Le Matin : S.M. le Roi a annoncé en novembre 2024 la réforme du CCME et la création de la Fondation Mohammedia pour les Marocains du monde. Où en est ce projet et dans quel délai peut-on en espérer la concrétisation ?
Abdellah Boussouf : Le projet est toujours en cours d'élaboration, et c'est tout à fait normal compte tenu de l'ampleur de la mission. Sa Majesté s'est adressé directement au gouvernement pour lui confier la préparation du projet de loi. Il ne s'agit donc pas d'un retard, mais d'un processus qui exige des consultations approfondies, des débats et une prise en compte rigoureuse de réalités très diverses. Les six millions de Marocains établis dans plus de cinquante pays ne forment pas un bloc homogène. Les attentes d'un Marocain du Golfe, qui aspire avant tout à des garanties sociales, une couverture retraite, une sécurité sociale, sont fondamentalement différentes de celles d'un Marocain d'Europe, où la question identitaire, religieuse et linguistique est centrale. Quant aux Marocains d'Afrique, du Canada ou des États-Unis, ils ont leurs propres spécificités. Il faut aussi tenir compte des générations : en France ou aux Pays-Bas, on en est à la quatrième génération, alors qu'en Espagne ou en Italie, l'immigration marocaine est plus récente, l'enracinement différent. Ce dossier est complexe, et il mérite qu'on lui consacre le temps nécessaire pour être à la hauteur des attentes de Sa Majesté et de notre communauté à l'étranger.
Comment sera organisée la relation entre le CCME rénové et la Fondation Mohammedia ? Qui fait quoi ?
Sa Majesté a tracé un cadre clair. Le CCME continuera d'assumer sa mission consultative : lieu de réflexion, d'expertise et de production d'avis. La Fondation, elle, sera le bras exécutif. Et c'est là que réside l'innovation majeure de cette réforme. Aujourd'hui, le dossier des Marocains du monde est éclaté entre de nombreux départements ministériels (Affaires étrangères, Justice, Finances, Habous, Culture) sans réelle coordination ni unité budgétaire. La Fondation Mohammedia regroupera l'ensemble de ces compétences et des ressources qui leur sont allouées. Cela permettra davantage d'efficacité, de rapidité dans l'exécution et surtout de continuité. Rappelons qu'il y avait autrefois un ministère des Marocains du monde, supprimé au gré des alternances politiques. La Fondation, elle, s'inscrira dans la durée et garantira la pérennité des actions. C'est une décision sage et visionnaire de Sa Majesté, qui a toujours eu une compréhension fine et en avance sur son temps des attentes de nos communautés à l'étranger.
Après le Discours Royal de novembre 2024, comment vivent les membres des CCME cette phase transitoire en attendant la prochaine version du CCME ?
Toute institution traversant une phase de transition vit nécessairement dans une forme d'expectative. Mais au CCME, le travail continue. Le Salon international de l'édition et du livre approche – il se tient fin avril – et nous y serons présents, comme chaque année. Un certain nombre de dossiers sont en cours de traitement, selon notre rythme habituel. Nous attendons la décision du gouvernement, à qui revient la responsabilité d'élaborer le nouveau cadre législatif. Car la création de la Fondation Mohammedia et la réforme du CCME relèvent bien du ressort de l'Exécutif. Nous faisons notre part, et nous laissons le processus institutionnel suivre son cours.
Des observateurs sévères dressent un bilan accablant du CCME dans sa première version : zéro avis formel produit en dix-sept ans, zéro rapport stratégique publié, 37 membres seulement au lieu des 50 prévus, une seule réunion de gouvernance. Que répondez-vous à ces critiques ?
Il faut d'abord replacer les choses dans leur contexte. Le communiqué annonçant la création du CCME précisait explicitement qu'il s'agissait d'une première édition transitoire, dans l'attente d'une version définitive sur de nouvelles bases. C'est précisément la version que nous attendons aujourd'hui. Cela dit, le CCME a accompli un travail considérable. Sa contribution la plus significative est sans doute d'avoir installé la question migratoire au cœur du débat public marocain. Auparavant, ce sujet n'était traité qu'épisodiquement, à l'occasion du retour estival des MRE. Aujourd'hui, c'est un dossier permanent, couvert par l'ensemble des médias nationaux, avec des journalistes spécialisés et même un master dédié à la migration à l'ISIC. C'est une avancée considérable. Le CCME a également produit plus de 200 ouvrages sur toutes les facettes de l'immigration marocaine, mené des études de grande envergure, dont une auprès de 1.400 jeunes Marocains d'Europe, et animé des groupes de travail thématiques sur les compétences, la question religieuse, la femme ou encore la citoyenneté. Nous avons organisé le premier forum des Marocains d'ici et d'ailleurs dès 2008, qui a ensuite voyagé en Europe, au Canada, dans les pays du Golfe et en Afrique. Nous avons contribué à inscrire la migration à l'agenda parlementaire. C'est une base solide sur laquelle le prochain CCME pourra s'appuyer.
Êtes-vous satisfait du bilan du CCME ?
J'aspire toujours à faire mieux. Mais je peux dire que le travail accompli constitue une base solide pour élaborer des politiques publiques efficaces en faveur de notre communauté, et que le prochain CCME pourra s'en saisir pour construire des projets à la hauteur des attentes. Des thèmes essentiels ont été traités en profondeur : la situation des retraités marocains à l'étranger, la problématique des mineurs non accompagnés, la jeunesse, la religion, l'appartenance identitaire. Sur chacun de ces sujets, nous avons produit de la matière substantielle. Notre participation au Salon international de l'édition et du livre depuis plus d'une dizaine d'années illustre aussi cette dimension culturelle de notre mission. Nous avons réussi à rassembler autour de cet événement des écrivains marocains de toutes les langues – francophones, arabophones, anglophones, germanophones, hispanophones – qui, bien qu'ils s'expriment dans des langues européennes, puisent leurs œuvres dans la tradition et l'identité marocaines. Ce sont de véritables ambassadeurs de la culture marocaine, et c'est grâce à eux que cette culture a acquis une dimension universelle. Ils seront d'ailleurs présents au prochain Salon. Cette rencontre avec les écrivains du Maroc est aussi pour eux un moment de réseautage précieux. Ce travail de réseautage culturel, c'est l'une des contributions majeures du CCME : avoir fait de la culture un pont vivant entre les Marocains du monde et leur pays. J'invite d'ailleurs quiconque souhaite mesurer l'ampleur de cette production à visiter notre centre de documentation, qui regroupe l'ensemble des travaux intellectuels réalisés sur toutes les facettes de l'immigration marocaine.
Les transferts des MRE ont dépassé 117 milliards de dirhams en 2024, mais leurs investissements directs ne représentent que 10% du total des investissements privés au Maroc. Comment inverser cette tendance ?
C'est effectivement le paradoxe central de notre rapport aux MRE : un flux financier massif, mais une orientation quasi exclusivement tournée vers l'immobilier et les transferts familiaux. Il faut changer cela. Le CCME a travaillé sur cette question, notamment en partenariat avec la Chambre des conseillers, en s'appuyant sur la dimension régionale pour mobiliser les Marocains du monde selon leurs territoires d'origine. Nous avons plaidé pour deux instruments essentiels : d'abord, la création d'une banque de projets régionale, c'est-à-dire un répertoire structuré d'opportunités d'investissement sectorielles et territoriales, accessible aux MRE. Ensuite, un accompagnement bancaire adapté, car les produits proposés aujourd'hui par les banques se limitent pour l'essentiel au transfert d'argent et au crédit immobilier. Il faut que le secteur bancaire marocain se mobilise pour offrir des solutions de financement et d'accompagnement aux porteurs de projets parmi nos communautés à l'étranger. Le rapport de la Commission spéciale sur le modèle de développement a d'ailleurs reconnu les MRE comme un pilier de l'économie de la connaissance. Cette vision doit maintenant se traduire en politiques publiques concrètes, et la Fondation Mohammedia devra être un levier décisif dans ce sens.
Vous plaidez de longue date pour un guichet unique d'investissement et une banque de projets régionale. Ces propositions sont-elles intégrées dans la feuille de route de la réforme ?
Des signaux positifs existent. Le ministère de l'Investissement vient de créer une commission dédiée aux Marocains du monde, et la réforme des Centres régionaux d'investissement va dans la bonne direction. Mais il manque encore une politique publique unifiée et cohérente, capable de répondre à la demande. J'ai confiance dans nos institutions et dans la Volonté Royale, clairement exprimée dès le discours de 2022, qui appelait le gouvernement à faciliter et accompagner les MRE désireux d'investir au Maroc. La Fondation Mohammedia sera, je le crois, l'instrument qui permettra enfin de concrétiser cette vision.
S.M. le Roi a évoqué la création d'un «Mécanisme national de mobilisation des compétences». Le Maroc compte 7.000 médecins établis en France, des milliers d'ingénieurs et d'entrepreneurs dans le monde. Comment ce mécanisme fonctionnera-t-il concrètement ?
Les Marocains du monde constituent un réservoir de compétences exceptionnel, présent dans tous les secteurs, y compris les plus avancés – nanotechnologies, intelligence artificielle, recherche médicale, jusqu'à la NASA. Ce capital humain est encore trop peu mobilisé au profit du Maroc. La période Covid a néanmoins montré ce qui est possible : des Marocains du monde ont contribué activement à l'effort marocain de production de vaccins. Ce modèle peut être généralisé. Le ministère des Affaires étrangères a déjà créé une plateforme numérique pour mettre en relation les compétences marocaines de l'étranger avec les opportunités au Maroc. C'est une bonne initiative. Il faut maintenant l'amplifier, en impliquant davantage le ministère de l'Investissement et en développant des relais institutionnels dans les pays d'accueil pour identifier et mobiliser ces compétences.
Vous réclamez depuis des années la création d'une agence nationale de la culture pour le rayonnement du Maroc à l'étranger. La Fondation Mohammedia permettra-t-elle enfin de concrétiser ce projet ?
La culture est le fer de lance du lien entre les Marocains du monde et leur pays. Avec la spiritualité, c'est le vecteur le plus puissant de cet attachement. Et la culture marocaine a des atouts considérables : c'est une culture ouverte, tolérante, respectueuse de la femme et des autres, en harmonie avec la modernité. Elle peut aider les Marocains à s'intégrer pleinement dans leurs pays d'accueil, tout en restant ancrés dans leur identité. Je suis convaincu que la Fondation Mohammedia comportera un volet culturel important. Il faut aller plus loin et créer, au sein de cette fondation, une agence dédiée au rayonnement de la culture marocaine à l'étranger. Le Maroc mérite d'être mieux connu du monde. Et les Marocains du monde, à travers toutes leurs langues d'expression (français, espagnol, anglais, allemand) sont les meilleurs ambassadeurs de cette culture. Le CCME a d'ailleurs travaillé sur ce réseautage culturel depuis des années, notamment à travers la participation régulière d'écrivains marocains de la diaspora au Salon international de l'édition et du livre. Ce salon est une occasion unique de rapprocher les Marocains du monde du Maroc et le Maroc des Marocains du monde.
La représentation parlementaire des MRE est une revendication ancienne, formulée dans plusieurs pays et par de nombreuses instances. Pour le Maroc, ce dossier semble bloqué depuis des décennies. Où en est-il dans la réforme en cours ?
C'est une question récurrente qui mérite une réponse honnête. Le Maroc a été précurseur en accordant le droit de vote aux MRE dès 1984, avant beaucoup d'autres pays. Mais cette expérience n'a jamais été véritablement évaluée pour en tirer les enseignements nécessaires. Aujourd'hui, la demande a évolué. Notre étude sur la jeunesse marocaine d'Europe révèle que l'intérêt pour la participation politique directe reste limité, autour de 8% seulement chez les jeunes de la diaspora. Leurs priorités sont ailleurs : l'investissement au Maroc, les liens culturels et spirituels. Cela dit, la représentation institutionnelle demeure légitime. Le CCME a préconisé une intégration progressive des MRE dans la deuxième Chambre du Parlement, à l'image des régions, des syndicats et du patronat, ainsi que dans les grandes instances de gouvernance : CNDH, Conseil économique, social et environnemental, instance anti-corruption. Pour les prochaines élections, le calendrier ne permettra probablement pas de grande réforme. Mais la question doit être traitée avec sérénité et dans la durée.
Des chercheurs parlent d'une véritable «peur des MRE» de la part des partis politiques, qui masquerait les obstacles techniques derrière lesquels on se retranche. Est-ce votre analyse ?
Je ne partage pas ce diagnostic. Les Discours Royaux, depuis des années, appellent constamment les Marocains du monde à participer à la vie de leur pays. La Constitution les reconnaît comme membres à part entière de la nation. Ce n'est pas là le portrait d'un système qui craindrait sa diaspora. Il y a certes des obstacles, techniques hier, d'une autre nature, mais la volonté politique au plus haut niveau est indéniable. Les deux derniers Chefs de gouvernement ont publiquement évoqué cette question. M. Benkirane l'avait même inscrite dans sa déclaration gouvernementale, sans pouvoir la concrétiser. La solution viendra, à condition de traiter ce dossier avec le sérieux et la sérénité qu'il mérite, en tenant compte à la fois des attentes de la communauté et des équilibres institutionnels du pays.
S.M. le Roi a insisté sur la numérisation et la simplification des procédures consulaires pour les MRE. Où en est-on concrètement ?
Le mouvement est déjà engagé. Le meilleur exemple récent est la mobilisation exemplaire du réseau consulaire marocain en Espagne, dans le cadre de la régularisation des migrants irréguliers. Les consulats se sont organisés pour traiter en urgence et par voie numérique un volume considérable de demandes de documents. Les retours de la communauté marocaine en Espagne sont très positifs. C'est la direction qu'il faut poursuivre et généraliser. La modernisation de l'action consulaire (prise de rendez-vous en ligne, dématérialisation des procédures) est un chantier en cours qui produit déjà des résultats tangibles.
Les troisième et quatrième générations de MRE assument leur double appartenance, au Maroc et au pays d'accueil. Mais le lien avec le pays d'origine ne s'étiole-t-il pas inévitablement au fil des générations ?
Je pense exactement le contraire. Les nouvelles générations restent profondément attachées au Maroc, et les faits le démontrent. Lors de la dernière Coupe d'Afrique des nations, des milliers de jeunes Marocains d'Europe ont fait le déplacement au Maroc et certains sans même disposer d'un billet de stade, venus uniquement pour vivre l'ambiance, être là, ressentir le pays. Si ce n'est pas de l'appartenance, qu'est-ce que c'est ? On l'a vu également dans les rues de Paris et d'autres villes européennes, où les victoires du Maroc ont donné lieu à des célébrations spontanées et massives, drapeau en tête. Ce sont des générations nées à l'étranger qui portent ces couleurs avec fierté. Nos études le confirment : l'intégration dans les pays d'accueil a atteint un point de non-retour, c'est vrai. Mais l'attachement au Maroc, lui, est tout aussi présent et authentique. Les deux ne s'excluent pas, ils coexistent. C'est précisément cette double appartenance assumée qui caractérise les nouvelles générations de Marocains du monde, et c'est une richesse, pas une fragilité.
Des études montrent que 63% des MRE se considèrent marocains sur le plan culturel, mais peu d'entre eux maîtrisent l'arabe, notamment parmi les générations nées à l'étranger. Comment préserver ce lien identitaire sans tomber dans le déracinement ?
Oui, il faut nourrir cet attachement, notamment dans les pays non francophones comme l'Allemagne, les Pays-Bas ou l'Espagne, où une partie des jeunes de la diaspora reste peu informée des réformes et des évolutions du Maroc. Le Maroc doit mieux communiquer avec ses communautés à l'étranger. Je plaide depuis longtemps pour la création d'une chaîne de télévision entièrement dédiée aux Marocains du monde, qui diffuserait en plusieurs langues – arabe, français, espagnol, anglais – du contenu culturel, informatif et de proximité. Le Maroc d'aujourd'hui est un pays en pleine transformation ; il mérite d'être connu et célébré par sa diaspora. C'est aussi une question d'image et de soft power.
Justement, les MRE sont souvent présentés comme un levier potentiel de diplomatie et de lobby pour les causes nationales, notamment sur le dossier du Sahara. Le CCME a-t-il vocation à jouer ce rôle ?
Il l'a déjà joué, et continue de le faire. Le CCME a développé des programmes de formation de notre communauté sur la question du Sahara marocain, notamment via une plateforme numérique dédiée. Mais l'engagement des Marocains du monde sur cette question est aussi spontané et historique : depuis la Marche verte de 1975, à laquelle ont participé 131 Marocains résidant à l'étranger, jusqu'aux mobilisations récentes devant les institutions internationales : Conseil des droits de l'Homme à Genève, Parlement européen à Bruxelles et Strasbourg, Trocadéro à Paris. Nos communautés à l'étranger sont en première ligne pour défendre l'intégrité territoriale du Maroc. Défendre le Sahara marocain au Maroc est une chose ; le défendre face aux adversaires à l'étranger en est une autre, et nos compatriotes de la diaspora le font avec conviction et courage.
Chaque année, le Maroc envoie des centaines d'imams et de prédicateurs en Europe pour encadrer les MRE durant le Ramadan. Avec six millions de Marocains dans plus de cent pays, cet effort est-il à la hauteur des besoins ?
L'effort est considérable et mérite d'être salué. Cette année, ce sont plus de 600 prédicateurs, psalmodieurs et universitaires qui ont été envoyés dans les pays d'immigration, en Europe mais aussi aux États-Unis et au Canada. C'est un investissement financier et humain très significatif pour le Maroc, sachant que nous avons besoin de ces encadrants sur notre propre territoire, avec nos 52.000 mosquées. Le Maroc consent ce sacrifice parce que Sa Majesté, en tant que Commandeur des croyants, veille à ce que les Marocains du monde bénéficient du même encadrement religieux que leurs compatriotes au pays. La coordination entre le ministère des Habous, la Fondation Hassan II et le Conseil supérieur des oulémas, qui valide toutes les délégations, est bien rodée et donne des résultats satisfaisants. Mais l'enjeu est de taille : il faut aussi atteindre les communautés éloignées des grandes métropoles, et le numérique peut y contribuer.
Vous avez récemment critiqué le «Guide des musulmans d'Occident» pour sa logique d'adaptation et de normalisation administrative. Quel modèle alternatif proposez-vous concrètement pour organiser l'islam en Europe ?
J'ai développé ma réflexion dans un ouvrage publié en 2018 aux éditions du Cerf en France : «Une monarchie citoyenne en terre d'Islam : comment Mohammed VI a conçu un modèle religieux universel». Ma thèse est que le modèle marocain est non seulement valide au Maroc, mais transposable à l'échelle internationale. Ce modèle repose sur trois piliers fondateurs : la doctrine «acharite», qui garantit la cohabitation entre la foi et la raison et interdit le takfir et le radicalisme ; le fiqh malikite, avec ses seize fondements et sa grande souplesse pour apporter des réponses adaptées aux réalités des sociétés modernes ; et le soufisme, qui est à la fois éducation de l'âme, espace de dialogue interreligieux et réponse à la quête de sens qui traverse nos sociétés contemporaines, notamment depuis la crise de Covid. À cela s'ajoute le pilier d'Imarat Al-Mouminine, le Commandement des croyants, qui chapeaute l'ensemble et garantit tolérance, modération et vivre-ensemble. Ce modèle a prouvé son efficacité au Maroc, combiné à une approche sécuritaire rigoureuse et au développement humain via l'INDH. Il peut servir de référence pour les pays européens qui cherchent à organiser l'islam sans tomber dans l'improvisation ni dans un centralisme étatique réducteur.
Un dernier mot ?
Je voudrais m'adresser directement aux Marocains du monde. Ils sont les ambassadeurs d'un modèle culturel et religieux qui a fait ses preuves. Être un bon ambassadeur du Maroc à l'étranger, c'est être un bon citoyen dans son pays de résidence – contribuer à sa prospérité, à sa cohésion, à sa sécurité – tout en restant un acteur engagé du développement du Maroc. Être citoyen ici et là-bas, pleinement et sans contradiction : c'est cela, le message que j'adresse à notre communauté.