Hiba Chaker
14 Septembre 2026
À 16:45
Le message est on ne peut plus clair. Pour Nizar Baraka, les élections législatives du 23 septembre ne constituent pas, dans les provinces du Sud, une simple échéance de renouvellement de la représentation parlementaire. Elles interviennent à un moment particulier du dossier du Sahara et doivent, à ce titre, porter un message politique fort. Dimanche soir à Laâyoune, le secrétaire général du Parti de l’Istiqlal a ainsi appelé les habitants de la région à se rendre massivement aux urnes, allant jusqu’à souhaiter que Laâyoune affiche «le taux de participation le plus élevé au niveau national».
L’objectif électoral est évident. Mais le dirigeant istiqlalien lui donne une portée beaucoup plus large. Une participation élevée permettrait, selon lui, de conforter la légitimité et la représentativité des élus issus des provinces du Sud et, surtout, de «renforcer la capacité de négociation» du Maroc sur la question du Sahara. Autrement dit, dans la lecture développée par Nizar Baraka, le bulletin glissé dans l’urne le 23 septembre aura aussi une résonance à l’extérieur des frontières. La participation devient un élément de consolidation du front intérieur et un argument supplémentaire permettant au Royaume de mettre en avant la représentativité démocratique des institutions élues dans ses provinces du Sud.
L’autonomie, chantier de la prochaine étape
C’est surtout lorsqu’il aborde l’avenir du projet marocain d’autonomie que le discours du secrétaire général de l’Istiqlal prend toute sa dimension politique. «Le prochain gouvernement sera celui qui mettra en œuvre le chantier de l’autonomie dans le cadre de l’unité territoriale et nationale du Royaume», a affirmé Nizar Baraka devant les militants de son parti. Une déclaration qui fixe, du moins du point de vue de l’Istiqlal, l’un des grands enjeux de la prochaine législature. Le parti considère que les évolutions enregistrées ces dernières années sur le dossier du Sahara imposent désormais d’anticiper une nouvelle phase, dans laquelle la dynamique diplomatique doit être accompagnée d’une accélération des transformations institutionnelles, économiques et sociales dans les provinces du Sud.
Le secrétaire général de l’Istiqlal ne dissocie d’ailleurs jamais les deux dimensions. À ses yeux, conforter la position du Maroc passe, certes, par la diplomatie et la consolidation de la représentativité politique locale, mais aussi par la capacité à faire du développement des provinces du Sud une réalité tangible. Le discours prononcé à Laâyoune repose ainsi sur une même équation : représentation démocratique, autonomie et développement territorial doivent avancer de concert. Cette logique rejoint la position que l’Istiqlal défend depuis longtemps sur le dossier national. Mais elle prend une dimension nouvelle dans le contexte actuel, puisque le parti ambitionne clairement de faire de la prochaine législature une étape charnière.
Nizar Baraka assure dans ce sens que l’Istiqlal est «mobilisé pour la mise en œuvre de l’autonomie sous souveraineté marocaine», parallèlement au lancement d’une nouvelle génération de programmes intégrés de développement territorial. Ce basculement constitue le cœur du message délivré à Laâyoune : après une première phase marquée par les infrastructures et le désenclavement, les provinces du Sud devraient, selon le parti, entrer dans une phase de création de richesse et d’intégration économique plus poussée.
Du développement des infrastructures à la création de richesse
Pour étayer cette ambition, Nizar Baraka s’appuie d’abord sur le bilan de la législature qui s’achève. Le secrétaire général du parti cite notamment l’axe routier Tiznit-Dakhla, présenté comme l’un des projets ayant contribué à renforcer l’intégration territoriale et économique des provinces du Sud et leur connexion avec le reste du Royaume et son prolongement africain. Il met également en avant les investissements réalisés dans le secteur de l’eau et les différentes infrastructures appelées à accompagner l’essor économique de Laâyoune, Dakhla et des autres provinces méridionales.
Mais pour l’Istiqlal, la prochaine étape doit aller au-delà. Il ne s’agit plus uniquement de construire des routes, des ports ou des équipements. Il faut désormais faire de ces infrastructures des moteurs de création de richesse et d’emplois. Plusieurs filières sont identifiées : phosphates et engrais, hydrogène vert, énergies solaire et éolienne, dessalement de l’eau, agriculture et activités industrielles et logistiques. Nizar Baraka évoque à ce titre les perspectives ouvertes par le développement des activités liées aux phosphates à Laâyoune, qui devraient, selon lui, permettre de créer «des milliers d’emplois» au profit de la population locale.
Même ambition pour les énergies renouvelables. L’Istiqlal veut tirer parti du potentiel solaire et éolien considérable des provinces du Sud et du développement annoncé de l’hydrogène vert pour en faire un pilier de la souveraineté énergétique du Royaume. Le développement économique du Sahara est également pensé dans une dimension africaine. Le port Dakhla Atlantique, les nouvelles zones industrielles, les liaisons vers Guergarate et la Mauritanie ainsi que les grands projets énergétiques doivent, dans la vision exposée par Baraka, permettre aux provinces du Sud de devenir une plateforme entre le Maroc et sa profondeur africaine. La transformation annoncée est donc aussi géoéconomique : faire du Sud non plus seulement un territoire relié au reste du Royaume par les infrastructures, mais un point de départ pour les échanges avec l’Afrique atlantique.
Faire profiter l’économie locale des grands projets
Encore faut-il que cette dynamique profite directement aux habitants. C’est probablement l’un des principaux défis auxquels l’Istiqlal tente de répondre dans son programme régional. Car la multiplication des investissements n’entraîne pas mécaniquement la création d’un tissu économique local solide. Le parti promet donc de favoriser une plus grande participation des PME et des entreprises installées dans la région aux marchés créés par les grands groupes et les grands projets.
Nizar Baraka insiste notamment sur l’accès des entreprises locales à la sous-traitance, aux services et aux chaînes d’approvisionnement. Il évoque également le principe de la «préférence régionale» dans l’attribution de certains marchés publics. L’objectif affiché est de faire en sorte que les investissements réalisés dans les provinces du Sud génèrent davantage d’emplois locaux, mais également qu’ils permettent l’émergence d’un tissu d’entreprises capables de se développer autour des grands projets. Les coopératives et l’économie sociale et solidaire sont également appelées à jouer leur rôle, notamment dans les activités pouvant générer de l’emploi pour les jeunes et les femmes. Cette transformation suppose également de disposer des compétences nécessaires. D’où la proposition de créer une université intégrée dans la région de Laâyoune-Sakia El Hamra ainsi qu’une École nationale de commerce et de gestion à Laâyoune.
La même logique prévaut sur le front de l’eau. Les projets de dessalement ne doivent plus seulement répondre aux besoins en eau potable. L’Istiqlal veut également les mettre au service de l’irrigation et du développement de nouvelles activités agricoles, avec, en toile de fond, l’objectif de renforcer la sécurité alimentaire. À l’évidence, l’ambition dépasse largement le seul programme électoral régional. Ce que l’Istiqlal cherche à dessiner à Laâyoune est une nouvelle place pour les provinces du Sud dans l’économie nationale : celle de territoires capables de produire de l’énergie, de la valeur ajoutée, des emplois et de constituer une porte d’entrée du Royaume vers l’Afrique.
Reste l’épreuve des faits. La transformation annoncée ne pourra être appréciée à la seule aune des investissements mobilisés ou des infrastructures réalisées. Elle le sera surtout à leur capacité à créer des emplois durables, à faire émerger des entreprises locales et à améliorer concrètement les conditions de vie. C’est précisément sur ce terrain que Nizar Baraka entend placer la prochaine étape. À Laâyoune, il a ainsi fait converger les trois dimensions du discours istiqlalien sur le Sahara : une participation électorale appelée à renforcer la représentativité, l’autonomie comme perspective politique et le développement comme condition de sa pleine traduction sur le terrain.