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Formation professionnelle privée : contrôle renforcé et généralisation de l’accréditation

Le secteur de la formation professionnelle privée au Maroc poursuit sa montée en puissance, mais sous étroite surveillance. Dans une réponse écrite adressée à la députée Fadwa Mohsen El Hayani, le ministre de l’Inclusion économique, de la petite entreprise, de l’emploi et des compétences, Younes Sekkouri, a détaillé les mécanismes de contrôle, d’accréditation et de reconnaissance des diplômes encadrant ce domaine stratégique. Entre régulation renforcée et expansion soutenue, le gouvernement affiche sa volonté de consolider la crédibilité et la qualité d’un secteur devenu un levier central de qualification des ressources humaines.

23 Février 2026 À 10:30

Près de 100 procès-verbaux dans le secteur de la formation professionnelle privée ont été transmis aux juridictions compétentes depuis 2013 pour des infractions relevées, dans un souci de transparence et de protection des droits des stagiaires. Cette précision figure dans la réponse écrite du ministre de l’Inclusion économique, de la petite entreprise, de l’emploi et des compétences, Younes Sekkouri, adressée à la députée Fadwa Mohsen El Hayani. À travers cette réponse parlementaire, le ministre met en avant la volonté de l’État de consolider l’encadrement du secteur de la formation professionnelle privée, considéré, en vertu de la loi 13.00, comme un service public participant au développement du capital humain national.

Un dispositif de contrôle structuré et actif

Dans cette logique de régulation, le ministre a indiqué que son département s’appuyait sur un double mécanisme de contrôle. D’une part, un suivi administratif et pédagogique reposant sur l’analyse des rapports annuels déposés par les établissements, d’autre part, des inspections de terrain menées par des cadres assermentés des services déconcentrés afin de vérifier la conformité des infrastructures, de l’encadrement et des programmes aux exigences légales. Cette vigilance se traduit concrètement par des chiffres significatifs : pour la saison en cours, 514 établissements ont fait l’objet d’opérations de contrôle. Depuis 2013, près de 100 procès-verbaux ont été transmis aux tribunaux compétents pour des infractions constatées, confirmant une approche axée sur la transparence et la protection des apprenants.

L’accréditation comme levier de crédibilité

Au-delà du contrôle, le ministère met en avant un autre pilier structurant : la reconnaissance des diplômes à travers l’accréditation des filières et des établissements. Cette démarche vise à garantir la qualité des formations dispensées et à renforcer la confiance dans les certifications délivrées par le secteur privé. Ainsi, au titre de la saison 2024-2025, 420 opérations d’audit ont été réalisées, aboutissant à la qualification de 231 filières et à l’accréditation de 189 établissements. À ce jour, 470 établissements sont accrédités au niveau national, accueillant 64.837 stagiaires, soit 53% de l’ensemble des inscrits. Pour assurer la crédibilité du processus, les jurys d’examen intègrent au minimum deux professionnels et formateurs. Les diplômes accrédités bénéficient par ailleurs des mêmes droits que ceux issus de la formation professionnelle publique, consacrant ainsi l’égalité de reconnaissance entre les deux systèmes.

Une expansion soutenue du secteur

Ces efforts de structuration interviennent dans un contexte de forte croissance. Dans sa réponse, Younes Sekkouri rappelle que le Maroc compte actuellement 1.477 établissements privés totalisant 121.398 stagiaires répartis sur plus de 132 spécialités couvrant des secteurs stratégiques, notamment le digital et l’intelligence artificielle, la santé et les professions paramédicales, la gestion, le tourisme ainsi que les métiers du textile et de la beauté. L’évolution est notable : depuis 2021, le nombre de stagiaires a progressé de 48%, passant de 81.894 à 121.398 inscrits, tandis que le nombre d’établissements a augmenté de 19%. Le secteur de la santé et du paramédical se distingue particulièrement, concentrant près de 47% des effectifs nationaux avec 57.392 stagiaires répartis sur 393 établissements.

Une vision stratégique encadrée par la loi

Cette dynamique s’inscrit dans une vision plus large portée par le ministère. La formation professionnelle privée, rappelle le ministre, constitue un partenaire stratégique de l’État dans l’adaptation des compétences aux mutations technologiques et aux exigences du marché du travail. Sa gouvernance repose sur des mécanismes institutionnalisés de concertation, à travers des commissions nationales et régionales réunissant représentants des établissements, organisations professionnelles et départements gouvernementaux concernés. L’objectif est d’assurer une coordination permanente et d’améliorer continuellement la qualité de l’offre de formation.

Consolider la qualité dans un contexte de croissance

En filigrane, la réponse ministérielle met en lumière un enjeu central : accompagner l’expansion rapide du secteur par un encadrement rigoureux et des standards de qualité élevés. Entre contrôles renforcés, montée en puissance de l’accréditation et progression soutenue des effectifs, la formation professionnelle privée s’affirme comme un levier majeur de qualification des ressources humaines. Le défi, désormais, consiste à maintenir cet équilibre entre développement quantitatif et exigence qualitative pour soutenir durablement la compétitivité de l’économie nationale.
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