Tout en présentant ces engagements comme une perspective d'avenir, l'Istiqlal assume son appartenance à la majorité gouvernementale et revendique une part importante des réformes engagées depuis 2021. Le Conseil national se félicite notamment de la mise en œuvre du Programme Royal d'aide sociale directe, présenté comme un levier de réduction des inégalités sociales. Le parti met également en avant les progrès réalisés dans le chantier de généralisation de la protection sociale, soulignant que le taux de couverture médicale aurait atteint 84%. Le soutien direct au logement, les mesures en faveur du pouvoir d'achat ainsi que les augmentations salariales obtenues dans le cadre du dialogue social figurent également parmi les réalisations mises en avant.
Cette défense du bilan n'empêche toutefois pas l'expression d'une forme d'insatisfaction à l'égard de certaines pratiques économiques. Le parti affirme vouloir poursuivre son combat contre les phénomènes de rente, la corruption économique. Selon le conseil national, le principal défi des prochaines années consistera à transformer la croissance économique en créations d'emplois et en davantage de justice sociale. Le texte insiste sur la nécessité de réduire les disparités territoriales, de lutter contre la précarité dans les zones rurales, montagneuses et enclavées et de garantir une répartition plus équitable des richesses entre les différentes régions du Royaume. Cette tonalité critique n'est pas sans portée politique. Bien qu'il participe à l'Exécutif dirigé par Aziz Akhannouch, l'Istiqlal cherche manifestement à affirmer sa propre identité au sein de la coalition gouvernementale.
Le communiqué consacre également une place importante à la question du Sahara. L'Istiqlal y réaffirme son attachement à l'intégrité territoriale du Royaume et salue les avancées diplomatiques enregistrées ces dernières années sous l'impulsion de S.M. le Roi Mohammed VI. Le parti met en avant la dynamique de développement des provinces du Sud ainsi que le soutien international croissant à la position marocaine. Il cite notamment la résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations unies et les reconnaissances successives de la souveraineté marocaine par plusieurs États.
Estimant que les développements récents ouvrent la voie à un règlement définitif du différend, la formation appelle à renforcer la mobilisation nationale autour du projet d'autonomie sous souveraineté marocaine. Elle rend également hommage aux Forces Armées Royales, à la Gendarmerie Royale, à la Sûreté nationale, aux Forces auxiliaires, à la Protection civile ainsi qu'aux populations des provinces du Sud pour leur contribution à la défense de l'intégrité territoriale.
Sur le plan institutionnel, le conseil national s'est enfin félicité de l'avancement du processus de préparation des prochaines élections législatives, évoquant les consultations menées ces derniers mois, les réformes du cadre juridique électoral et les opérations de révision des listes électorales. L'Istiqlal affirme sa volonté de poursuivre sa contribution à ce chantier afin que le scrutin permette de renforcer la participation politique et la crédibilité des institutions représentatives. À travers ces cinq engagements, le parti fondé en 1944 cherche ainsi à articuler héritage nationaliste, défense du bilan gouvernemental et préparation des échéances à venir. Une manière de rappeler que, tout en étant un pilier de la majorité actuelle, il entend également se présenter devant les électeurs avec une offre politique distincte, centrée sur la justice sociale, la moralisation de la vie économique et la souveraineté nationale.
Entretien avec la membre du comité exécutif du Parti de l’Istiqlal
Le Matin : Lors de son dernier conseil national, l'Istiqlal a présenté cinq engagements majeurs en vue des élections de 2026. Quelle est, selon vous, la principale nouveauté de cette feuille de route par rapport au programme de 2021 ?
Imane Benrabia : Tout a changé parce que le contexte n'est plus le même. En 2021, nous étions en mode «gestion de crise» face à la Covid, à la sécheresse et à l'inflation mondiale. Il fallait protéger les Marocains et consolider le socle social. Aujourd'hui, nous ne nous contentons plus de gérer : nous passons à l'offensive sur la valeur. La grande nouveauté de notre feuille de route pour 2026, c'est que nous ne voulons plus seulement soigner ou aider, mais renforcer la souveraineté du Maroc sur les plans alimentaire, énergétique, hydrique et technologique. C'est tout le sens de la souveraineté stratégique voulue par Sa Majesté le Roi, que Dieu L'assiste. Nous voulons que le citoyen soit l'acteur de cette création de valeur, et pas seulement le bénéficiaire d'aides.
L'Istiqlal place la lutte contre la corruption et les conflits d'intérêts au cœur de son discours. Pourquoi ce thème devient-il aujourd'hui une priorité de campagne alors que le parti participe au gouvernement depuis près de cinq ans ? Nous n'avons pas attendu 2026 pour parler d'éthique publique : c'est dans l'ADN de l'Istiqlal. L'équité — la التعادلية — et la justice sociale pour les Marocains, c'est notre combat de toujours. Et soyons honnêtes : participer au gouvernement ne signifie pas fermer les yeux sur les blocages du marché. Ces cinq années sur le terrain nous ont confirmé une chose : l'État consent des efforts budgétaires historiques pour l'État social, mais une part trop importante de cette valeur se perd en route, captée par des comportements spéculatifs et des intermédiaires. Lutter contre la corruption et les conflits d'intérêts, ce n'est pas un slogan électoral, c'est une urgence économique. Tant que les circuits de distribution ne seront pas assainis, le soutien de l'État n'arrivera pas dans la poche du citoyen. Il y a là un chantier que nous ne pouvons plus repousser.
Nizar Baraka a régulièrement dénoncé les spéculations, les rentes et certaines situations de conflit d'intérêts. Ces critiques visent-elles des dysfonctionnements généraux ou constituent-elles aussi, implicitement, une critique de la manière dont la majorité actuelle a gouverné ? M. Nizar Baraka adopte une posture d'homme d'État. Les dysfonctionnements liés à la spéculation ou aux rentes sont des maux profonds et structurels, qui datent de bien avant ce gouvernement. Mais soyons clairs : la loyauté n'est pas le silence. Nous travaillons avec nos partenaires de manière constructive, et c'est précisément pour cela que nous nous autorisons à nommer ce que d'autres, dans la majorité, préfèrent gérer en silence. Reconnaître qu'il reste des verrous à faire sauter pour libérer l'économie, ce n'est pas se désolidariser : c'est avoir la lucidité et le courage que les Marocains attendent. Tout le monde, dans la majorité, n'a pas mis la même énergie à s'attaquer à ces blocages.
L'Istiqlal assume le bilan social du gouvernement Akhannouch tout en se présentant comme une alternative pour 2026. Comment convaincre les électeurs qu'il s'agit d'un projet de rupture et non d'une simple continuité sous une autre direction ? Dans le cadre de la Vision Royale de l'État social, ce gouvernement, et l'Istiqlal en son sein, a fait progresser la protection sociale, le dialogue social et les grands chantiers d'avenir. Nous l'assumons, et nous y avons porté notre propre sensibilité, celle de l'équité. Mais oui, il y aura une rupture, pas avec ces acquis, avec la méthode. Une simple continuité sous une autre direction ne suffira pas. Nous voulons passer de la mise en place des infrastructures sociales à l'impact direct dans le quotidien et le portefeuille des Marocains. Cela suppose une autre gouvernance : plus d'accélération, une vraie proximité, un renouvellement des élites locales. C'est précisément ce qui a manqué jusqu'ici, et c'est là que l'Istiqlal fera la différence.
Sur le pouvoir d'achat, les Marocains continuent de faire face à une forte pression sur les prix, malgré les mesures adoptées ces dernières années. Considérez-vous que le gouvernement n'est pas allé assez loin ou que certaines décisions auraient dû être prises plus tôt ? Disons-le franchement : oui, certaines décisions auraient pu être prises plus tôt et plus fermement. Malgré les milliards de dirhams mobilisés pour subventionner le gaz, l'électricité, le transport ou pour alléger la fiscalité, la pression sur la classe moyenne et les ménages vulnérables est restée lourde. L'argent public a été engagé, mais il a trop souvent été absorbé par la spéculation, faute d'avoir été encadré à temps. L'État a joué son rôle de bouclier financier ; il doit maintenant jouer celui d'arbitre intransigeant. Il faut agir bien plus fermement contre la spéculation, pour que chaque dirham de soutien se lise enfin sur le ticket de caisse et que le citoyen le ressente dans son panier. Sur ce point, nous n'avons pas l'intention d'attendre cinq années de plus.
Le parti met en avant la souveraineté économique, technologique et énergétique. Dans un contexte de concurrence accrue entre les formations de la majorité, cette thématique est-elle aussi une manière pour l'Istiqlal de se différencier du RNI à l'approche des élections ? La souveraineté, qu’elle soit alimentaire, hydrique, énergétique, industrielle ou technologique... n'est la propriété d'aucun parti : c'est une priorité nationale dictée par la vision de Sa Majesté le Roi. Mais chaque formation l'aborde selon sa sensibilité, et c'est là que les choix divergent. Là où d'autres en font une lecture surtout comptable et managériale de l'investissement, l'Istiqlal y met l'équité sociale et territoriale. Pour nous, la souveraineté économique ne vaut que si elle réduit les fractures régionales en même temps qu'elle bâtit l'autonomie du pays. Notre différence n'est pas de circonstance : faire de la croissance un levier d'intégration sociale pour tous, c'est notre marque, pas un argument de campagne.
Au fond, les cinq engagements présentés par l'Istiqlal dessinent-ils la candidature de Nizar Baraka à la Primature ? Le parti considère-t-il que son rôle n'est plus seulement de participer aux coalitions mais désormais de les diriger ? L'Istiqlal n'est pas un parti de circonstance qui se réveille à l'approche des élections. C'est le parti de la Nation. Notre vocation, c'est de servir le Maroc, au gouvernement comme dans l'opposition. Notre boussole, ce n'est pas le calcul électoral, c'est l'intérêt du pays. Alors disons-le sans détour : oui, un parti de notre envergure n'a pas vocation à rester un simple appoint dans une coalition. Il a vocation à la conduire. Nous nous appuyons sur des structures solides, des militants présents dans chaque commune du Royaume et une vraie démocratie interne. Il est naturel, sain et démocratique que nous ambitionnions de diriger l'Exécutif. C'est le sens même du pluralisme.
Nos cinq engagements ne sont pas des promesses sur papier : c'est un projet de société concret pour répondre aux urgences des Marocains. Et notre secrétaire général, M. Nizar Baraka, incarne pleinement cette stature d'homme d'État, serein et rigoureux, capable de mener ces transformations. La Primature n'est pas une fin en soi : c'est le moyen de mettre en œuvre notre vision, protéger le pouvoir d'achat, bâtir une véritable souveraineté et garantir la justice sociale. Le dernier mot reviendra aux électeurs. Mais l'Istiqlal est prêt : nous avons l'histoire, l'expérience, et les femmes et les hommes pour conduire le Maroc.