Yousra Amrani
30 Mars 2026
À 17:38
Au cœur du projet de réforme du système de santé national, le
Centre hospitalier universitaire Ibn Sina fait de nouveau parler de lui. Dans un communiqué publié lundi, la
Commission nationale des médecins internes et résidents (CNIR) dénonce une «paralysie quasi totale» des laboratoires centraux, mettant en garde contre ses répercussions directes sur la prise en charge des patients, la formation médicale et la recherche scientifique.
Des laboratoires à l’arrêt, un système sous pression
Au cœur de cette alerte figure le «dysfonctionnement majeur» des laboratoires de référence du CHU. Quinze mois après la démolition de l’ancien CHU, «l’écosystème de formation est entré dans un tunnel dans fin». Selon la CNIR, la décision de démolition n’a pas été accompagné d’une planification visant assurer la continuité des prestations. Du coup, selon la Commission, l’arrêt de plusieurs analyses biologiques spécialisées a profondément désorganisé le fonctionnement hospitalier. Dans ce contexte, les conséquences se font rapidement sentir : retards dans les diagnostics, perturbation des parcours de soins et recours accru à des solutions alternatives. Pour les médecins internes et résidents, il ne s’agit pas d’un incident isolé, mais d’un déséquilibre structurel qui fragilise l’ensemble du système de soins.
Un impact direct sur la formation et la recherche
Au-delà de l’urgence sanitaire, cette situation soulève également de sérieuses inquiétudes sur le plan académique. La CNIR souligne que près de 260 médecins et pharmaciens internes et résidents sont directement affectés. En effet, l’accès aux analyses et aux équipements spécialisés constitue un pilier essentiel de la formation pratique. Leur indisponibilité compromet non seulement l’apprentissage des futurs médecins, mais aussi la continuité des activités de recherche, considérées comme stratégiques pour le développement du système de santé.
Dans un Policy Brief intitulé «Mutations démographiques : préparer le Maroc de demain», dont «Le Matin» a obtenu copie avant sa publication prévue la semaine prochaine, l’Observatoire national du développement humain (ONDH) livre une radiographie sans concession des transformations révélées par le Recensement général de la population et de l’habitat de 2024. Coordonné par le président de l’ONDH, Otmane Gair, ce document de cadrage stratégique met en évidence un pays engagé dans une transition démographique rapide, profonde et régionalement inégale. Fécondité en chute libre, vieillissement en forte progression, familles qui se rétrécissent, villes qui débordent et campagnes qui se vident, le diagnostic interpelle directement les décideurs publics, à quelques mois des échéances électorales du 23 septembre 2026.
Une gestion pointée du doigt
Dans le prolongement de ces dysfonctionnements, la Commission met en cause la gestion du dossier, dénonçant un manque d’anticipation et de coordination. Selon elle, l’absence de planification en amont a conduit à une situation d’improvisation, révélant les limites du pilotage de ce chantier sensible. Cette critique renvoie à une problématique plus large : celle de la capacité du système hospitalier à gérer des transformations majeures sans perturber ses missions essentielles.
Dans cette dynamique, les inquiétudes s’étendent également aux projets structurants en cours, notamment celui du nouvel hôpital universitaire. Pour la CNIR, les difficultés actuelles constituent un signal d’alerte quant à la préparation de ce projet d’envergure. En l’absence de garanties sur les conditions de mise en œuvre, le risque est réel de voir se reproduire les mêmes dysfonctionnements à plus grande échelle.
Un appel à une réponse urgente
Face à cette situation, la Commission appelle à l’ouverture d’un dialogue immédiat et constructif avec les autorités compétentes. Elle insiste notamment sur la nécessité de mettre en place un plan d’action clair, assorti d’un calendrier précis, afin de rétablir le fonctionnement des laboratoires et de garantir des conditions de travail et de formation conformes aux standards requis. En conclusion, la CNIR tient l’administration pour pleinement responsable de la situation actuelle et met en garde contre les conséquences d’une absence de réaction rapide. Dans un contexte déjà marqué par des tensions dans le secteur de la santé, les médecins internes et résidents affirment leur détermination à défendre la qualité du service public hospitalier, tout en refusant d’être les victimes d’une gestion qu’ils jugent défaillante.