Hiba Chaker
08 Juin 2026
À 17:13
Le moment est choisi avec soin. Alors que les partis politiques commencent à préparer leurs offres programmatiques pour les
élections législatives de 2026, l'
Organisation marocaine des droits de l'Homme publie une note plaidoyer dans laquelle elle les invite à faire des
droits humains non pas une déclaration d'intention, mais un engagement contractuel avec les citoyens. Le document s'adresse à l'ensemble des formations politiques autour d'une conviction centrale : les programmes électoraux constituent le moment privilégié pour fixer les orientations des politiques publiques qui suivront, et c'est là que la référence aux droits doit s'inscrire, concrètement, mesurablement, pas en préambule.
Emploi, logement, santé : le socle à ne pas esquiver
La note ouvre sur les droits économiques et sociaux, qu'elle pose comme fondement incontournable. Droit au travail décent, protection sociale effective, accès à une éducation de qualité, à la santé publique et au logement digne : ces piliers doivent se traduire en mesures concrètes, et non rester des formules convenues. L'OMDH rappelle que ces droits découlent d'engagements internationaux que le Maroc a ratifiés, et que leur mise en œuvre effective conditionne la crédibilité de toute politique publique. Sur l'égalité et la non-discrimination, elle attend des engagements mesurables pour combattre toutes les formes d'exclusion et garantir l'équité entre les territoires et les catégories sociales, pas des généralités.
Parité, Moudawana, libertés : les revendications qui engagent
C'est sur la question du genre que la note prend sa dimension la plus politiquement significative. L'organisation attend l'intégration du principe de parité dans les politiques publiques, des mesures opérationnelles contre les violences faites aux femmes, et un soutien effectif à l'autonomisation économique et politique des femmes. Mais deux points donnent au texte son relief particulier. L'OMDH appelle les partis à défendre l'adoption d'un Code de la famille consacrant l'égalité réelle, formulation qui renvoie directement au processus de révision de la Moudawana, l'un des débats les plus clivants de ces dernières années. Elle demande aussi la mise en place effective de l'Autorité pour la parité et la lutte contre toutes les formes de discrimination, instance prévue par la Constitution de 2011 mais dont la création est restée lettre morte depuis quinze ans. Ce silence institutionnel, l'OMDH ne le commente pas, elle se contente de le faire apparaître.
Sur les libertés civiles et politiques, la note est précise et exigeante. Au-delà des principes généraux, liberté d'expression, droit à l'organisation, garanties du procès équitable, l'organisation demande des mesures législatives érigeant en infraction pénale les crimes de disparition forcée, de torture et de traitements inhumains. Elle réclame la protection des défenseurs des droits humains et des mesures concrètes pour achever la mise en œuvre des recommandations de l'Instance équité et réconciliation, dont les conclusions remontent à plus de vingt ans et dont une partie significative reste sans suite. Ces demandes reviennent régulièrement dans les plaidoyers de la société civile. Leur présence ici signale que l'organisation entend en faire un critère d'évaluation des programmes partisans, et non une revendication de principe. Pour les jeunes, l'OMDH formule des attentes précises : politiques inclusives à dimension économique réelle, meilleure articulation entre enseignement supérieur et marché du travail, renforcement de la participation citoyenne, et création du Conseil supérieur de la jeunesse et du travail associatif. Une génération qui attend des réponses concrètes, pas des promesses.
Migrants, handicap, environnement : les oubliés des plateformes
Trois catégories que les programmes électoraux marocains ont tendance à marginaliser font l'objet de demandes spécifiques. Pour les personnes en situation de handicap, l'organisation réclame une stratégie publique inclusive, l'application des normes d'accessibilité dans les établissements publics et privés, la garantie d'accès à l'éducation pour tous les enfants concernés et leur insertion dans le marché du travail.
Sur la question migratoire, le document adopte un ton ferme. Il demande la révision de la loi 02-03 relative à l'entrée et au séjour des étrangers, jugée inadaptée aux obligations internationales du Royaume, l'adoption d'une loi-cadre spécifique aux réfugiés et aux demandeurs d'asile, et le renforcement des dispositifs de protection sociale en leur faveur. Ces revendications circulent dans les milieux associatifs depuis plus d'une décennie sans traduction législative.
La justice climatique est posée, elle aussi, comme un enjeu de droits humains à part entière. L'OMDH demande que les risques liés aux changements climatiques soient intégrés dans les politiques publiques en tant que défi fondamental, et que le développement durable soit décliné dans ses dimensions environnementale, sociale et territoriale. Sur le plan législatif, l'organisation attend des partis qu'ils s'engagent à mettre en conformité les textes nationaux avec les conventions ratifiées et la Constitution, en ciblant notamment les lois sur les libertés publiques, le Code du travail et le Code de la famille.
Dans sa conclusion, l'OMDH résume son attente en une formule : des engagements clairs, constituant un véritable contrat avec les citoyens, assortis d'indicateurs permettant d'en évaluer la mise en œuvre. Non pas un programme préétabli imposé aux partis, mais la garantie que les droits humains cessent d'être une clause de style pour devenir une boussole effective de l'action publique. Les programmes électoraux marocains ont souvent fait une large place aux droits dans leurs préambules, et une place bien plus modeste dans leurs engagements concrets. C'est précisément cet écart que l'organisation entend, cette fois, rendre visible avant le vote.