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Elections 2026 : les leviers du Mouvement populaire pour relancer la machine

Entre critique de la surenchère électorale et défense d’un programme fondé sur la création de richesse, le Mouvement populaire entend porter une autre voix dans la campagne. Nabil Adel, membre de son Conseil national, en a détaillé les ressorts, mercredi 16 septembre sur Matin TV : redresser le tissu des TPME, relever la productivité, miser sur le capital humain et accélérer la transformation numérique, avant d’aborder la redistribution. Le tout, affirme-t-il, dans un programme chiffré à 172 milliards de dirhams sur cinq ans et adossé à 190 milliards de financements sécurisés.

18 Septembre 2026 À 16:40

À moins d'une semaine du scrutin législatif du 23 septembre 2026, Nabil Adel n’a pas seulement défendu les propositions du Mouvement populaire. Il a surtout cherché à poser une question qui dépasse la promesse électorale elle-même : à quelles conditions une mesure peut-elle réellement être tenue ? Dans son intervention, le représentant du MP a ainsi ramené plusieurs engagements de campagne à leur coût, à leurs leviers et à leurs effets attendus, avec une idée qui revient comme le point de départ de son raisonnement : «On ne peut pas distribuer une richesse qu’on n’a pas encore créée.» Une formule qui résume la hiérarchie qu’il établit entre création de richesse et redistribution : avant de partager davantage, il faut d’abord produire davantage.



L’emploi constitue le premier test de cette approche. Le million de postes promis sur cinq ans ne se résume pas, à ses yeux, à un chiffre à afficher dans un programme. Il suppose un rythme de 200.000 créations nettes chaque année. Or selon les données avancées par Nabil Adel, un point de croissance dans les activités non agricoles génère aujourd’hui autour de 38.000 emplois. Pour atteindre les 200.000 emplois annuels annoncés, il faudrait donc que chaque point de croissance en produise près de 60.000, et que cette performance se répète pendant cinq ans. Le débat change alors d’angle : il ne porte plus seulement sur le nombre d’emplois promis, mais sur la capacité de l’économie à transformer la croissance en emplois à un rythme inédit.

Promesses électorales : distinguer les leviers des résultats

Dès lors, la question des leviers économiques se trouve au cœur de l’offre du Mouvement populaire. Nabil Adel en identifie trois sur lesquels un gouvernement peut agir directement : «l’appareil législatif, la dépense publique et le système fiscal». Tout le reste relève d’une équation plus ouverte, où la croissance, l’emploi, l’inflation ou les équilibres économiques dépendent aussi de facteurs extérieurs à la décision publique : conjoncture internationale, pluviométrie, prix de l’énergie. Cette distinction confère au discours de l’invité de «L’Info en Face» plus de cohérence et lucidité : le gouvernement peut engager une politique, mais il ne peut faire en sorte que ses effets soit une certitude.



C’est ce qui fait, selon M. Adel, que le MP a choisi de raisonner en scénarios plutôt qu’en promesses de croissance. Il situe le point de départ autour de 3,7% et envisage une progression graduelle vers 5% à l’horizon 2030-2031. L’intérêt de cette approche n’est pas tant le chiffre avancé que la manière de l’articuler au reste du programme : la croissance n’est pas présentée comme une mesure que l’on décrète, mais comme le résultat attendu d’un ensemble de décisions portant sur l’investissement, les entreprises, la productivité et la dépense publique.

Le pouvoir d’achat s’invite en toute logique dans le débat. Dans une campagne où les mesures de soutien aux revenus occupent une place importante, le MP place la redistribution en aval de la création de richesse. D'où la formule de Nabil Adel – «On ne peut pas distribuer une richesse qu’on n’a pas encore créée». Plus encore, l’invité pose une question plus déterminante : comment augmenter durablement les revenus sans fragiliser la capacité de l’économie à produire, investir et créer des emplois ?

TPME : sauver l’entreprise avant de chercher à accélérer

La première traduction de cette philosophie se trouve dans le tissu productif. Car pour le Mouvement populaire, la bataille économique commence par la capacité des entreprises à survivre, grandir et créer des emplois. Nabil Adel place ainsi les TPME au premier rang de l’offre économique du parti. Il avance 10.000 à 20.000 entreprises disparues chaque année, un chiffre qui pourrait atteindre 40.000 unités en élargissant le périmètre à l’ensemble des unités productives. Pour lui, avant de créer davantage d’emplois, il faut déjà empêcher leur destruction. C’est sur cette fragilité que le MP veut agir en priorité. Premier verrou à faire sauter : les délais de paiement. Avec la facture «exécutoire», les fonds seraient bloqués dès la commande, puis libérés directement au fournisseur après livraison et validation. L’objectif est de soulager la trésorerie des petites structures et de réduire le poids des délais de règlement.
Mais préserver une entreprise ne suffit pas si elle ne trouve pas de débouchés. Le MP propose donc une plateforme de commande privée, inspirée du portail de la commande publique, où les entreprises pourraient publier leurs besoins et les TPME y répondre directement. Il s’agit de réduire le coût de prospection et de faciliter l’accès des petites structures aux commandes.

Reste le coût de l’installation. Le projet des «cités des entrepreneurs» prévoit de mettre à disposition des bureaux sur le domaine public, à raison de cinq mètres carrés par emploi créé : 15 m² pour trois emplois, 50 m² pour dix. Une contribution symbolique couvrirait les frais de fonctionnement. Nabil Adel présente le dispositif non comme une subvention, mais comme un moyen de permettre aux jeunes entreprises de franchir le cap des premières années sans supporter immédiatement le coût immobilier.

La même logique se retrouve dans le volet fiscal. Jusqu’à un million de dirhams de chiffre d’affaires, le MP envisage de réduire fortement les obligations fiscales, sociales et déclaratives, sous réserve du cadre qui serait retenu. Adel rattache cette proposition à la structure du tissu entrepreneurial : il affirme que 88% des entreprises marocaines comptent entre une et trois personnes. Pour ces très petites structures, le poids des formalités peut, selon lui, devenir disproportionné par rapport à leur activité.

De la quantité à la productivité

Mais préserver les entreprises ne suffirait pas. Encore faut-il qu’elles puissent franchir les frontières. Nabil Adel considère que le Maroc ne peut durablement fonder sa croissance sur son seul marché intérieur. Il met en avant les accords commerciaux donnant accès à des marchés beaucoup plus vastes et appelle à faire émerger davantage d’entreprises exportatrices. Le passage vers cette économie plus ouverte suppose, selon lui, une amélioration décisive de la productivité.

La définition qu’il en donne est volontairement élémentaire : la productivité, c’est la production par travailleur. Partant de là, le MP propose de lier l’évolution du salaire minimum aux gains de productivité. «Un salaire minimum qui soit indexé au niveau de productivité», affirme-t-il. Il ne rejette donc pas le principe d’une revalorisation salariale ; il conteste plutôt, dans son raisonnement, la dissociation entre progression des rémunérations et capacité productive. «Si la productivité augmente de 30%, on l’augmente de 30%», résume-t-il, avant de préciser que dissocier les deux constitue un «suicide économique». La formule est abrupte, mais elle traduit toutefois le cœur de son argument : dans une économie qui cherche à monter en gamme, la rémunération du travail ne peut être pensée indépendamment de la valeur créée.

Le capital humain comme premier moteur industriel

Cette priorité donnée à la productivité ramène naturellement à la question du capital humain. Le MP propose, sur ce terrain, la «Marche de la lumière», que Nabil Adel présente comme un engagement à éradiquer l’analphabétisme en cinq ans. L’idée repose sur une mobilisation nationale associant lycéens, étudiants, enseignants, secteur privé et volontaires. Au-delà de la lutte contre l’analphabétisme, le parti veut agir sur l’autre versant du même problème : la capacité du système de formation à répondre aux besoins de l’économie.

Car une économie qui cherche à se développer ne peut pas seulement compter sur davantage de diplômés ; elle doit aussi disposer des compétences dont ses entreprises ont besoin. C’est dans cette perspective que M. Adel insiste sur le rôle des ingénieurs et des techniciens dans l’industrialisation. Il plaide pour une formation plus pratique des ingénieurs, mais surtout pour une augmentation importante du nombre de techniciens qualifiés, dont le rôle est, estime-t-il, déterminant dans l’appareil productif.

Cette réflexion conduit à une autre proposition, qui touche cette fois au fonctionnement même de la formation professionnelle. Le MP veut ouvrir davantage le dispositif au secteur privé tout en maintenant sa gratuité pour les bénéficiaires. Le financement serait orienté vers les apprenants sous forme de «vouchers», utilisables auprès d’établissements répondant à un cahier des charges. Ces établissements seraient également appréciés sur leurs résultats en matière d’insertion professionnelle.

Le numérique, oui, mais sous pavillon marocain

Le même souci de productivité est présent dans le volet numérique. Au-delà de la dématérialisation des procédures, Nabil Adel défend plusieurs plateformes : «Mon entreprise sur mon téléphone», pour accompagner l’entreprise tout au long de son cycle de vie, mais aussi des outils consacrés à la facture exécutoire, à l’accès des TPME aux commandes privées et au suivi des prix. Derrière ces outils, c’est surtout un choix industriel qui apparaît. «Le cœur, c’est que la transformation se fait par des entreprises marocaines», affirme Nabil Adel. Le Maroc, reconnaît-il, ne peut produire seul toutes les technologies de pointe. Il devra continuer à importer certaines solutions et pourra nouer des partenariats avec des entreprises étrangères. Mais la transformation numérique de l’administration doit, selon lui, créer des débouchés pour les entreprises marocaines et leur permettre, à terme, d’exporter leur savoir-faire.

Redistribuer, mais après avoir créé davantage de richesse

S’agissant du soutien aux classes moyennes et défavorisées, le MP prévoit notamment un «compte fiscal social» permettant aux familles de déduire jusqu’à 500 dirhams par enfant et par mois au titre des frais de scolarité dans le privé. Nabil Adel présente la mesure comme un moyen d’alléger la pression sur l’école publique et de lutter contre l’abandon scolaire, notamment lors du passage du primaire au collège. La redistribution n’est donc pas absente du programme du MP, elle vient après la bataille productive, insiste-t-il. Car pour lui, l’amélioration durable des revenus suppose d’abord une économie capable de créer davantage de richesse et d’emplois.

Reste alors la question des moyens. L’Invité de «L’Info en Face» précise que le programme du Mouvement populaire a été chiffré, mesure par mesure, à 172 milliards de dirhams sur cinq ans. Pour ce qui est des ressources nécessaires à sa mise en œuvre, elles se montent à 190 milliards de dirhams «sécurisés». M. Adel précise à ce titre que ce montage financier ne repose ni sur un nouvel endettement, ni sur une hausse des impôts, ni sur une croissance future hypothétique. Le MP mise, dit-il, sur ce qu’il appelle la «rationalisation» de la dépense, qu’il traduit par une réduction des gaspillages et une utilisation plus efficace des ressources publiques. Il cite notamment les dépenses fiscales, évaluées selon lui à 31 à 32 milliards de dirhams par an, dont 18 milliards pourraient, selon lui, être récupérés chaque année, soit 90 milliards sur cinq ans. Il mentionne également le parc automobile public, les cabinets de conseil et les contrats de performance dans la fonction publique.

L’ambition politique, puis le verdict des urnes

Sur le terrain politique, Nabil Adel affiche clairement l’ambition du MP : arriver en tête. Le parti affirme désormais couvrir les 92 circonscriptions et met en avant son renouvellement générationnel ainsi que la diversité des profils appelés à porter ses couleurs. Il évoque l’objectif d’au moins 90 sièges. Cela dit, le Mouvement populaire respectera, nuance-t-il, le verdict des urnes et les règles démocratiques au lendemain du scrutin. Certes, le parti défendra son programme et ses choix, mais «ce sont les Marocains qui décident», conclut M. Adel.
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