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GIP, cinq instituts et Tour scientifique : les contours de «Pôle Tec» se précisent

Un an après son lancement, le projet «Pôle Tec» entre dans une phase plus concrète. Le chantier porté par le ministère de l’Équipement et de l’eau se dote d’un cadre institutionnel sous la forme d’un Groupement d’intérêt public et décline désormais ses priorités scientifiques à travers cinq instituts spécialisés. Sur le campus de l’École Hassania des travaux publics à Casablanca, le lancement des travaux de la Tour scientifique, appelé à devenir son principal ancrage physique, ainsi que la présentation de neuf premiers projets de recherche donnent corps à cette nouvelle étape. Les détails.

24 Juillet 2026 À 18:22

Le futur Pôle technologique du ministère de l’Équipement et de l’eau sort progressivement de sa phase conceptuelle. Un an après l’annonce de sa création, intervenue le 11 juillet 2025, ses contours institutionnels, scientifiques et matériels commencent à se préciser. La vision générale était déjà connue : réunir les capacités de formation, de recherche, d’ingénierie et d’expérimentation de l’écosystème du ministère afin de réduire la dépendance technologique du Maroc. Restait à savoir comment cette ambition allait s’organiser et autour de quelles priorités scientifiques elle serait déployée.
La rencontre tenue jeudi 23 juillet à l’École Hassania des travaux publics (EHTP), à Casablanca, apporte de premiers éléments de réponse. Placée sous le thème «Pôle technologique : un socle établi, une trajectoire ouverte», elle a été consacrée à la présentation de l’état d’avancement et de la feuille de route du projet lancé le 11 juillet 2025. Trois évolutions principales en ressortent : l’institutionnalisation du Pôle sous la forme d’un Groupement d’intérêt public, sa structuration scientifique autour de cinq instituts spécialisés et le lancement des travaux de la Tour scientifique. À cela s’ajoute la présentation de neuf projets de recherche, censés constituer les premières traductions opérationnelles de ses orientations.

Un GIP pour sortir de la logique des silos

La première avancée concerne la gouvernance. Le projet est désormais porté par le Groupement d’intérêt public (GIP) «Pôle Tec», dont l’arrêté de création, d’organisation et de gouvernance a, selon le ministère, été publié au Bulletin officiel. Cette structure doit réunir, sous une gouvernance commune, le ministère de l’Équipement et de l’eau et les trois organismes déjà présentés, lors du lancement, comme le noyau du futur Pôle : l’École Hassania des travaux publics, le Laboratoire public d’essais et d’études (LPEE) et Conseil Ingénierie et Développement (CID).
Le ministère assumera les fonctions d’orientation stratégique et de coordination. L’EHTP constituera le pôle académique chargé de la formation des ingénieurs, de la recherche appliquée et de l’innovation. Le LPEE apportera ses capacités en matière d’essais, d’expérimentation, de certification et de contrôle de la sécurité des ouvrages. CID interviendra, quant à lui, dans les domaines de l’ingénierie-conseil, de la veille technologique et de la conception de systèmes complexes.
La création du GIP vise ainsi à dépasser le simple principe de coopération entre ces institutions. Le groupement devra mutualiser les ressources, coordonner les programmes de recherche, développer les partenariats et assurer la convergence entre les besoins des administrations, les capacités des chercheurs et l’expertise des ingénieurs. Il doit surtout permettre de fluidifier le passage entre les différentes étapes de la chaîne d’innovation : identification d’un besoin public, lancement d’un programme scientifique, expérimentation, qualification technique, protection de l’innovation et déploiement d’une solution opérationnelle.

Cinq instituts pour structurer les priorités scientifiques

La principale nouveauté réside dans la déclinaison scientifique de Pôle Tec. Le projet s’organisera autour de cinq instituts d’excellence couvrant des domaines considérés comme stratégiques pour le Royaume.
• Le premier sera consacré à l’intelligence artificielle. Il devra développer des modèles d’IA résilients, capables de fonctionner dans des environnements incertains ou hostiles. Ses missions porteront aussi sur la fiabilité et la sécurité des systèmes intelligents utilisés dans des secteurs critiques, notamment le transport et la cybersécurité, ainsi que sur la formation de chercheurs et d’ingénieurs spécialisés en IA robuste.
• Le deuxième institut sera dédié à l’eau et au climat. Il développera la recherche scientifique et technologique sur les ressources hydriques et l’hydroélectricité. Il devra également contribuer à la gestion durable de l’eau face aux défis de rareté et de qualité et former des spécialistes en hydrologie, en hydraulique et en gestion intégrée des ressources.
• Le troisième institut couvrira l’ingénierie quantique et photonique. Ses travaux s’articuleront autour des matériaux quantiques, de l’informatique quantique, des algorithmes et de la cryptographie, mais aussi des capteurs et des dispositifs destinés notamment à la santé et aux télécommunications. L’intégration de ces technologies de rupture marque une extension sensible du périmètre scientifique initialement associé au Pôle.
• Un quatrième institut sera consacré aux jumeaux numériques. Il aura pour mission de développer des plateformes permettant de reproduire virtuellement des équipements, des infrastructures ou des territoires afin d’en simuler le comportement et d’en assurer le suivi en temps réel. Les applications envisagées concernent notamment l’aéronautique, l’énergie, la santé et l’industrie. Pour le ministère, ces outils pourraient également servir à modéliser des infrastructures stratégiques comme les barrages ou les ports. L’enjeu n’est pas uniquement technique : développer localement ces plateformes permettrait de conserver la maîtrise des données sensibles et de réduire la dépendance à des solutions logicielles étrangères.
• Quant au cinquième Institut, dédié aux mathématiques et systèmes, il devra développer des méthodes de modélisation, d’optimisation et de pilotage des systèmes complexes. Ses travaux seront appliqués aux infrastructures, à l’environnement, à l’énergie, aux territoires et à la transformation numérique.

Une Tour scientifique sur le campus de l’EHTP

Le futur Pôle sera un écosystème associant plusieurs institutions, mais son principal ancrage physique sera établi sur le campus de l’École Hassania des travaux publics, à Casablanca. Le ministère vient d’annoncer le lancement des travaux de la Tour scientifique, une infrastructure qui avait été évoquée dès la présentation initiale du projet dans le cadre de la modernisation et de l’extension du campus. La nouveauté réside donc moins dans le principe de cette construction que dans le passage à sa phase de réalisation et dans les précisions apportées sur son contenu.
La Tour doit accueillir les équipes et les différentes composantes du Pôle, ainsi que des laboratoires de nouvelle génération, des plateformes technologiques et des espaces dédiés à la recherche, à l’expérimentation, à la formation et à la coopération scientifique. Elle sera notamment dotée d’une salle blanche, d’un espace consacré aux technologies quantiques, d’un data center et d’infrastructures de cloud computing, de cybersécurité, de data engineering et de photogrammétrie. Ce regroupement doit favoriser les interactions entre la formation des ingénieurs, les travaux des chercheurs et les besoins opérationnels du ministère, du LPEE et de CID. La Tour est ainsi appelée à devenir la vitrine matérielle de Pôle Tec et le lieu de convergence de ses cinq instituts.

Neuf premiers projets pour engager la phase opérationnelle

Autre signe du passage progressif à l’exécution : neuf projets de recherche ont été présentés lors de la rencontre du 23 juillet. Portés par des équipes de chercheurs et d’experts, ils concernent notamment l’eau, les infrastructures, l’intelligence artificielle, les jumeaux numériques et les technologies avancées. Ces projets doivent illustrer la capacité du Pôle à transformer les priorités publiques en programmes scientifiques, puis les résultats de la recherche en applications concrètes. Le ministère n’en communique cependant pas les intitulés détaillés, les porteurs, les budgets, les partenaires ou les échéances. Ces éléments seront nécessaires pour apprécier la maturité réelle des travaux et mesurer leur capacité à déboucher sur des prototypes, des brevets, de nouveaux référentiels techniques ou des solutions susceptibles d’être déployées sur le terrain.

Du brevet à la norme technique

La feuille de route précise également la fonction que la recherche devra occuper au sein du Pôle. Elle ne sera pas uniquement destinée à produire des connaissances scientifiques. Pôle Tec doit intervenir sur quatre leviers directement liés à la souveraineté technologique.
• Le premier concerne la propriété intellectuelle. Le Pôle entend transformer les innovations développées en actifs immatériels protégés par des brevets, afin de conserver le savoir-faire produit au Maroc et, à terme, de générer des revenus liés à sa valorisation.
• Le deuxième levier porte sur les normes et référentiels techniques. Le ministère considère que certains standards importés sont insuffisamment adaptés aux réalités climatiques, géologiques ou économiques du Royaume. La production de normes nationales doit permettre d’améliorer la résilience des infrastructures et d’en optimiser les coûts de construction et d’entretien.
• Le troisième axe concerne la souveraineté des données et l’autonomie décisionnelle. Le développement de solutions nationales de simulation, de jumeaux numériques et d’aide à la décision doit limiter la dépendance aux plateformes étrangères dans la gestion des infrastructures critiques.
• Le dernier levier est celui du capital humain. À travers la formation, la recherche et des programmes d’immersion, le Pôle devra maintenir l’expertise de pointe au sein de l’administration et de son écosystème et réduire progressivement le recours à l’assistance technique internationale.
Avec cette ossature et ces différents leviers, le chantier apparaît prometteur et semble avoir réuni les principaux ingrédients de sa réussite. Reste désormais à réussir le passage à l’exécution. La qualité de la gouvernance, la mobilisation de financements durables, la capacité à attirer des chercheurs de haut niveau et l’implication réelle des entreprises seront déterminantes pour permettre à pôle Tec de tenir ses promesses.
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