En quelques semaines, le coût des carburants a pris une place centrale dans le débat public, porté par une hausse rapide des prix à la pompe. Dans le sillage des tensions énergétiques mondiales liées à la guerre au Moyen-Orient, ce débat s’est invité par la force des choses au Maroc, pays qui importe près de 90% de ses besoins énergétiques de l’extérieur. Avec +1,72 dirham pour le gasoil et +1,50 dirham pour l’essence, soit plus de 3 dirhams en quinze jours, la dynamique dépasse le simple ajustement conjoncturel, estime Hocine Lyamani, secrétaire général du Syndicat national du pétrole et du gaz à la Confédération démocratique du travail (CDT). Elle renvoie, selon lui, à un cadre où les variations internationales se répercutent désormais presque directement sur le marché national. D’où la question : comment concilier la préservation du pouvoir d’achat et la nécessité d’assurer l’approvisionnement ? l’équation n’est pas facile, de l’aveu même de l’invité qui prédit d’autres hausses dans les prochains jours, vu l’incertitude des lendemains.
Une accélération révélatrice de tensions plus profondes
Dans ce contexte, la progression observée ne surprend guère Hocine Lyamani : «C’était prévu qu’on pouvait arriver à ces limites de prix... et même on peut s’attendre à plus que ça.» Autrement dit, ce qui se joue aujourd’hui relève moins d’un épisode conjoncturel que de l’aboutissement d’une évolution annoncée. Selon cet expert, la compréhension de cette évolution renvoie à un choix structurant opéré en 2015 : la libéralisation du secteur. Depuis lors, analyse M. Lyamani, la formation des prix s’aligne étroitement sur les mouvements du marché international, sans véritable mécanisme d’amortissement. «Le consommateur est face au marché international.»
Dans cette logique, relève-t-il, les variations mondiales se répercutent presque sans délai. Le baril dépasse les 110 dollars, tandis que la tonne de gasoil atteint 1.500 dollars. Plus encore, la rapidité de cette progression interpelle : de 750 dollars la tonne le 28 février à 1.200 dollars dès le 12 mars, soit une hausse particulièrement marquée en l’espace de quelques jours, ajoute-t-il. Dès lors, la trajectoire des prix au Maroc apparaît comme le prolongement immédiat de ces tensions extérieures, révélant un marché désormais étroitement arrimé aux dynamiques internationales.
Dans cette logique, relève-t-il, les variations mondiales se répercutent presque sans délai. Le baril dépasse les 110 dollars, tandis que la tonne de gasoil atteint 1.500 dollars. Plus encore, la rapidité de cette progression interpelle : de 750 dollars la tonne le 28 février à 1.200 dollars dès le 12 mars, soit une hausse particulièrement marquée en l’espace de quelques jours, ajoute-t-il. Dès lors, la trajectoire des prix au Maroc apparaît comme le prolongement immédiat de ces tensions extérieures, révélant un marché désormais étroitement arrimé aux dynamiques internationales.
Des hausses contenues dans un environnement sous tension
Pourtant, contrairement à une idée largement répandue auprès des consommateurs, l’expert estime que dans un contexte international fortement dégradé, l’ampleur des hausses des prix à la pompe demeure, en proportion, contenue : «La deuxième hausse reste relativement modérée, vu le contexte». Cette relative modération, affirme-t-il, tient notamment à un ajustement des marges sous l’effet des tensions sociales exprimées ces dernières années : «Tant que les Marocains réclament... les marges se resserrent.» Plus encore, poursuit-il, la situation actuelle ne s’écarterait pas fondamentalement de ce qui aurait prévalu dans un cadre antérieur à la libéralisation : «Si on était resté dans l’ancien système, on aurait eu à peu près les mêmes prix.» Ainsi, derrière la perception d’une hausse marquée se dessine, selon lui, une évolution qui reste, à l’aune des paramètres internationaux, relativement contenue.
Pouvoir d’achat : la ligne de fracture
Reste que cette lecture macroéconomique se heurte à une réalité sociale autrement plus sensible. À la pompe, le poids de la fiscalité demeure significatif, atteignant près de 4 dirhams par litre pour le gasoil et 5 dirhams pour l’essence, ce qui accentue mécaniquement l’effet des hausses. Dans ce cadre, M. Lyamani met en évidence une contradiction qu’il juge difficilement tenable : «Il est inconcevable que ces taxes augmentent avec l’augmentation des prix !» Dans le prolongement de cette analyse, il souligne également les limites des dispositifs d’accompagnement mis en place : «Les aides et les augmentations ne couvrent même pas la moitié des retombées.» Ainsi, au-delà des équilibres économiques, la question du pouvoir d’achat s’impose comme un point de tension central, révélant les effets directs de ces évolutions sur le quotidien des ménages.
Libéralisation : un modèle fragilisé par la crise
Cette pression sur les bourses des citoyens est d’autant plus difficile à justifier que la libéralisation du secteur s’est traduite, rappelle-t-il, par une évolution marquée des marges, passées de 600 à 700 dirhams par tonne avant 2015 à environ 2.000 dirhams pour le gasoil et 3.000 dirhams pour l’essence aujourd’hui. En effet, souligne l’expert, les profits cumulés atteindraient plus de 90 milliards de dirhams, dont 17 milliards réalisés sur les deux premières années. À partir de ces éléments, son appréciation se précise : «Tant qu’il n’y a pas de crise, ça marche... mais en période de crise, ses effets sont dangereux.» Selon lui, ce modèle qui semble opérant en période de stabilité laisse apparaître, dès que les tensions s’installent, des déséquilibres plus profonds.
Approvisionnement ou prix : un arbitrage assumé
Pour ne rien arranger, les incertitudes géopolitiques demeurent entières, et les perspectives d’apaisement apparaissent, pour l’heure, difficilement perceptibles. L’évocation de Donald Trump d’un conflit susceptible de se prolonger encore «deux à trois semaines» pour les États-Unis ne suffit pas à dissiper le flou qui entoure l’évolution de la situation. Dans ce contexte tendu, «la priorité, c’est l’approvisionnement, quel que soit le prix». Le problème est certes le prix, mais aussi et surtout la disponibilité des ressources. Il évoque, à ce titre, la possibilité d’un encadrement des usages : «On peut arriver à un stade de rationalisation de la consommation.»
Les mesures de restriction déjà mises en place dans certains pays, notamment en Asie ou en Égypte, donnent un aperçu des évolutions que cette situation pourrait entraîner.
Les mesures de restriction déjà mises en place dans certains pays, notamment en Asie ou en Égypte, donnent un aperçu des évolutions que cette situation pourrait entraîner.
Des prix appelés à progresser
Compte tenu de ces tendances, et des évolutions géostratégiques observées, Hocine Lyamani n’exclut pas un renchérissement plus brutal des prix. «Sur la base d’un prix international avoisinant 12 dirhams le litre, l’ajout des taxes, des marges et des coûts logistiques conduirait à des niveaux compris entre 18 et 19 dirhams.» Un tel niveau renvoie, par comparaison, au seuil atteint en juin 2022, lorsque le litre de carburant avait culminé à 17 dirhams, avec la possibilité, cette fois, de le dépasser. C’est la raison pour laquelle cet expert met en cause aussi les modalités actuelles de formation des prix. «Changer les prix chaque quinzaine est une pratique anti-concurrence.» Pour étayer son propos, il évoque des situations où des volumes acquis à 750 dollars coexistent avec d’autres achetés à 1.200 dollars, sans que ces écarts ne se reflètent dans les prix pratiqués à la pompe. Il en appelle ainsi aux instances de régulation : «Le Conseil de la concurrence doit dire son mot... il n’a rien fait.»
Des fragilités structurelles persistantes
Au-delà de la seule question des prix, M. Lyamani élargit son analyse aux équilibres mêmes du modèle énergétique. Le raffinage apparaît, à cet égard, comme un point de fragilité : «Le marché du produit raffiné n’a pas suivi le brut.» De ce constat découle, selon lui, une nécessité claire : «réactiver la raffinerie et en construire une autre». Dans le même esprit, la question du stockage se pose avec acuité. Les besoins sont estimés à 2 milliards de dollars, soit près de 20 milliards de dirhams, dans un cadre juridique qu’il juge inadapté : «La loi actuelle n’est pas applicable.» Autant d’éléments donc qui, mis bout à bout, renvoient à des déséquilibres plus profonds, au-delà des seules fluctuations conjoncturelles. C’est pourquoi M. Lyamani appelle à revenir sur les choix opérés ces dernières années, qu’il estime aujourd’hui fragilisés par le contexte. Il n’écarte pas, à terme, une remise en cause plus large du cadre actuel : «Il faut revenir sur ces décisions... voire annuler la libéralisation.» À défaut, ajoute-t-il, la suspension de certains choix en période de crise pourrait déjà permettre d’en atténuer les effets.
