Il est des dates dont la portée se mesure moins au temps qui passe qu’à la profondeur des événements qu’elles consacrent. Le 31 octobre appartient désormais à cette catégorie. En 2025, cette journée a marqué un tournant dans l’histoire contemporaine du
Maroc, avec l’adoption par le
Conseil de sécurité des Nations unies de la
résolution 2797, qui place l’Initiative marocaine d’autonomie au cœur du cadre de référence des négociations visant à parvenir à un règlement politique définitif de la question du
Sahara. Quelques jours plus tard, le 4 novembre, un communiqué du
Cabinet Royal annonçait une décision appelée à inscrire durablement cette date dans la mémoire nationale : le 31 octobre serait désormais célébré chaque année comme
«Aïd Al Wahda», la
Fête de l’Unité.
Un an plus tard, cette décision prend une dimension particulière. Pour la première fois depuis son institution, la
Fête de l’Unité est célébrée par les
Marocains, donnant une traduction mémorielle et symbolique à un événement dont la portée dépasse le seul cadre diplomatique. La journée ne vient pas simplement s’ajouter aux commémorations nationales. Elle consacre le passage d’un moment historique à une mémoire partagée, d’un acquis politique à un repère appelé à traverser les générations. Elle inscrit dans le calendrier du Royaume une date qui renvoie à la fois à la permanence de ses
constantes nationales, à la défense de son
intégrité territoriale et à une nouvelle étape dans la recherche d’un règlement de la question du
Sahara.
Plus qu’une résolution de l’ONU, un repère historique
L’institution de cette nouvelle
fête nationale ne saurait, dès lors, être réduite à une commémoration supplémentaire. Elle traduit la volonté de donner au 31 octobre la place d’un repère majeur dans le récit national, au même titre que les grandes dates qui ont jalonné la construction de l’État marocain moderne. En choisissant de baptiser cette journée
«Fête de l’Unité»,
Sa Majesté le Roi Mohammed VI lui confère une signification qui excède les circonstances immédiates de l’adoption d’une résolution des Nations unies. Il s’agit de célébrer l’unité dans toutes ses dimensions : celle du territoire, celle du peuple, celle du destin national et celle des institutions autour des constantes fondamentales du Royaume. Le communiqué du Cabinet Royal en fixe solennellement la portée : «Eu égard au tournant historique qu’a connu le processus de la
Cause nationale et ayant à l’esprit les développements décisifs apportés par la
résolution 2797/2025 du Conseil de sécurité, qui a fait l’objet du récent Discours adressé par
Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste et Le glorifie, à Son peuple fidèle, il a été décidé de décréter la journée du 31 octobre de chaque année une fête nationale et une occasion lors de laquelle Sa Majesté le Roi accorde Sa grâce.
Sa Majesté le Roi, que Dieu le préserve, a bien voulu donner à cette fête nationale le nom de «Aïd Al Wahda» (Fête de l’Unité), avec tout ce qu’elle implique en termes de significations et de références à
l’unité nationale et à
l’intégrité territoriale inébranlable du Royaume. Cette fête constituera une occasion nationale fédératrice pour l’expression de l’attachement aux sacralités nationales du Royaume et à ses droits légitimes.» La décision établit ainsi un lien explicite entre l’évolution du dossier du Sahara et la signification nationale de cette journée. Elle ne se contente pas de consacrer un événement diplomatique ; elle en inscrit la portée dans une histoire collective, où l’intégrité territoriale demeure indissociable de l’unité nationale.
De la Marche Verte à la Fête de l’Unité
Plus de cinquante ans après la
Marche Verte, cette grande épopée historique, qui a constitué un acte fondateur dans la récupération des
provinces du Sud, le
Maroc considère être entré dans une nouvelle phase de la défense et de la consolidation de son intégrité territoriale. Dans son discours du 31 octobre 2025, prononcé à la suite de l’adoption de la résolution 2797, le Souverain a qualifié ce moment d’«étape charnière» et de «tournant décisif dans
l’histoire du Maroc moderne», affirmant qu’il y aurait désormais «un avant et un après 31 octobre 2025». Rarement une date aura ainsi été investie, dès son avènement, d’une telle charge historique. Là où le 6 novembre commémore l’élan populaire qui a porté la Marche Verte, le 31 octobre renvoie à une étape décisive de la bataille diplomatique, politique et juridique menée par le Royaume depuis un demi-siècle. Les deux dates ne se confondent pas ; elles se répondent. L’une rappelle la mobilisation nationale qui a marqué l’histoire de la récupération des provinces du Sud, l’autre souligne les avancées obtenues sur la scène internationale dans la recherche d’un règlement politique fondé sur
l’Initiative marocaine d’autonomie.
C’est précisément dans cette continuité que réside la portée de la
Fête de l’Unité. Les avancées diplomatiques récentes ne surgissent pas en rupture avec le passé : elles s’inscrivent dans un travail de longue haleine, nourri par la constance de la position marocaine, la mobilisation de ses institutions et l’action de sa diplomatie. La
résolution 2797 constitue, dans cette perspective, un jalon important dans l’évolution du processus politique. En consacrant l’Initiative marocaine d’autonomie comme cadre de référence des négociations, elle renforce la centralité de la proposition du Royaume dans la recherche d’une solution durable. La Fête de l’Unité donne ainsi une traduction symbolique à cette évolution. Elle marque le moment où les acquis d’une longue entreprise nationale rejoignent la mémoire collective.
Le choix même de l’intitulé est révélateur. Le terme «Unité» renvoie, en premier lieu, à l’intégrité territoriale, principe intangible de
l’État marocain. Mais il évoque également l’unité nationale, façonnée au fil de l’histoire autour d’un projet commun, au-delà des générations, des sensibilités politiques et des appartenances régionales. Il exprime enfin une unité institutionnelle, celle qui rassemble la
Monarchie, le
peuple, les
Forces Armées Royales, les
institutions constitutionnelles, les
partis politiques et la
société civile autour d’une
cause nationale.
Le qualificatif d’«occasion nationale fédératrice», employé par le Cabinet Royal, prend dès lors tout son sens. Il ne relève pas d’une simple formule protocolaire : il traduit l’ambition de faire de cette journée un rendez-vous de rassemblement, où l’attachement aux constantes du Royaume s’exprime dans le partage d’une même mémoire et d’un même horizon. La Fête de l’Unité ne célèbre donc pas seulement une avancée diplomatique ; elle réaffirme les fondements d’un pacte national dont la défense de l’intégrité territoriale constitue l’un des piliers.
Une mémoire tournée vers les générations futures
La première célébration de la
Fête de l’Unité, en 2026, revêt également une dimension mémorielle essentielle. Elle rend hommage à toutes celles et tous ceux qui, depuis cinquante ans, ont contribué à la défense de
l’intégrité territoriale du Royaume. Dans Son discours du 31 octobre 2025,
Sa Majesté le Roi a salué l’engagement des
Forces Armées Royales, des
forces de sécurité, des
diplomates, des
parlementaires et des
institutions nationales, ainsi que celui des habitants des
provinces du Sud, dont l’attachement aux symboles de la Nation a toujours été le premier rempart contre les projets séparatistes.
En érigeant cette journée en fête nationale, le Royaume inscrit ces engagements dans sa mémoire officielle et entend en transmettre le sens aux générations futures. La commémoration rappelle que les avancées d’aujourd’hui sont le fruit de décennies de persévérance, de sacrifices et de mobilisation collective. Elle invite également à considérer l’histoire nationale non comme une succession d’événements isolés, mais comme un processus continu dans lequel chaque génération reçoit un héritage, le défend et le perpétue. Cette transmission est d’autant plus importante que la question du Sahara ne se limite ni à un dossier diplomatique ni à une question de frontières. Elle occupe une place centrale dans la représentation que le Maroc se fait de son unité, de sa souveraineté et de sa place dans son environnement régional. La
Fête de l’Unité est ainsi appelée à rappeler aux jeunes générations la profondeur historique de cette cause, tout en leur permettant de comprendre les ressorts diplomatiques et politiques des évolutions récentes.
Pour autant, la célébration de cette journée et la liesse populaire qui a accompagné son institution ne devraient pas être interprétées comme une manifestation de triomphalisme. Le Discours Royal du 31 octobre 2025 a précisément pris soin de souligner que le Royaume «ne brandit pas ces changements comme un trophée» et demeure attaché à une solution «qui sauve la face de toutes les parties, sans vainqueur ni vaincu». Cette orientation confère à la Fête de l’Unité une signification qui dépasse le seul registre de la consécration nationale. L’unité qu’elle célèbre n’est pas conçue comme l’affirmation d’une domination, mais comme l’horizon d’une solution politique susceptible d’ouvrir la voie à la réconciliation, à la coopération et à un avenir partagé. L’appel adressé aux populations des camps de Tindouf à rejoindre la dynamique de l’autonomie et à contribuer à la gestion de leurs affaires, de même que l’invitation au dialogue adressée à l’Algérie, s’inscrivent dans cette volonté de transformer les avancées diplomatiques en perspectives de paix durable. La fermeté sur les principes et l’ouverture à une solution politique apparaissent ainsi comme les deux dimensions complémentaires de la position marocaine.
Une nouvelle étape dans le récit national
Le 31 octobre rejoint ainsi les grandes dates qui structurent la mémoire du Royaume. Le 18 novembre rappelle le recouvrement de l’indépendance ; le 6 novembre perpétue le souvenir de la Marche Verte ; le 31 octobre vient désormais souligner une étape décisive dans la trajectoire diplomatique de la question du Sahara. Chacune de ces dates possède sa singularité, mais toutes participent d’un même récit : celui d’un Maroc qui a défendu son indépendance, affirmé son unité et poursuivi, au fil des décennies, la consolidation de sa souveraineté.
En ce samedi 31 octobre 2026, la Fête de l’Unité n’est donc pas une commémoration comme les autres. Pour la première fois, le Royaume célèbre officiellement cette journée dont la portée historique s’est affirmée au croisement d’un long combat national et d’avancées diplomatiques majeures. Elle consacre la mémoire d’un tournant sans prétendre clore une histoire encore en mouvement. Car la véritable portée du 31 octobre réside autant dans ce qu’il symbolise que dans ce qu’il engage : la fidélité à une histoire commune, la consolidation des acquis nationaux et la confiance dans la capacité du Maroc à poursuivre, avec constance et lucidité, la construction de son avenir.