenne. Le système marocain ne repose pas sur une stricte égalité entre les formations politiques. Le temps disponible est distribué selon leur représentativité parlementaire. Les partis disposant d’un groupe dans l’une des deux Chambres se partagent 50% du volume horaire global. Les formations représentées au Parlement mais ne disposant pas de groupe se répartissent 30%. Les partis non représentés se partagent les 20% restants. La hiérarchie apparaît également dans les programmes spécifiquement diffusés pendant la campagne officielle sur Al Aoula, Tamazight, 2M, Medi1 TV, la Radio nationale et la Radio Amazighe.

Pour les interventions d’expression directe, les partis de première catégorie disposent de trois séances de sept minutes sur chaque service concerné. Ceux de deuxième catégorie bénéficient de trois passages de cinq minutes, contre trois passages de trois minutes pour la troisième catégorie. Pour les invitations dans les journaux d’information, cinq minutes sont accordées aux formations de première catégorie et trois minutes à celles de deuxième catégorie. Aucun passage de ce type n’est prévu pour la troisième. La couverture des rassemblements est également graduée : trois minutes, deux minutes trente et deux minutes. Cette répartition illustre une évolution relevée par la HACA elle-même : au fil des scrutins, le modèle s’est progressivement éloigné d’un équilibre initial entre partis pour donner davantage de poids à la représentativité parlementaire.

Une campagne surveillée avant même son lancement officiel

Autre enseignement du dispositif : pour le régulateur, une campagne ne commence pas avec l’ouverture juridique de la campagne officielle. La période électorale contrôlée par la HACA s’étend sur 39 jours, du 15 août au 22 septembre. Elle comprend 26 jours de précampagne et treize jours de campagne officielle. La Haute Autorité explique ce choix par le fait que la visibilité des candidats et la formation du débat politique commencent bien avant l’ouverture officielle de la campagne.

Le contrôle est assuré au moyen d’un dispositif fonctionnant tout au long de cette période. Le Conseil supérieur de la communication audiovisuelle siège en session ouverte et peut examiner en urgence les affaires dont il est saisi ou qu’il décide de traiter d’office. Une équipe de veille fonctionne sept jours sur sept. Les opérateurs disposent également de la plateforme «HACA Bridges Pluralisme», utilisée pour déclarer les programmes électoraux et échanger les données relatives aux temps d’antenne et de parole. Les résultats intermédiaires sont communiqués aux radios et télévisions afin qu’elles puissent corriger d’éventuels déséquilibres avant la fin de la campagne.

En 2021, la HACA avait suivi 33 services audiovisuels et recensé plus de 468 heures de couverture électorale, dont environ 212 heures consacrées aux prises de parole des partis politiques. Le rapport qui sera publié après l’annonce des résultats définitifs permettra cette fois de mesurer non seulement la manière dont le temps d’antenne a été réparti, mais aussi jusqu’où ces nouvelles règles ont réellement permis d’encadrer les formes plus diffuses d’influence politique. Car en 2026, la question du pluralisme électoral ne se limite manifestement plus au nombre de minutes passées devant une caméra.

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