Les échéances de 2026 et 2027 n’est pas uniquement un enjeu électoral. Elles posent la question du mandat, de la qualité de la représentation et du lien politique à reconstruire entre l’élu et le citoyen. C’est sur ce terrain que l’Espace des cadres du PPS de Casablanca-Settat a choisi de lancer le débat et de déployer sa vision. Des interventions croisées de responsables du parti, d’élus et d’universitaires a émergé une même exigence : former des profils crédibles, retisser le lien avec les citoyens, assainir la pratique publique sont les conditions sine qua non pour rendre à l’élu sa fonction première, celle de porter une confiance, de défendre des causes et d’habiter pleinement les institutions.
Réhabiliter la figure de l’élu
Karim Taj, membre du bureau politique du PPS, prolonge cette ligne en revenant à une distinction centrale : celle qui sépare, sans les opposer, l’élu local et l’élu national. Le premier agit au plus près du quotidien, dans le cadre des collectivités territoriales – communes, provinces, préfectures et régions. Son champ est celui des services de proximité, de l’aménagement, des équipements, du transport, de l’eau, de l’électricité, de la santé ou encore de l’enseignement. Le second exerce une mission nationale : légiférer, amender, proposer des textes et contrôler l’action du gouvernement.
Mais pour Karim Taj, cette mission nationale n’efface jamais l’ancrage territorial. Un parlementaire reste lié au territoire qui l’a porté. De cette articulation naît une exigence de profil : sérieux, compétence, probité, proximité avec les citoyens et capacité de plaidoyer. C’est cette vision que le PPS ambitionne d’incarner à travers ses investitures. Il s’agit de présenter des femmes et des hommes capables de porter des alternatives crédibles, de maîtriser les dossiers et d’établir avec les citoyens un rapport de confiance. Autrement dit, qualifier l’offre humaine autant que l’offre programmatique.
Former avant de concourir
La formation apparaît dès lors comme une nécessité primordiale. Les échanges ont d’ailleurs insisté sur la qualification des élus, des candidates et des candidats, en lien avec le travail mené par l’Académie du PPS et les dispositifs portés par les structures locales du parti. L’enjeu dépasse la préparation technique d’un scrutin. Il renvoie à une conviction plus large : un parti ne se prépare pas aux élections par la seule organisation, mais par la formation politique, idéologique et institutionnelle de ses cadres, en particulier des jeunes.
Cette exigence rejoint l’analyse de Karima Ragouba, professeure à la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales de Aïn Sebaâ. Dans sa lecture juridique et constitutionnelle, la démocratie ne tient ni à la seule existence des institutions ni à la régularité des élections. Elle dépend de leur efficacité, de la compétence des élus et du lien entre responsabilité et reddition des comptes. Le débat se déplace ainsi vers l’essentiel : non seulement qui sera élu, mais comment le mandat sera exercé.
Le mandat comme travail de fond
Dans cette même logique, Touria Skalli, membre du bureau politique du PPS et ancienne députée parlementaire, ramène le débat à ce qui fait, selon elle, la substance du mandat. «Le rôle de l’élu ne se limite pas à la séance plénière», rappelle-t-elle, soulignant que le travail parlementaire se construit aussi loin des caméras : dans les commissions, l’examen des textes, les amendements, les propositions de loi, le contrôle du gouvernement, l’évaluation des politiques publiques et la diplomatie parlementaire.
En revenant sur l’histoire du Parlement marocain, sur la progression de la représentation féminine et sur la faible part des propositions de loi portées par les parlementaires – une part qu’elle situe autour de 10% de la production législative –, Mme Skalli remet en perspective une dimension souvent méconnue du mandat : celle d’un travail législatif et institutionnel de fond. Elle rappelle à cet égard que les élues ne sont pas cantonnées aux seules questions féminines : elles représentent la nation dans l’ensemble des dossiers soumis au Parlement. Cette responsabilité s’exerce dans les commissions comme dans l’initiative législative, qu’il s’agisse de l’accompagnement des jeunes en recherche d’emploi, de la santé maternelle et infantile ou de l’interruption médicale de grossesse dans certains cas précis.
Le Parlement n’est donc pas seulement un lieu de parole. C’est aussi un espace d’intervention sur les politiques sociales, la santé mentale, la vie chère, les droits, les libertés et les causes nationales, dont le Sahara marocain à travers la diplomatie parlementaire. Touria Skalli regrette toutefois que certains rapports parlementaires, malgré leurs constats et recommandations, ne trouvent pas toujours de traduction concrète, citant notamment le cas de la santé mentale.
Proximité et limites du pouvoir local
Mostapha Mandour, membre actif du conseil communal de Casablanca et du conseil de l’arrondissement Hay Hassani au titre du PPS, part du terrain pour interroger les marges réelles de l’élu de proximité. La tension est nette : les conseillers locaux sont directement exposés aux attentes des citoyens, mais leurs moyens d’action se resserrent. M. Mandour évoque les limites imposées à l’opposition, les contraintes budgétaires des arrondissements, le transfert de plusieurs compétences vers les sociétés de développement local et, plus largement, le recul du rôle des conseils élus.
Dans ce cadre, «l’arme du conseiller» se réduit souvent à la question, à la correspondance et au plaidoyer. Le constat déplace le débat : la crise de confiance ne tient pas seulement aux élus eux-mêmes, mais aussi au cadre institutionnel dans lequel ils exercent. Cette lecture rejoint les recommandations de la rencontre, qui appellent à revoir le cadre juridique, à renforcer les mécanismes de contrôle et à élargir les marges d’action de l’opposition.
Moraliser l’action politique pour restaurer la confiance
Sans intégrité, sans responsabilité assumée et sans transparence, la représentation perd sa force et le mandat se vide de sa légitimité. La moralisation apparaît ainsi comme le socle du lien politique et l’une des conditions du retour de confiance. Les participants ont insisté sur l’application effective du principe liant responsabilité et reddition des comptes, sur l’intégrité comme critère de sélection des candidats, sur la lutte contre les conflits d’intérêts et sur la nécessité de remettre sur la table le projet de loi relatif à la prévention de l’enrichissement illicite, présenté comme un levier de transparence et de lutte contre la corruption.
Karima Ragouba, professeure à la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales de Aïn Sebaâ, inscrit cette exigence dans une lecture plus large du fonctionnement démocratique. Pour elle, l’efficacité des institutions, la transparence et la lutte contre les formes de rente sont indissociables d’une démocratie réelle. Mais cette démocratie ne repose pas sur l’élu seul : elle suppose aussi un citoyen actif, capable de voter, de suivre l’action publique, de s’engager dans la vie associative et de recourir aux mécanismes de démocratie participative.
Karim Taj, membre du bureau politique du PPS, ramène cette exigence à la relation directe avec les citoyens. Un élu ne peut convaincre durablement que s’il est reconnu pour sa crédibilité, son intégrité, son sérieux et sa présence sur le terrain. Dans cette lecture, la moralisation ne relève pas d’un registre abstrait : elle devient une condition de la crédibilité électorale autant qu’un ressort du renforcement démocratique.
Refaire de la proximité un projet politique
La rencontre ne s’en tient pas donc au seul diagnostic institutionnel. Elle interroge aussi la qualité du lien avec les citoyens, dans un moment où la défiance oblige les partis à revoir leur manière de parler, d’écouter et d’agir. Dans les conclusions, cette exigence revient clairement : reconstruire un discours politique convaincant, renforcer la communication directe avec les citoyennes et les citoyens, réactiver les mécanismes de proximité et assumer une parole claire, réaliste, adossée au bilan du parti, à son histoire militante et à son programme.
Mostapha Mandour rappelle que le lien avec les citoyens ne saurait se limiter aux rendez-vous électoraux : le mandat suppose une présence continue, l’écoute des doléances et le suivi des réalités du territoire. Karim Taj, lui, insiste sur le contrat de confiance entre l’élu et les citoyens, fondé sur la crédibilité, la compétence et la capacité à proposer des réponses concrètes. Touria Skalli et Karima Ragouba élargissent encore cette lecture : la participation citoyenne ne s’arrête pas au vote. Elle suppose le suivi de l’action publique, l’engagement associatif et le recours aux mécanismes de démocratie participative. Ainsi se précise l’approche portée par le PPS : «Faire de la proximité non un réflexe de campagne, mais une méthode politique durable, capable de redonner sens au mandat et consistance au lien représentatif».
Une ligne politique plus qu’un prélude électoral
Au terme de la rencontre, les fils se nouent avec cohérence. Former les cadres, choisir des profils crédibles, redonner du poids au mandat, revoir certains cadres institutionnels, moraliser la pratique publique, renouer avec les citoyens : ces chantiers ne forment pas un simple inventaire. Ils dessinent une orientation plus profonde. Le PPS semble vouloir aborder les échéances de 2026 par ce qui donne à l’acte électoral sa portée véritable : la qualité des femmes et des hommes appelés à représenter, la solidité de leur ancrage, la clarté de leurs engagements et la capacité des institutions à répondre aux attentes sociales.