Yousra Amrani
08 Avril 2026
À 17:57
Dans un contexte marqué par une hausse soutenue des prix et une pression croissante sur le pouvoir d’achat, l’
Union marocaine du travail (UMT) hausse le ton. La
centrale syndicale appelle à des mesures urgentes pour contenir la cherté de la vie et soulager les ménages, notamment à travers une révision de la politique fiscale et un encadrement plus strict des marchés. Réunie mardi à Casablanca sous la présidence de son secrétaire général,
Miloudi Moukharik, l’
UMT a détaillé, dans un communiqué, une série de propositions qu’elle juge nécessaires pour faire face à la conjoncture actuelle.
Fiscalité et carburants au cœur des revendications
Parmi les principales mesures avancées figure l’adoption d’une loi de Finances rectificative, accompagnée d’une suppression partielle et progressive de la
taxe sur la valeur ajoutée (TVA) sur les produits et services essentiels. Le
syndicat plaide également pour une réduction de l
a taxe intérieure de consommation (TIC), estimant qu’elle alimente la hausse des prix. La question des
carburants occupe également une place centrale dans les revendications. L’UMT appelle à l’activation d’un mécanisme de plafonnement des prix et à la fixation de marges bénéficiaires maximales. Elle insiste par ailleurs sur la nécessité de lutter contre les pratiques spéculatives, en renforçant les sanctions à l’encontre des intermédiaires et en mobilisant davantage le Conseil de la concurrence.
Sur fond de tensions géostratégiques liées à la guerre au Moyen-Orient, l’émission «L’Info en Face», diffusée jeudi dernier sur Matin TV, s’est penchée sur les répercussions de cette crise sur le secteur de l’énergie au Maroc. Invité du débat, Hocine Lyamani, secrétaire général du Syndicat national du pétrole et du gaz à la CDT, revient sur les dernières hausses des prix des carburants, les mécanismes à l’œuvre et les options qui s’offrent au gouvernement dans un contexte mondial des plus incertains. Tout en critiquant une fiscalité qui ne prend par en compte l'érosion du pouvoir d’achat des consommateurs, l’expert juge l’ampleur des hausses des prix à la pompe «relativement modérée» compte tenu de la gravité de la situation dans le monde. Car, pour lui, dans les circonstances actuelles, «la priorité, c’est l’approvisionnement, quel que soit le prix».
Un appel à plus de justice sociale
Au-delà des mesures conjoncturelles, la centrale syndicale propose l’instauration d’un impôt progressif sur la fortune, dans une logique de solidarité nationale. Elle estime que ce levier pourrait contribuer à atténuer les effets des difficultés économiques actuelles. Dans le même temps, l’UMT exprime son mécontentement face aux justifications avancées par le gouvernement, notamment celles liées aux fluctuations internationales et à la crise énergétique. Elle considère que ces facteurs ne sauraient, à eux seuls, expliquer la dégradation du pouvoir d’achat.
Dialogue social et pouvoir d’achat en ligne de mire
Le syndicat revient également sur la question du dialogue social, dont la reprise est annoncée pour avril après plusieurs mois d’interruption. Il appelle à des discussions «sérieuses et productives», capables d’aboutir à des mesures concrètes. Parmi les attentes figurent une augmentation générale des salaires dans les secteurs public et privé, ainsi qu’une revalorisation des pensions de retraite, avec l’instauration d’un minimum équivalent au salaire minimum. L’UMT demande également une hausse du SMIG et du SMAG, ainsi que la poursuite des allègements fiscaux sur les revenus. Elle insiste en outre sur la nécessité de respecter les engagements antérieurs, de dynamiser les dialogues sectoriels et de répondre aux revendications des différentes catégories professionnelles, notamment les cadres.
Sur un autre registre, l’UMT appelle à la suspension de la loi organique relative au droit de grève, en vue de sa révision à travers un dialogue approfondi. Elle met également en avant les conditions de travail dans certains secteurs, notamment celui de la sous-traitance, où elle dénonce des «situations d’exploitation». La centrale syndicale pointe par ailleurs des atteintes aux libertés syndicales, évoquant notamment des entraves à l’action syndicale et des licenciements qu’elle juge abusifs.
Une pression sociale appelée à se maintenir
À travers cette série de revendications, l’UMT s’inscrit dans un climat social marqué par des attentes croissantes en matière de pouvoir d’achat et de justice sociale. Si le gouvernement met en avant les contraintes liées à l’environnement économique international, les organisations syndicales, elles, plaident pour des réponses nationales plus volontaristes. La reprise du dialogue social en avril pourrait ainsi constituer un test important pour mesurer la capacité des différentes parties à converger vers des solutions concrètes, dans un contexte où les équilibres économiques et sociaux demeurent particulièrement sensibles.