Ayda Benyahia
06 Avril 2026
À 16:22
Le Matin : Vous venez d’être nommé en tant que directeur régional au Maroc de l’Union arabe pour la construction et le développement immobilier. Comment avez-vous reçu cette consécration ?
Mohamed Rachid Tadlaoui : J’ai accueilli cette nomination avec honneur, gratitude et un sens aigu des responsabilités. Elle dépasse ma personne et traduit, avant tout, la reconnaissance du positionnement du Maroc comme acteur crédible, stable et attractif dans les domaines de l’immobilier, de l’urbanisme et de l’investissement. Je tiens, à cet égard, à exprimer ma gratitude à M. Lahiq Al-Otaibi, président de l’Union arabe pour la construction et le développement immobilier, pour la confiance qu’il m’a accordée. Je souhaite également saluer M. Sallah Eddine El Badri, secrétaire général de l’Union, dont la vision et l’engagement ont joué un rôle déterminant dans la concrétisation de cette initiative. À ce titre, mon action s’inscrit dans le prolongement des grandes orientations stratégiques de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu Le glorifie. Faisant la part belle au développement durable, à la coopération Sud-Sud et au renforcement de l’investissement structurant, elles constituent une référence claire pour guider l’intervention du bureau régional. Dans cette perspective, il s’agit de consolider le rôle du Maroc en tant que hub régional entre le monde arabe et l’Afrique. Le bureau régional est appelé à y contribuer en facilitant les échanges économiques, en sécurisant les investissements et en favorisant les synergies entre les différents acteurs, tout en se positionnant comme un partenaire de confiance pour accompagner les projets structurants. Ainsi, l’ambition est double : promouvoir des initiatives immobilières et d’infrastructure à fort impact, tout en participant au rayonnement du Maroc à l’échelle arabe et africaine. Dans ce cadre, le Royaume continue d’offrir aux investisseurs un environnement attractif, porté par un cadre juridique stable, des opportunités diversifiées et une vision claire en matière de développement durable.
Pourriez-vous nous en dire plus sur l’Union arabe pour la construction et le développement immobilier ?
L’Union arabe pour la construction et le développement immobilier est une organisation arabe de coopération sectorielle qui œuvre à renforcer les liens entre les acteurs de la construction, de l’immobilier et du développement urbain dans le monde arabe. Elle se veut un cadre de coordination, de dialogue, de mise en réseau et d’orientation stratégique autour des grands enjeux du secteur. Son président, Dr Lahiq Al-Otaibi, a été élu en janvier 2024. L’Union, qui regroupe 18 États membres, intervient notamment dans la coordination institutionnelle et l’accompagnement de partenariats structurants dans plusieurs pays arabes, dont le Maroc. Pour ma part, je souhaite que la présence de cette Union au Maroc soit utile, crédible et orientée vers les résultats, au service de l’investissement responsable, de l’innovation urbaine, de la sécurité juridique des opérations et d’une coopération arabe à forte valeur ajoutée.
Quelles seront vos principales missions en tant que directeur régional de cette Union ? comment comptez-vous les mener à bien ?Ma première mission sera de représenter l’Union au Maroc avec sérieux, efficacité et esprit d’ouverture, tout en contribuant à la mise en place d’un cadre régional crédible pour le dialogue entre investisseurs, professionnels, institutions et décideurs publics. Ensuite, il s’agira de favoriser l’émergence de partenariats concrets dans les secteurs de la construction, du développement immobilier, du financement de projets et de l’aménagement urbain. Mon rôle sera aussi d’encourager la circulation de l’information, le rapprochement entre les expériences arabes réussies et les besoins réels du marché marocain. Pour mener cela à bien, je compte m’appuyer sur une méthode fondée sur l’écoute, la coordination institutionnelle, la mobilisation des compétences marocaines et la construction d’un réseau régional solide associant experts, promoteurs, juristes, investisseurs et acteurs publics. L’objectif est de passer d’une logique déclarative à une logique d’actions mesurables.
Dans quelle mesure votre nomination pourrait-elle être bénéfique pour le Maroc dans les secteurs liés à l’urbanisme, au financement immobilier et au développement durable ?
Je pense que cette nomination peut être bénéfique à plusieurs niveaux. D’abord, elle peut renforcer la visibilité du Maroc au sein de l’espace arabe de coopération économique et immobilière. Ensuite, elle peut contribuer à attirer des partenariats et des mécanismes de financement adaptés à des projets structurants, dans le respect du cadre juridique marocain. Le Maroc dispose aujourd’hui d’atouts considérables : sa stabilité institutionnelle, sa position géographique, la qualité croissante de ses infrastructures, ainsi que son ambition en matière d’urbanisme et de durabilité. Dans ce contexte, disposer d’un relais régional peut favoriser une meilleure mise en relation entre les besoins nationaux et les capacités d’investissement régionales. Cette dynamique est d’autant plus pertinente que des accords récents liés à l’Union ont déjà mis en avant des projets urbains et immobiliers au Maroc, avec une enveloppe annoncée pouvant atteindre 300 millions de dollars, l’Union jouant un rôle de coordination et d’orientation stratégique.
Quels sont les chantiers prioritaires qu’il faut lancer en tant que nouveau responsable régional ?
Plusieurs chantiers structurants doivent être engagés. Le premier concerne la mise en place d’un bureau régional à Laâyoune avec une gouvernance claire, une feuille de route précise et un cadre institutionnel crédible. Il s’agira également de structurer un espace de coordination entre les différents acteurs du secteur – autorités publiques, professionnels du droit, investisseurs et promoteurs – afin de favoriser le dialogue, lever les incompréhensions et faciliter la concrétisation des partenariats. L’événement prévu le 28 avril 2026 à Laâyoune marquera une étape importante avec l’annonce officielle de l’ouverture du bureau régional au Maroc. Il sera également l’occasion de réunir des acteurs clés du secteur, de présenter notre vision stratégique et de poser les bases d’une coopération arabe renforcée dans le domaine de la construction et de l’investissement immobilier. Dans cette perspective, nous œuvrerons à la mise en place de standards communs, à la mutualisation des expertises et à la construction d’un cadre de coopération efficace entre les pays arabes et l’écosystème marocain.
Pourquoi le choix de Laâyoune pour accueillir le siège du bureau régional, et quelles opportunités cette implantation dans le sud du Maroc ouvre-t-elle ?
Le choix de Laâyoune n’est pas anodin. Il s’inscrit dans une vision stratégique annoncée par Lahiq Al-Otaibi, président de l'Union arabe de la construction et du développement immobilier, lors du Congrès de l’Union arabe au Caire. Cette décision vise à accompagner la dynamique de développement des provinces du sud du Maroc, qui connaissent aujourd’hui un essor remarquable, notamment en matière d’infrastructures, d’investissements et d’aménagement du territoire. Les provinces du Sud disposent d’un potentiel considérable, tant sur le plan économique qu’en matière de position géostratégique. L’installation du siège à Laâyoune permettra de catalyser les investissements, de structurer les projets immobiliers et d’accompagner les grands chantiers de développement dans cette région à fort avenir.
Quel rôle ce bureau régional pourrait-il jouer dans la coopération avec les pays africains ?
Ce bureau régional a vocation à devenir un véritable trait d’union entre le monde arabe et l’Afrique. Grâce à sa position géographique, le Maroc, et particulièrement Laâyoune, constitue une porte d’entrée naturelle vers les marchés africains. Dans ce cadre, nous ambitionnons de renforcer la coopération Sud-Sud, en favorisant les partenariats, le partage d’expertises et le développement de projets conjoints dans les domaines de la construction, de l’investissement et de l’urbanisme.
Peut-on dire que ce projet s’inscrit dans une vision géopolitique plus large ?
Absolument. Ce projet dépasse le simple cadre institutionnel. Il s’inscrit dans une vision stratégique portée par le Royaume du Maroc, visant à consolider son positionnement en tant que hub régional entre le monde arabe et l’Afrique. Le bureau régional contribuera à cette dynamique en facilitant les échanges économiques, en sécurisant les investissements et en créant des synergies entre les différents acteurs.
Après avoir abordé les enjeux institutionnels et stratégiques, quels sont aujourd’hui, plus concrètement, les principaux défis auxquels fait face le secteur immobilier dans l’espace arabe ?
Le principal défi réside dans l’harmonisation des cadres juridiques et réglementaires entre les différents pays arabes. À cela s’ajoutent des problématiques liées au financement, à la sécurité juridique des transactions et à la lenteur de certaines procédures administratives. Notre rôle est justement de proposer des solutions concrètes pour fluidifier ces mécanismes et renforcer la confiance des investisseurs.
Dans ce contexte, la question de la sécurité juridique apparaît centrale. Quelle place lui accordez-vous dans la structuration et la pérennité des investissements immobiliers ?
La sécurité juridique est la pierre angulaire de tout investissement immobilier. Sans elle, aucun projet ne peut aboutir sereinement. En tant que notaire, je considère que la fiabilité des actes, la transparence des transactions et la traçabilité des paiements sont essentielles pour garantir la stabilité du marché et attirer les capitaux nationaux et internationaux.
Dans le prolongement de cet enjeu, comment évolue aujourd’hui le rôle du notaire face à des opérations de plus en plus complexes et à une internationalisation croissante des investissements ?
Le rôle du notaire évolue vers celui d’un véritable acteur stratégique de l’investissement. Il ne se limite plus à authentifier les actes, mais participe activement à la sécurisation des opérations, à l’accompagnement des investisseurs et à la conformité juridique des projets. Dans un contexte international, cette mission devient encore plus essentielle.
Enfin, au regard des transformations en cours dans le secteur, dans quelle mesure l’innovation et la digitalisation s’imposent-elles comme des leviers de modernisation des pratiques immobilières et juridiques ?
Absolument. La digitalisation est aujourd’hui incontournable. Elle permet d’améliorer la transparence, de réduire les délais et d’optimiser la gestion des procédures. Nous souhaitons encourager l’intégration des outils numériques dans les pratiques immobilières et juridiques, notamment à travers des plateformes sécurisées et interconnectées.