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Vendredi 08 Mai 2026
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Nizar Baraka défend l'action du gouvernement et le bilan de l'Istiqlal

Actualité oblige, la question du prix et de la disponibilité du mouton a servi de point d’entrée au débat télévisé de mercredi dernier sur 2M, dont Nizar Baraka était l’invité. Graduellement, d’autres sujets ont été abordés, en particulier le pouvoir d’achat, les prochaines élections, la majorité et bien entendu le secteur gouvernemental dirigé par M. Baraka : l’équipement et l’eau. Dans «Saâte Saraha», diffusé le 6 mai dernier, le secrétaire général de l’Istiqlal s’en est plutôt bien tiré, malgré quelques réponses prudentes qui ont laissé le public sur sa faim.

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Dans son échange avec les journalistes animateurs, Nizar Baraka a construit ses propos sur un double registre. Le premier relève de l’urgence sociale : la cherté de la vie, les prix du bétail, les marges, le poids des intermédiaires et la pression qui pèse sur les ménages à l’approche de l’Aïd Al-Adha. Le second s’inscrit dans un temps plus long : reconstitution du cheptel national, sécurité alimentaire, souveraineté hydrique, désenclavement rural, justice territoriale et capacité des partis à traduire leurs engagements en politiques publiques. Dans cette articulation, le secrétaire général de l’Istiqlal a défendu une même ligne : l’action publique, selon lui, ne peut se limiter au constat des difficultés ; elle doit agir sur les circuits, les soutiens, les infrastructures et les équilibres territoriaux qui conditionnent le quotidien des citoyens.

Aïd Al-Adha : cheptel national, offre et pouvoir d’achat

Le premier temps de l’échange a porté sur l’Aïd Al-Adha, abordé à travers la pression sur le pouvoir d’achat. Nizar Baraka y défend une situation différente de celle de l’année précédente, marquée par les tensions sur l’offre et le recours accru aux importations. Cette évolution tient, selon lui, à la décision Royale ayant permis de relancer la reconstitution du cheptel national. «Cette année, la situation est différente de celle que nous avons connue l’année dernière», affirme-t-il, en avançant que le Maroc dispose désormais d’environ 40 millions de têtes. Ce chiffre traduit, dans son raisonnement, le retour d’une offre nationale plus consistante.

L’enjeu dépasse toutefois la disponibilité du mouton. Pour M. Baraka, le Maroc ne peut rester dépendant des importations venues de Roumanie, d’Espagne ou d’ailleurs. «Il faut qu’il y ait une souveraineté nationale dans ce domaine», soutient-il. Cette souveraineté passe, selon lui, par les éleveurs marocains. Contrairement à l’année précédente, où les importateurs avaient occupé le devant de la scène, l’offre reposerait davantage cette année sur les producteurs nationaux, confortés par les pluies récentes, l’amélioration des pâturages et la baisse du coût de production.

Suivi des marchés et contrôle de l’offre

Face aux interrogations sur les prix réellement constatés dans les souks, Nizar Baraka explique que le rôle du gouvernement ne se limite pas à annoncer des volumes. Il évoque ainsi un travail mené avec le ministère de l’Intérieur pour mieux connaître le cheptel disponible, identifier les éleveurs, suivre le nombre de têtes détenues et savoir quels troupeaux entrent ou non sur les marchés. Cette traçabilité doit, selon lui, permettre un suivi plus précis de l’offre et éviter que la tension sur les prix ne se transforme en spéculation. L’objectif affiché est que l’offre reste supérieure à la demande. La question des prix devient ainsi, dans son propos, un test de capacité publique : connaître les volumes, suivre les circuits, surveiller les déséquilibres et intervenir lorsque cela est nécessaire.

Importateurs, marges et «culture de la cupidité»

La question des importateurs de bétail concentre l’un des passages les plus sensibles de l’échange. Interrogé sur le terme «fraqchiya», employé dans le débat public pour désigner les profiteurs ou les spéculateurs, Nizar Baraka établit une distinction nette : tous les importateurs ne relèvent pas, selon lui, de cette catégorie. Beaucoup d’entre eux ont travaillé dans des conditions normales, avec des marges jugées raisonnables ; d’autres, en revanche, auraient tiré profit de la crise pour pratiquer des prix fortement majorés. Son exemple se veut précis. L’État, rappelle-t-il, avait accordé 500 dirhams de soutien à l’importation. Une bête achetée à 2.000 dirhams revenait donc, dans son raisonnement, à 1.500 dirhams après soutien. La voir ensuite revendue à 4.500 ou 5.000 dirhams relève, à ses yeux, d’un abus difficilement justifiable.



C’est là que M. Baraka situe le problème. Il ne met pas en cause l’importation en tant que telle, mais les marges excessives, les comportements des intermédiaires et ce qu’il qualifie de «culture de la cupidité». En période de forte tension sur le coût de la vie, dit-il en substance, certains acteurs auraient transformé l’effort public en opportunité de profit, au détriment des ménages déjà fragilisés.

Soutiens sociaux, compensation et suivi des marges

S’agissant des efforts visant à préserver le pouvoir d’achat, Nizar Baraka défend une réponse fondée sur les hausses salariales, la compensation des produits de base, le soutien à certaines productions agricoles et le suivi des marges. Il cite les augmentations accordées dans la fonction publique et à certaines catégories professionnelles, puis rappelle que la bonbonne de gaz reste vendue à un prix inférieur à son coût réel, l’État prenant en charge l’écart. Dans la même logique, il souligne que les tarifs de l’eau et de l’électricité n’ont pas été augmentés grâce au soutien apporté à l’ONEE.

Le ministre rappelle aussi les aides accordées à certaines productions, dont les tomates et les oignons, des aides présentées comme un moyen d’amortir les effets de la sécheresse et des tensions internationales. Pour lui, pouvoir d’achat, politique agricole et politique de l’eau relèvent d’un même équilibre : éviter que chaque choc climatique ou extérieur ne se traduise par une hausse immédiate des prix. Sur les carburants, M. Baraka distingue enfin le plafonnement des prix du suivi des marges. Il affirme que le Conseil de la concurrence assure désormais ce suivi, afin de mesurer l’évolution des profits. Sa ligne n’est donc pas celle d’un retour au contrôle généralisé des prix, mais d’une transparence accrue, d’une surveillance des marges et d’une intervention dans les limites du cadre juridique.

L’Istiqlal dans la majorité : une parole propre à défendre

De fil en aiguille, le débat prend une tournure purement politique. Comment un parti membre de la majorité peut-il dénoncer des dérives liées à une politique publique conduite par le gouvernement auquel il participe ? Nizar Baraka répond en revendiquant la spécificité de l’Istiqlal. Selon lui, le parti garde «les deux pieds» dans l’intérêt du pays et du citoyen. Il affirme avoir soulevé la question au sein même de la majorité, lors d’une réunion élargie en présence du Chef du gouvernement, des ministres et des parlementaires. Puis il explique que l’Istiqlal y a présenté sa lecture de la situation et demandé des mesures en rappelant notamment la suppression du soutien de 500 dirhams aux importateurs, la reconstitution du cheptel national et la nécessité de mieux connaître le nombre réel de têtes disponibles. À travers cette réponse, Nizar Baraka signifie que l’Istiqlal est un parti qui refuse d’être cantonné à la discipline de majorité, mais qui assume les décisions de l’Exécutif.

Élections et syndicat

Sur le terrain électoral, Nizar Baraka écarte l’idée de prochaines échéances «sans enjeux». Car ces dernières porteront d’abord, à ses yeux, sur la question nationale, notamment la mise en œuvre de l’autonomie, qui suppose un gouvernement doté d’une légitimité électorale et populaire forte. À cet enjeu s’ajoute d’autres chantiers majeurs comme la réduction des disparités sociales et territoriales. Dans son raisonnement, les élections ne se résument pas à une compétition de sièges : elles doivent donner aux partis un ancrage parlementaire et local capable de transformer les programmes en politiques publiques. «Le développement durable part du territoire», rappelle-t-il, en plaidant pour une complémentarité entre l’action nationale et les collectivités.

Aux critiques visant un parti préoccupé par les positions, M. Baraka oppose l’histoire de l’Istiqlal, issu du mouvement national, et son attachement à l’idée de «citoyens libres dans une patrie libre». Cette ligne se retrouve dans la séquence consacrée à l’Union générale des travailleurs du Maroc, relais syndical proche de l’Istiqlal. La tension est assumée : un syndicat lié à un parti de la majorité peut, selon lui, critiquer le gouvernement dès lors que sa fonction première reste la défense des travailleurs. La proximité politique ne doit donc pas, dans son propos, effacer l’autonomie revendicative.

Femmes, travail domestique et économie du care

Interpellé sur l’autonomisation économique des femmes, les violences qui freinent leur insertion et la charge du travail domestique, Nizar Baraka cite d’abord les actions menées par le ministère de la Solidarité (dirigé par une istiqlalienne, Naïma Ben Yahia). Il évoque, à ce titre, 86.000 femmes bénéficiaires de formations destinées à renforcer leurs compétences et à favoriser leur accès au marché du travail. Il aborde ensuite la contribution invisible des femmes. Selon lui, elles consacrent en moyenne cinq heures par jour au travail domestique, contre environ une heure pour les hommes. Cette charge, encore peu reconnue, pèse pourtant dans l’économie réelle. Il cite, à cet égard, une étude selon laquelle la contribution des femmes au PIB dépasse 22%, mais atteindrait 40% si le travail domestique était intégré. «C’est cela, la réalité», affirme-t-il.

Dans le même mouvement, il ouvre la réflexion à l’économie du care : vieillissement, accompagnement à domicile, travailleurs sociaux, santé mentale et prise en charge des personnes vulnérables. À ses yeux, ce champ peut devenir à la fois un levier de création d’emplois, pour les femmes comme pour les hommes, et une réponse à des besoins sociaux appelés à croître.

PME : fiscalité, commande publique et accès aux grands chantiers

Sur les petites et moyennes entreprises (PME), M. Baraka défend un traitement différencié. Il les présente comme «la base de l’économie nationale» et cite plusieurs leviers d’appui actionnés par le gouvernement : baisse de l’impôt sur les sociétés pour certaines catégories, distinction fiscale avec les grandes entreprises, intégration des PME dans la Charte de l’investissement et soutien pouvant atteindre 30%, selon des critères liés notamment à l’emploi, particulièrement celui des femmes.

La commande publique constitue, selon lui, un autre levier et non des moindres. Au sein de son ministère, explique-t-il, des marchés ont été conçus pour faciliter l’accès des PME à cette commande. La sous-traitance doit également leur permettre d’entrer dans de grands chantiers et d’y acquérir des références, à l’image du stade Moulay Abdellah à Rabat, où environ 100 PME auraient participé aux travaux. Pour M. Baraka, l’appui aux PME dépasse ainsi le seul registre fiscal. Il vise aussi à élargir l’accès aux marchés publics, à créer des opportunités dans les territoires et à éviter que les grands projets restent réservés aux seuls grands opérateurs.

Santé : déficit de médecins et formation régionale

Sur le volet sanitaire, M. Baraka reconnaît l’ampleur du déficit en ressources humaines, qu’il évalue à plus de 30.000 médecins. La réponse gouvernementale passe, selon lui, par l’élargissement de la formation, avec l’objectif de doter chaque région d’une faculté de médecine. Il cite, à ce titre, la Faculté d’Errachidia et avance que le nombre de médecins formés devrait passer de 2.400 à 3.500 par an. Cette régionalisation de la formation répond aussi à un enjeu d’ancrage territorial. Former les jeunes dans leur région peut, selon M. Baraka, favoriser leur maintien dans les zones les plus touchées par le manque de médecins. À cela s’ajoutent des mesures de revalorisation salariale et un mécanisme en préparation pour les spécialistes du secteur public, avec une rémunération liée aux actes réalisés.

Vers une souveraineté hydrique

La séquence consacrée à l’eau replace Nizar Baraka sur le terrain de son portefeuille ministériel. Il y présente une politique hydrique construite autour de quatre leviers : la poursuite des barrages, les transferts des ressources en eau entre bassins, le dessalement et l’économie de la ressource. Le changement climatique, rappelle-t-il, place désormais le pays devant une double contrainte : des sécheresses plus longues, mais aussi des épisodes d’inondations. D’où l’importance, selon le ministre, de capter l’eau lorsqu’elle est disponible, de la stocker et d’éviter que les excédents ne soient perdus. C’est dans cette logique qu’il défend les «autoroutes de l’eau», ces interconnexions appelées à sécuriser l’approvisionnement de plusieurs territoires. Il cite notamment les liaisons permettant de renforcer l’alimentation de Rabat et de Casablanca, avant d’évoquer d’autres projets pour Marrakech, Safi, l’Oriental et Nador.

Le dessalement forme un autre pilier de cette stratégie. M. Baraka mentionne une grande station d’une capacité de 350 millions de mètres cubes, destinée notamment à sécuriser des usages agricoles sur près de 40.000 hectares. Cette logique de suivi vaut aussi pour l’action ministérielle elle-même. M. Baraka annonce le lancement d’un portail du ministère de l’Équipement et de l’eau destiné à renforcer la transparence. La plateforme doit permettre de suivre les programmes engagés, les routes concernées, les taux d’avancement et les projets relevant du département. Au-delà de la réponse à la pénurie, le ministre inscrit cette politique dans une ambition plus large : placer le Maroc sur la voie de la «souveraineté hydrique». selon lui, l’eau devient ainsi un socle de sécurité alimentaire, d’aménagement territorial et de développement économique.

Transparence, investitures et moralisation politique

À la fin de l’émission, les préparatifs des législatives 2026 se sont imposés dans le débat. La question des investitures (choix des candidats du parti), la moralisation politique et l’éventuelle arrivée d’artistes ou d’influenceurs dans le champ partisan ont été abordés. À ce titre, M. Baraka dit que l’Istiqlal entendait privilégier la compétence, la capacité d’action et le lien avec les citoyens. L’ouverture à des personnalités publiques n’est pas écartée, mais elle suppose, selon lui, un engagement réel au sein du parti. Dans le même esprit, il évoque une commission d’éthique chargée d’examiner les profils des candidats. Interrogé sur le risque de voir apparaître des «fraqchiya» dans les investitures, il affirme que le parti travaille sur ce sujet et présente la moralisation de la vie politique comme un chantier prioritaire.
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