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Mardi 06 Octobre 2026
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Futur gouvernement: les alliances bienvenues et celles à bannir, selon Hassan Benaddi

Dix-huit ans après la naissance du Parti authenticité et modernité (PAM), Hassan Benaddi voit son ancienne formation accéder à une responsabilité qu’elle n’avait encore jamais exercée. Invité de «L’Info en Face» sur Matin TV, le premier secrétaire général du PAM voit d’un bon œil un rapprochement avec les partis issus de la Koutla, se montre beaucoup plus sévère à l’égard du RNI et prévient surtout que la composition de la majorité ne suffira pas à faire un gouvernement.

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Pour Hassan Benaddi, l’histoire du PAM ressemble désormais à un essai qu’il reste à transformer. Le parti qu’il a contribué à porter sur les fonts baptismaux en 2008 a franchi une étape politique décisive. Reste celle qui, à ses yeux, compte davantage : gouverner. «Ce n’est qu’une partie du chemin qui est parcourue. Il faut faire le reste du chemin», résume l’ancien premier secrétaire général du Parti authenticité et modernité, invité lundi de «L’Info en Face» sur Matin TV. Une manière de rappeler que la victoire électorale et les tractations pour constituer une majorité ne constituent qu’un commencement. «Comme on dit dans le rugby, il faut transformer l’essai», ajoute-t-il.
Retiré des structures dirigeantes et prenant soin de préciser qu’il ne participe à aucune négociation, Hassan Benaddi s’autorise toutefois une lecture très politique de la coalition qui pourrait émerger. Une configuration associant le PAM à l’Istiqlal, à l’USFP et au PPS, trois formations héritières de la Koutla, aurait sa préférence. Il élargit même la réflexion au Mouvement populaire, auquel il reconnaît également une filiation avec le mouvement national. «Je m’en réjouirais personnellement», dit-il à propos d’un rapprochement avec les partis de la Koutla. Avant de prévenir : «Je ne négocie rien ici. Je ne plaide la cause de personne. J’analyse les choses.»



Pour Hassan Benaddi, ce rapprochement aurait moins à voir avec une arithmétique parlementaire qu’avec une continuité historique. Dans sa lecture, la matrice du mouvement national reste susceptible de fournir un socle politique lorsque le pays doit affronter des défis lourds. Il refuse toutefois de réduire cette légitimité à l’ancienneté des formations. Le PAM, insiste-t-il, porte aussi des générations nouvelles et doit précisément regarder vers celles qui s’expriment aujourd’hui en dehors des cadres politiques traditionnels.

Une coalition historique, à condition de ne pas gouverner par les symboles

La Koutla conserve, reconnaît Hassan Benaddi, une forte charge symbolique. Mais il met immédiatement en garde contre la tentation d’en faire un substitut à l’action publique. «On a besoin de symboles, mais ça ne suffit pas. Ce qui va être déterminant, c’est l’action», tranche-t-il. Son raisonnement débouche alors sur ce qui constitue sans doute l’un des messages les plus appuyés de l’entretien : le prochain gouvernement sera jugé très vite. Les premières semaines compteront autant que la coalition elle-même, tant elles installeront une perception durable de l’Exécutif. M. Benaddi convoque à ce titre le traditionnel test des «cent premiers jours», tout en suggérant que le verdict de l’opinion pourrait commencer beaucoup plus tôt, dès l’annonce de l’équipe gouvernementale.

La première exigence sera donc celle du casting. Fatima Ezzahra El Mansouri a déjà cité l’éthique, la probité, la compétence et la rigueur parmi les qualités attendues. Hassan Benaddi y souscrit sans réserve. Il souhaite des personnalités dont la réputation «rassure», capables d’exercer une fonction publique sans que leur parcours ne devienne immédiatement un sujet de controverse. À la formule un peu triviale des «casseroles», lancée au cours de l’échange, il répond avec prudence : personne n’est irréprochable et la politique ne doit pas tourner à «l’inquisition». Mais le principe demeure : la réputation des membres de l’Exécutif devra constituer «un atout».



La compétence, surtout, ne viendra pas toujours spontanément frapper à la porte. Pour l’expliquer, M. Benaddi recourt à une image : lors d’un buffet, dit-il en substance, les premiers à se précipiter ne sont pas nécessairement les meilleurs. Il faudra donc «aller chercher» les profils capables d’assumer des responsabilités, y compris parmi ceux qui ne se mettent pas spontanément en avant. À ses yeux, la force politique du futur gouvernement se mesurera également à sa capacité à parler directement au pays. Il reprend alors une critique déjà formulée sous la précédente législature : l’ancien gouvernement, estime-t-il, «n’a pas pris langue avec les Marocains».

La formule résume une conception de l’exercice du pouvoir : écouter, expliquer, répondre sans intermédiaires excessifs et ne pas confondre communication avec politique. «Il faut parler aux gens, les écouter, les faire parler aussi, échanger avec eux», plaide-t-il, appelant le prochain Exécutif à l’humilité et à l’accessibilité. Et glissant au passage une critique des stratégies de communication trop sophistiquées, lorsqu’elles donnent le sentiment de remplacer le contact politique.

Sur le RNI, une rupture assumée... à titre personnel

Le ton change nettement lorsque la discussion arrive sur le Rassemblement national des indépendants. Hassan Benaddi rappelle qu’il avait déjà, plusieurs années auparavant, plaidé publiquement pour que le PAM s’éloigne de son allié gouvernemental. Sa position n’a pas changé. Il insiste toutefois à plusieurs reprises sur son statut : il ne parle ni au nom du PAM ni au nom de l’équipe chargée des consultations. «Ça n’engage que moi personnellement», précise-t-il.

Sa critique vise surtout l’évolution qu’il dit avoir observée dans la manière d’exercer le pouvoir. M. Benaddi oppose le RNI qu’il a connu autrefois, composé selon lui de grands commis de l’État, de personnalités issues du monde économique et de notables cultivant une certaine modestie, à l’image donnée par le parti ces dernières années. Il dit y avoir perçu «une arrogance», une manière de «prendre les Marocains de haut». Interrogé sur les accusations de conflits d’intérêts ayant nourri le débat public, il se garde toutefois de trancher leur véracité : «Je ne prononce pas de condamnation», prend-il soin de préciser.

Son propos est davantage politique que judiciaire. Pour M. Benaddi, l’exercice d’une responsabilité publique impose de tenir compte non seulement de la légalité, mais aussi de la confiance. Lorsque le soupçon devient massif dans l’opinion, considère-t-il, la responsabilité politique peut exiger de prendre ses distances afin de défendre son intégrité. La charge va néanmoins loin lorsqu’il décrit ce qu’il considère être la dérive récente du parti, allant jusqu’à employer le terme d’«oligarchie». Une appréciation personnelle, donc, qui contraste avec la prudence qu’il observe lorsqu’il évoque les négociations en cours. Sur leur issue, il affirme n’avoir aucune information privilégiée.

«Prendre à bras-le-corps» la question des jeunes

Au-delà du jeu des alliances, Hassan Benaddi ramène régulièrement l’entretien vers ce qu’il considère être le véritable dossier du prochain quinquennat : la réponse aux attentes sociales et, en particulier, à celles des jeunes. Il appelle le futur gouvernement à écouter les organisations syndicales, mais aussi les formes plus récentes de mobilisation, dont les coordinations ponctuelles. L’absence de structuration classique ne doit pas, selon lui, conduire le pouvoir à ignorer ce qui s’y exprime.

La question des jeunes sortis de l’école, sans emploi ni formation, occupe une place particulière dans son raisonnement. Le Maroc en parle depuis des années, observe-t-il, au risque de transformer le diagnostic en rituel. «Il ne suffit pas d’en parler», lance-t-il. Le dossier doit être «pris à bras-le-corps». Sa réponse passe par de grands chantiers capables de mêler emploi, formation et utilité collective. Il évoque l’apprentissage de l’informatique à grande échelle, le recyclage professionnel ou encore des programmes nationaux de reboisement qui pourraient mobiliser les jeunes tout en répondant à des besoins environnementaux. L’idée centrale est celle de dispositifs exceptionnels face à un problème lui-même exceptionnel : descendre au niveau des régions, identifier les publics concernés et construire des solutions adaptées plutôt que se satisfaire d’une catégorie statistique.

Même l’opposition, à commencer par le Parti de la justice et du développement (PJD), est invitée par Hassan Benaddi à prendre sa part dans cette séquence. Il lui reconnaît pleinement le droit de «ne rien lâcher» dans l’exercice de son rôle et défend la poursuite de la construction démocratique. Mais il souhaite que la confrontation reste «responsable» et ne dérive pas vers des polémiques qu’il juge stériles. Pour illustrer son propos, l’ancien responsable du PAM emprunte une dernière image au football : chacun peut conserver son club, ses couleurs et ses affinités, mais certains moments commandent, dit-il, d’endosser aussi «la tenue Maroc».

Derrière cette invitation à dépasser les querelles partisanes, le message adressé à son propre parti est encore plus clair. L’accession au premier rang n’est pas un aboutissement. Elle ouvre une responsabilité nationale et expose le PAM à une exigence jusque-là inconnue. Hassan Benaddi dit avoir confiance dans Fatima Ezzahra El Mansouri, à laquelle il prête «l’intelligence du cerveau et du cœur». Mais dix-huit ans après la création du parti, le temps de la conquête est terminé. Celui des résultats commence.
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