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Elections 2026 : les scénarios d'alliances les plus probables

Arrivé en tête des législatives du mercredi 23 septembre avec 97 sièges, selon les résultats provisoires annoncés jeudi par le ministre de l'Intérieur, le PAM doit réunir une coalition d'au moins 198 députés pour obtenir l'investiture de la Chambre des représentants, comme l'exige l'article 88 de la Constitution. Face à lui, un RNI tombé à 66 sièges, un Istiqlal à 65 et un PJD revenu à 54. Le scrutin a rendu caduc le veto conditionnel du PAM contre le RNI brandi lors de la campagne électorale. Rachid Lazrak, professeur de sciences politiques et de droit constitutionnel, décrit trois scénarios et désigne la reconduction du trio PAM, RNI et Istiqlal, à 228 sièges, comme l'hypothèse la plus vraisemblable.

Ph. Saouri

24 Septembre 2026 À 19:21

Le PAM a beau être la première force partisane, ses 97 sièges ne lui suffisent pas pour gouverner. Arrivé en tête des législatives du mercredi 23 septembre, selon les résultats provisoires présentés à l'aube du jeudi 24 septembre par le ministre de l'Intérieur, Abdelouafi Laftit, le Parti authenticité et modernité se trouve à 101 sièges de la majorité absolue. Sur les 395 membres de la Chambre des représentants, il en faut 198 pour investir un gouvernement. Derrière lui, la deuxième place s'est jouée à un siège près. Le Rassemblement national des indépendants (RNI) en obtient 66, le Parti de l'Istiqlal (PI) 65. Le Parti de la justice et du développement (PJD) complète le quatuor de tête avec 54 sièges, portant à 282 le total des quatre premiers. Aucun de ces partenaires potentiels ne permet, à lui seul, au PAM de franchir le seuil : associé au RNI, il plafonne à 163 sièges, à 162 avec l'Istiqlal et à 151 avec le PJD. Or avant le vote, plusieurs formations avaient tracé des lignes rouges. Confrontées aux chiffres, certaines tombent d'elles-mêmes, d'autres poussent les limites du possible.

Un veto conditionnel rendu caduc par le scrutin

L'article 47 de la Constitution dispose que le Roi nomme le Chef du gouvernement «au sein du parti politique arrivé en tête des élections des membres de la Chambre des représentants, et au vu de leurs résultats». Les ministres sont nommés sur proposition de ce dernier, le Roi pouvant, à Son initiative et après consultation du Chef du gouvernement, mettre fin aux fonctions de l'un ou de plusieurs d'entre eux, ce que le Chef du gouvernement peut également Lui demander. L'article 88 impose au Chef du gouvernement d'exposer devant les deux Chambres réunies un programme qui dégage les lignes directrices de l'action gouvernementale, notamment en matière économique, sociale, environnementale, culturelle et extérieure. Débattu dans chaque Chambre, ce programme est soumis au vote des députés, et le gouvernement n'est investi qu'avec la confiance de la majorité absolue de ses membres.

C'est cette séquence qu'invoquait le RNI pour refuser toute projection. Il revient d'abord au Roi de nommer un Chef du gouvernement, qui mènera ensuite les consultations, faisait valoir le parti, jugeant «absurde» de trancher la question des alliances au préalable. Le PAM se disait ouvert au dialogue, à une réserve près : pas d'alliance avec le RNI si celui-ci arrivait en tête. Relégué à la deuxième place, le RNI ne remplit plus cette condition. Le principal obstacle déclaré à la reconduction de la majorité sortante tombe ainsi par le seul effet des urnes. D’ailleurs, lors d’une conférence de presse, jeudi au siège de son parti, Fatima Zahra El Mansouri, la coordinatrice de la direction collégiale du PAM, a affirmé qu’il n’y avait pas de lignes rouges pour échanger avec les formations politiques pour la formation de la prochaine majorité.

Des exclusions qui balisent le terrain des alliances

D'autres interdits conservent en revanche toute leur portée. Le Parti du progrès et du socialisme (PPS), crédité de 19 sièges, subordonne toute alliance à un engagement clair en matière de bonne gouvernance, de transparence et d'assainissement du climat politique, à travers la lutte contre les conflits d'intérêts et l'économie de rente. Il écarte le RNI, qu'il désigne comme le plus lié aux conflits d'intérêts et au bilan de l'Exécutif sortant. Toute majorité incluant le RNI devra donc se passer de ses députés. L'Union socialiste des forces populaires (USFP, 26 sièges) revendique une posture flexible, fondée sur la recherche de convergences programmatiques. Sa ligne rouge vise le PJD, avec lequel elle exclut toute alliance afin de ne pas reproduire «les scénarios de blocage du passé». Les deux formations ne sauraient donc siéger dans la même coalition.

À l'inverse, l’Istiqlal affiche une ouverture maximale et se dit prêt à s'allier avec l'ensemble des forces politiques marocaines, sans exception. Le PJD, qui mise sur le pragmatisme, n'a arrêté aucune ligne rouge par avance. S'il n'arrivait pas premier, prévenait-il, sa participation éventuelle à une coalition resterait soumise à l'arbitrage de ses instances internes, au respect de ses principes et à un minimum de convergence des programmes.

Trois scénarios à l'épreuve de l'arithmétique

Partant de là, Rachid Lazrak, professeur de sciences politiques et de droit constitutionnel et directeur du Centre nord-africain d'études, de recherches et d'évaluation des politiques publiques, esquisse trois scénarios. L'initiative revenant au parti arrivé en tête, la formation du prochain gouvernement «dépendra nécessairement d'une coalition entre plusieurs partis», souligne-t-il.

Le premier, qui « paraît le plus probable sur les plans arithmétique et politique», réunirait le PAM, le RNI et l'Istiqlal, soit 228 sièges, trente de plus que le seuil requis. La formule reprend la composition de la majorité sortante, avec un chef de file différent. Elle assurerait, selon l'universitaire, «une certaine continuité dans les orientations économiques et institutionnelles». Sa réussite passerait par une redéfinition des équilibres internes, le leadership glissant du RNI au PAM, et par un accord sur la répartition des portefeuilles et le programme commun. Le trio sort pourtant remodelé des urnes : le RNI chute de 102 à 66 sièges et l'Istiqlal de 81 à 65, quand le PAM progresse de 87 à 97.

Le deuxième scénario associerait le PAM, l'Istiqlal et le PJD, pour 216 sièges. «Solide numériquement», cette coalition rendrait au PJD une place dans la gestion gouvernementale, mais resterait difficile à concrétiser en raison de la rivalité, voire l'animosité entre le PAM et le PJD et de leurs divergences idéologiques. La variante PAM, RNI et PJD, à 217 sièges, ferait passer le PJD de l'opposition au gouvernement tout en maintenant le RNI dans la majorité. Elle se heurterait aussi aux différences programmatiques et aux positions contradictoires exprimées durant la campagne.

Le troisième repose sur une «majorité centriste élargie» regroupant le PAM, le RNI, le Mouvement populaire (MP, 29 sièges) et l'USFP, soit 218 sièges. Elle élargirait l'assise territoriale et sociale du gouvernement, au risque d'une coalition «moins homogène et plus difficile à coordonner». Une variante réunirait le PAM, l'Istiqlal, le MP et l'Union constitutionnelle (UC, 17 sièges), pour 208 sièges, une majorité suffisante mais à la marge plus étroite. D'autres attelages butent sur les chiffres. Le PAM, le RNI et l'USFP plafonnent à 189 sièges, et ni le Mouvement démocratique et social ni l'Alliance de la gauche, avec 8 sièges chacun, ne suffisent seuls à combler l'écart. Une alliance RNI, Istiqlal et PJD totaliserait 185 sièges, sans remettre en cause la règle qui confie la direction du gouvernement au parti arrivé premier.

Un Parlement multipolaire

Dans l'hémicycle recomposé, le Front des forces démocratiques et le Parti de l'équité obtiennent deux sièges chacun, le Parti des néo-démocrates et le Parti de l'unité et de la démocratie un siège chacun. Des analystes voient dans ces résultats «une réorganisation de la carte partisane plus qu'un bouleversement radical», avec l'émergence d'un «Parlement multipolaire». Le PJD, tombé de 125 à 13 sièges entre 2016 et 2021, en regagne 41 en une législature. Ils attribuent ce retour à la présence politique retrouvée à travers le discours de son secrétaire général et au vote de franges de la classe moyenne, en partie à la sanction contre le RNI. Ce «vote punitif» n'a pas l'ampleur de la débâcle du PJD en 2021, le RNI conservant la deuxième place. Ils relient la percée du PAM aux transferts d'élus et à l'attraction de personnalités rompues à l'action politique, et notent que l'Alliance de la gauche a capté des voix dans la classe moyenne.

Le classement national ne se retrouve pas partout. À Marrakech, le PAM, le PJD et l'Istiqlal se partagent à égalité les neuf sièges des trois circonscriptions, où le RNI était partout représenté en 2021. Dans Rabat-Océan, ce dernier manque le quatrième siège de 110 voix. Dans les zones rurales, les notables ont conservé leurs positions grâce à leurs réseaux. À Smara, où la participation a dépassé 62%, l'Istiqlal recueille 5.995 voix, contre 3.918 pour le PAM et 1.477 pour le RNI.

Reste ce que Rachid Lazrak situe au-delà du décompte des sièges. S'il tient l'alliance PAM, RNI et Istiqlal pour «l'hypothèse la plus vraisemblable», conjuguant majorité confortable, expérience gouvernementale et proximité des orientations économiques, il prévient que la viabilité de la prochaine majorité «ne dépendra pas uniquement du nombre de sièges réunis». Elle tiendra à sa capacité d'élaborer un programme cohérent, de répartir équitablement les responsabilités et de maintenir une discipline parlementaire suffisante pour conduire les réformes économiques et sociales et renforcer les institutions. Une lecture que le politologue subordonne au caractère provisoire des résultats, en attendant l'achèvement des procédures légales et leur validation définitive.
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