La contestation monte d’un cran dans le secteur de l’enseignement supérieur. Les enseignants-chercheurs des établissements publics observent
avec un boycott élargi des activités pédagogiques, scientifiques et administratives. Ce mouvement, inscrit dans un programme de mobilisation progressive tout au long du mois de mars, traduit l’ampleur du malaise qui traverse aujourd’hui l’université publique.
Le projet de loi 59.24, point de rupture
Si la mobilisation prend une telle ampleur, c’est qu’elle se cristallise autour du projet de loi n°59.24 relatif à l’enseignement supérieur. Pour le SNESup, ce texte constitue un point de rupture. Le syndicat affirme qu’il a été adopté dans un contexte d’«
exclusion systématique» de l’organisation représentative des enseignants-chercheurs. Il rejette toute tentative d’imposer un fait accompli à travers sa mise en œuvre et refuse de considérer la loi comme définitivement entérinée. Au-delà du contenu du texte, c’est surtout la méthode de réforme qui est contestée : les enseignants-chercheurs disent avoir misé, dans un premier temps, sur une approche participative et constructive, avant de constater que leurs propositions n’étaient pas prises en compte. Ce
sentiment de marginalisation a progressivement alimenté un climat de défiance, ouvrant la voie à une escalade syndicale.
Un périmètre de grève élargi pour peser sur le rapport de force
Dans cette logique de montée en pression, le mot d’ordre de grève ne se limite pas à la suspension des cours. Les enseignants-chercheurs sont appelés à boycotter l’ensemble des activités pédagogiques et scientifiques, à ne pas participer aux réunions et à geler des structures clés, notamment les filières et les parcours de formation. Le mouvement concerne toutes les institutions d’enseignement supérieur et de recherche, qu’elles relèvent ou non des universités. En élargissant ainsi le périmètre de la mobilisation, le syndicat cherche à envoyer un signal fort sur la profondeur du malaise. Dans le prolongement de cette stratégie, le SNESup a également annoncé sa disposition à participer à un sit-in devant le Parlement, à une date qui sera fixée ultérieurement par le bureau national, confirmant la volonté d’inscrire le conflit dans l’espace public et politique.
Des revendications concrètes et un calendrier exigé
Au-delà du rejet du projet de loi, les organisateurs mettent en avant des revendications précises. Ils appellent le ministère à formuler des engagements clairs, assortis d’échéances définies, pour répondre aux attentes jugées urgentes des enseignants-chercheurs. Parmi les principales demandes figurent la généralisation des neuf années d’ancienneté fictive et l’exonération de la recherche scientifique de l’impôt. Pour le syndicat, il s’agit désormais de passer «d’une logique de tergiversation à une logique d’engagement encadré dans le temps». Autrement dit, le dialogue ne peut, selon lui, se limiter à des déclarations d’intention : il doit déboucher sur des décisions concrètes.
Des universités sous tension
Cette montée en puissance du mouvement n’est pas sans conséquences. Le boycott des activités pédagogiques, scientifiques et administratives risque de perturber le déroulement normal des cours, des examens et des travaux de recherche dans plusieurs établissements. Ces développements interviennent alors que la réforme de l’enseignement supérieur fait déjà l’objet d’un débat national nourri. Entre impératif de modernisation, exigence d’autonomie universitaire et amélioration des conditions matérielles et symboliques des enseignants-chercheurs, les lignes de fracture apparaissent de plus en plus visibles.