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Enseignement de l'arabe en Espagne : Nasser Bourita acte la refonte

Mis en cause par les décisions de plusieurs communautés autonomes espagnoles de suspendre le Programme d'enseignement de la langue arabe et de la culture marocaine (PLACM), le dispositif dédié aux enfants de la diaspora s'apprête à faire l'objet d'une réorganisation en profondeur. Dans une réponse écrite adressée à la députée Aziza Boujrida, le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, réfute l'idée d'un blocage politique de Madrid, tout en reconnaissant les limites du modèle actuel. Gouvernance, suivi pédagogique, sélection des enseignants… le chef de la diplomatie marocaine annonce une refonte destinée à adapter ce cadre de coopération, vieux de près de quarante ans, aux nouvelles réalités de la communauté marocaine établie en Espagne.

03 Août 2026 À 15:08

Pendant près de quatre décennies, il a constitué l'un des piliers majeurs de la politique culturelle du Royaume auprès de sa communauté en Espagne. Aujourd'hui, le Programme d'enseignement de la langue arabe et de la culture marocaine (PLACM) aborde un virage décisif. Interpellé par la députée du Mouvement populaire (MP) Aziza Boujrida sur la décision prise par la Communauté de Madrid et Murcie de suspendre le dispositif, le ministre des Affaires étrangères, de la coopération africaine et des Marocains résidant à l'étranger, Nasser Bourita, s'est voulu rassurant tout en posant un diagnostic lucide. Depuis plusieurs mois, l'arrêt du programme dans ces régions avait suscité de vives inquiétudes au sein des 920.000 ressortissants marocains établis de l'autre côté du Détroit. L'initiative, vite récupérée par les débats politiques locaux sur l'immigration, laissait craindre une fragilisation de la coopération éducative entre Rabat et Madrid. Une lecture que le chef de la diplomatie marocaine réfute fermement. Dans sa réponse écrite, Nasser Bourita rappelle que ces décisions régionales «ne traduisent en rien une position officielle du gouvernement central espagnol». En Espagne, la gestion de l'éducation relève en effet de compétences très largement décentralisées.

Des défaillances de suivi admises et une urgence de modernisation

Si le ministère espagnol de l'Éducation réaffirme son attachement à la poursuite du partenariat, comme en témoignent les travaux de la commission mixte tenue le 18 juillet 2025 à Madrid, la crise a mis en lumière des faiblesses structurelles. À cet égard, le ministre n'hésite pas à reconnaître que le mode opératoire actuel a montré ses limites. Le bilan a révélé «l'absence de garanties suffisantes pour assurer la mise en œuvre du programme dans les conditions requises», soulignant notamment des insuffisances dans les mécanismes de suivi et de contrôle, des interrogations sur les critères de sélection des enseignants ainsi que des dysfonctionnements sur la qualité des prestations pédagogiques.

Digitalisation, nouvelle gouvernance... la feuille de route de Rabat

Au-delà du constat, la réponse ministérielle esquisse les contours d'une nouvelle stratégie. Pour Nasser Bourita, la suspension du programme dans certaines communautés autonomes ne constitue pas uniquement un épisode conjoncturel ; elle révèle surtout la nécessité de repenser un dispositif conçu il y a près de quarante ans, à une époque où la diaspora marocaine présentait un profil bien différent. Aujourd'hui, la majorité des bénéficiaires potentiels sont nés en Espagne, y ont effectué l'ensemble de leur scolarité et évoluent dans un environnement linguistique et culturel profondément différent de celui des premières vagues d'immigration. «Il est devenu nécessaire de développer de nouvelles conceptions adaptées aux mutations qu'a connues la communauté marocaine résidant à l'étranger», souligne le ministre dans sa réponse.

La première réponse apportée par le Royaume passe par le numérique. Le ministère met en avant le lancement d'une nouvelle version de la plateforme E-Madrassa, développée par la Fondation Hassan II pour les Marocains résidant à l'étranger afin d'accompagner l'enseignement de la langue arabe et de la culture marocaine. Selon Nasser Bourita, cette plateforme a été entièrement repensée pour répondre aux attentes des jeunes générations, avec des contenus interactifs, une interface modernisée et, fait notable, une navigation disponible en espagnol afin de faciliter son appropriation par les enfants de la diaspora. L'objectif est d'assurer une continuité pédagogique, y compris dans les territoires où le programme n'est plus dispensé dans les établissements scolaires.

Le recours au numérique répond également à une réalité de terrain. Malgré l'importance de la communauté marocaine en Espagne, le PLACM ne touche aujourd'hui qu'une partie limitée de son public potentiel. Les contraintes d'organisation, les différences de politiques éducatives entre communautés autonomes et les difficultés de déploiement des enseignants limitent depuis plusieurs années la portée du dispositif. À travers E-Madrassa, Rabat entend donc compléter le modèle traditionnel fondé sur les cours en présentiel par un outil accessible à distance, capable d'atteindre un nombre plus important d'élèves sans dépendre exclusivement des autorisations accordées au niveau régional.

Mais le chantier engagé va bien au-delà de la seule digitalisation. Le courrier du ministre s'inscrit dans la réforme plus large de la gouvernance des politiques publiques destinées aux Marocains résidant à l'étranger. Nasser Bourita rappelle que la création de la Fondation Mohammedia des Marocains résidant à l'étranger, annoncée conformément aux Hautes Orientations Royales, est appelée à redéfinir le pilotage de plusieurs programmes stratégiques, dont celui de l'enseignement de la langue arabe. La future institution aura notamment pour mission d'«élaborer de nouvelles approches garantissant la pérennité de ce programme et son adaptation aux évolutions de la communauté marocaine à l'étranger», indique le ministre.

Cette évolution traduit un changement de paradigme. Pendant des décennies, la politique marocaine à destination de sa diaspora s'est principalement appuyée sur des dispositifs institutionnels hérités des années 1980 et 1990, centrés sur le détachement d'enseignants et la coopération bilatérale avec les États d'accueil. Désormais, Rabat semble privilégier une approche plus souple, articulée autour d'outils numériques, d'une gouvernance renouvelée et de mécanismes davantage adaptés aux réalités des nouvelles générations de Marocains établis à l'étranger.

Le ministre insiste néanmoins sur un point : cette réforme ne remet pas en cause la philosophie du programme. «Le renforcement des liens des enfants des Marocains résidant à l'étranger avec leur identité nationale, leur langue et leur patrimoine culturel demeure un choix stratégique de l'État», écrit-il, ajoutant que les changements engagés visent précisément à consolider cet objectif plutôt qu'à l'abandonner.
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