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Inondations 2026 : le CNDH salue une riposte efficace et appelle à consolider la prévention

Dans ses conclusions préliminaires sur les inondations de janvier et février 2026, le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) estime que la gestion de la crise dans les provinces touchées a globalement permis de limiter les pertes humaines grâce à des évacuations massives et une coordination renforcée. L’institution appelle toutefois à tirer pleinement les enseignements de ces épisodes en consolidant les mécanismes de prévention, d’alerte et d’aménagement face aux risques climatiques.

Opération de retour des habitants de Ksar El Kébir. Ph. Saouri

18 Février 2026 À 15:43

Les inondations qui ont frappé plusieurs régions du Royaume au cours des mois de janvier et février 2026 ont provoqué des dégâts matériels considérables. Plus de 110.000 hectares ont été submergés, affectant habitations, infrastructures et biens privés, notamment dans les provinces de Larache, Kénitra, Sidi Kacem et Sidi Slimane.

Dans ses conclusions préliminaires sur la gestion de cette catastrophe, le Conseil national des droits de l’Homme relève toutefois une évolution notable dans la manière dont les autorités ont répondu à l’urgence, en s’inscrivant davantage dans une approche fondée sur les standards internationaux et la protection des droits fondamentaux.



Le premier constat concerne la rapidité d’intervention. Les autorités locales, appuyées par les Forces armées royales, la Gendarmerie royale, la Sûreté nationale, la Protection civile et les forces auxiliaires, ont procédé à l’évacuation de plus de 180.000 personnes, dans ce qui constitue l’une des plus vastes opérations préventives menées face à une catastrophe naturelle au Maroc. Cette mobilisation massive a permis de préserver le droit à la vie et à l’intégrité physique des habitants des zones les plus exposées, notamment à Ksar El Kébir, particulièrement touchée. Les décès recensés restent isolés et ont été attribués, selon le Conseil, à une mauvaise appréciation individuelle du risque.

Le CNDH souligne également la discipline et la réactivité des populations concernées, qui ont répondu aux appels à l’évacuation dans un climat d’organisation jugé satisfaisant.

Les priorités : hébergement, santé et scolarité

Sur le plan de l’accueil des sinistrés, des centres d’hébergement temporaires ont été mis en place dans plusieurs provinces. Le Conseil note que, malgré quelques situations limitées où les conditions ne répondaient pas pleinement aux standards du logement décent (intimité, accès à l’eau, assainissement), les dispositifs ont globalement respecté les exigences minimales en matière de dignité humaine.

L’accès aux soins a constitué un autre axe central de la réponse. Les autorités ont assuré l’évacuation et le suivi des femmes enceintes, la prise en charge des personnes âgées et en situation de handicap, ainsi que la continuité des traitements pour les malades chroniques, notamment les patients sous dialyse ou atteints de cancer. Des campagnes médicales mobiles ont été déployées pour renforcer la couverture sanitaire dans les zones isolées.

Concernant l’éducation, les autorités ont suspendu temporairement les cours dans les zones à risque et eu recours à l’enseignement à distance. La reprise progressive des classes dans les établissements non touchés a été accompagnée de solutions provisoires dans certaines communes rurales, où la normalisation a pris davantage de temps.

Le rapport relève également une mobilisation importante des acteurs institutionnels et associatifs pour la distribution de denrées alimentaires et d’eau potable. Des ajustements ont été opérés afin de corriger des insuffisances ponctuelles dans certaines zones restées isolées au début de la crise.

Autre élément marquant : la circulation massive d’informations sur les réseaux sociaux. Si la diffusion rapide des alertes officielles a facilité les évacuations, le Conseil a observé la propagation de contenus trompeurs, incluant des images anciennes ou étrangères aux événements, ainsi que des vidéos manipulées grâce à l’intelligence artificielle. Une vigilance accrue a été saluée face à ces tentatives de désinformation.

Vers un modèle national de gestion des catastrophes ?

Au-delà de l’urgence, les autorités ont classé les quatre provinces les plus affectées comme « zones sinistrées », ouvrant la voie à un programme d’aide structuré : relogement, indemnisation des pertes de revenus, reconstruction des habitations effondrées, soutien aux agriculteurs et éleveurs, et réhabilitation des infrastructures routières et hydrauliques. Le Conseil estime que la gestion des inondations du Gharb et du Loukkos pourrait constituer une base pour l’élaboration d’un protocole national d’intervention anticipative, en cohérence avec le cadre international de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe (2015-2030).

Parmi les recommandations avancées figurent le renforcement des systèmes d’alerte précoce, l’élaboration de plans territoriaux intégrés de gestion des risques, la stricte application des règles d’urbanisme dans les zones exposées et l’intégration plus poussée des enjeux climatiques dans les politiques d’aménagement.

Si la réponse institutionnelle est jugée globalement conforme aux standards internationaux, le Conseil rappelle que la multiplication des épisodes climatiques extrêmes impose une adaptation structurelle durable. Les inondations de 2026 constituent ainsi à la fois une épreuve et un révélateur : celui d’une capacité d’intervention renforcée, mais aussi des vulnérabilités persistantes face aux effets du changement climatique.
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