Souad Badri
21 Juillet 2026
À 17:19
Organisé sous le Haut Patronage de
Sa Majesté le Roi Mohammed VI et en partenariat avec le Conseil de la région de Draâ-Tafilalet, la neuvième édition du
Morocco Today Forum (MTF) réunira responsables gouvernementaux, élus, experts, chercheurs, acteurs économiques et représentants de la société civile. Invité de l’émission «L’Info en Face» sur Matin TV,
Mohammed Haitami a expliqué que l’organisation de l’événement loin des grandes métropoles répondait à la volonté de placer les réalités locales au centre du débat. Le Morocco Today Forum entend ainsi rapprocher les décideurs des difficultés vécues dans les territoires et confronter les politiques publiques aux attentes concrètes des citoyens.
Le thème retenu, «Le
Maroc des territoires : pour une émergence intégrée et inclusive», s’inscrit dans le prolongement des Orientations Royales appelant à réduire les disparités régionales et à faire bénéficier l’ensemble des citoyens des fruits du développement. Cette édition s’appuie sur une vision qui place le développement humain, l’équité territoriale et l’amélioration des conditions de vie au cœur du projet de développement du Royaume.
Selon M. Haitami, la réflexion autour de cette thématique a été préparée en amont à travers un workshop d’orientation stratégique. Cette rencontre a associé des représentants de l’administration, des élus, des acteurs de la société civile, des économistes, des sociologues et des spécialistes du développement territorial. Cette démarche doit permettre de faire dialoguer l’expertise et les réalités du terrain, mais aussi de dépasser une lecture exclusivement institutionnelle des disparités territoriales. L’objectif est de croiser les regards afin d’identifier les conditions nécessaires à une mise en œuvre plus efficace des politiques publiques.
Les territoires, le grand chantier du Maroc
Le Maroc a réalisé d’importantes avancées au cours des dernières décennies, portées notamment par de grands chantiers structurants et plusieurs réformes majeures. Des écarts persistent toutefois entre les régions ainsi qu’entre les espaces urbains et ruraux. Désenclavement, accès aux services publics, attractivité économique, emploi et qualité du cadre de vie restent au centre des défis à relever.
Dans ce contexte, le Forum intervient au moment où la nouvelle génération de programmes de développement territorial intégré entre dans une phase déterminante. Pour Mohammed Haitami, l’enjeu n’est plus uniquement de dresser le constat des inégalités régionales, largement documentées, mais de suivre le déploiement des solutions et d’évaluer leur impact sur la vie quotidienne. Ces résultats doivent être visibles à travers un meilleur accès aux routes, à l’eau, aux soins, aux établissements scolaires, aux transports et aux réseaux de télécommunication. Ils doivent également permettre aux habitants des zones éloignées de rejoindre plus facilement les centres de santé, les marchés et les services administratifs, y compris durant les périodes d’intempéries.
Errachidia incarne les défis et le potentiel des territoires
Le choix d’Errachidia revêt, à cet égard, une forte portée symbolique. Chef-lieu de Draâ-Tafilalet, la ville se trouve au cœur d’une région qui concentre à la fois plusieurs difficultés et de nombreux atouts. Les défis liés à l’eau, à la mobilité, à l’enclavement et à l’attractivité y côtoient une importante richesse patrimoniale, un potentiel économique et de réelles possibilités de développement. Pour M. Haitami, «Draâ-Tafilalet constitue un terrain particulièrement significatif pour aborder la question du développement territorial. La région dispose de ressources encore insuffisamment valorisées, notamment dans les secteurs minier, agricole, agroalimentaire et touristique.» La filière des dattes, les cultures maraîchères, les paysages désertiques ainsi que des destinations comme Merzouga ou Erfoud peuvent soutenir davantage la création de richesse et d’emplois. Leur valorisation suppose toutefois de réunir plusieurs conditions, notamment une meilleure connectivité, une capacité d’hébergement suffisante, une promotion adaptée et une offre correspondant aux attentes des visiteurs.
Le même raisonnement doit, selon lui, être appliqué à l’ensemble du Royaume en tenant compte des spécificités propres à chaque région. «Aucune région ne ressemble à une autre», a-t-il souligné. Les programmes de développement ne peuvent donc pas reposer sur des projets standardisés, reproduits d’un territoire à l’autre sans prise en compte des besoins locaux. Une commune peut avoir besoin en priorité d’une route, tandis qu’une autre nécessite un établissement de santé, un internat ou un équipement social. Les ressources doivent ainsi être orientées selon les diagnostics territoriaux, avec davantage de souplesse dans la programmation et la réalisation des projets.
Morocco Today Forum : le temps des solutions pour les territoires
Les travaux du Forum s’articuleront autour de trois grands axes.
• Le premier panel, intitulé «De l’architecture à l’impact : la régionalisation avancée à l’aune des nouvelles orientations Royales», examinera la gouvernance, le financement, le transfert des compétences et l’articulation entre les différents instruments du développement régional. Pour M. Haitami, il s’agit notamment de passer de la conception institutionnelle à des résultats perceptibles par les citoyens. La réussite des programmes ne doit pas être évaluée uniquement à travers les budgets engagés ou le nombre d’infrastructures réalisées, mais à l’aune de leur utilité et de leur impact réel.
• Le deuxième panel, consacré à «L’attractivité des territoires pour les citoyens et les entreprises», abordera les conditions nécessaires à l’émergence de régions dotées de vocations claires, capables d’attirer les investissements, de créer des emplois et d’offrir un cadre de vie de qualité. L’investissement public ne pourra, selon Mohammed Haitami, produire pleinement ses effets sans une mobilisation accrue du secteur privé. L’attractivité ne se résume toutefois ni aux incitations fiscales ni à la disponibilité des infrastructures. Elle dépend également du cadre juridique, de la logistique, des compétences disponibles et de la qualité des services proposés aux familles. Une entreprise souhaitant s’installer dans une région doit pouvoir y recruter les profils nécessaires. Ses cadres et ses salariés doivent également y trouver des écoles, des services de santé, des logements et un cadre de vie répondant à leurs besoins.
• Le troisième panel portera sur «Le digital et l’IA au service de l’humain et de la gouvernance». Il explorera le potentiel des technologies numériques pour améliorer l’accès aux services publics, renforcer l’efficacité de l’action publique et réduire les fractures territoriales. Pour M. Haitami, «le numérique et l’intelligence artificielle peuvent contribuer à réduire les distances et à accélérer la transformation des territoires. Leur utilisation doit cependant s’inscrire dans une gouvernance claire et répondre à des besoins identifiés, plutôt que de constituer une finalité en soi.»
Le renforcement des capacités locales représente un autre chantier majeur. Le président-directeur général du Groupe Le Matin a insisté sur la nécessité de former les élus et les cadres territoriaux afin qu’ils puissent concevoir, piloter et évaluer les projets de manière plus efficace. Cette montée en compétence doit permettre aux collectivités d’assumer pleinement leurs prérogatives. Elle doit également éviter que certaines responsabilités locales soient, dans les faits, reprises par l’administration centrale faute de ressources humaines suffisantes. Les structures régionales chargées de l’exécution des projets devraient aussi disposer de davantage de souplesse et d’une gouvernance renforcée. Leur action doit s’inscrire dans une vision de long terme, au-delà des mandats électoraux, et assurer le déploiement des projets jusque dans les communes les plus éloignées.
Le développement territorial s’inscrit par ailleurs dans le prolongement du chantier de l’État social, indique l'invité de «L'Info en Face». Dans ce sens, la valorisation des ressources régionales et la création d’emplois doivent permettre aux populations de gagner progressivement en autonomie économique. Les aides directes restent également indispensables pour les personnes vulnérables. L’objectif de long terme demeure toutefois de réduire la dépendance grâce à l’activité économique, à l’investissement et à la création d’opportunités dans les différents territoires.
Le rôle citoyen du Groupe Le Matin
À travers cette édition, le Groupe Le Matin entend également jouer son rôle d’interface entre les citoyens et les décideurs. La présence de responsables publics, d’élus, d’experts, de chercheurs, d’acteurs économiques et de représentants de la société civile doit permettre de confronter les politiques publiques aux réalités locales. Mohammed Haitami a, dans ce sens, défendu la fonction de la presse dans le débat public. Les médias doivent attirer l’attention sur les difficultés, faire entendre les différentes voix et contribuer à la recherche de solutions, sans tomber ni dans le pessimisme ni dans la complaisance.
Lancé en 2016, le Morocco Today Forum se présente comme une plateforme internationale de réflexion et d’échange consacrée aux grands enjeux de développement du Maroc. Chaque édition donne lieu à la production d’un livre blanc rassemblant les recommandations issues des débats et destiné aux différentes parties prenantes. En portant cette année le débat à Errachidia, le Forum veut marquer le passage du diagnostic à l’action. Son ambition est de contribuer à une émergence plus équilibrée, dans laquelle le développement ne se mesure pas uniquement à la performance économique, mais aussi à ses effets concrets sur la vie quotidienne des citoyens, quel que soit le territoire où ils vivent.