s'articule autour de quatre piliers, prévention et résilience, justice et état de droit, menaces criminelles évolutives et convergentes, innovation et coopération. Elle engage les 119 États représentés au
pour la prévention du crime et la justice pénale à collecter et partager les données statistiques de manière responsable, à développer les mesures non privatives de liberté et la justice réparatrice pour réduire la surpopulation carcérale, à tirer parti des Stratégies types de Kyoto contre la récidive et à envisager la ratification de la Convention contre la cybercriminalité adoptée en 2024. Son suivi revient à la
, avec un accent sur la mesure des progrès et l'apprentissage entre pairs, jusqu'au prochain Congrès, prévu en Ouzbékistan en 2031.
Entre ces principes et leur mise en œuvre, il y a le travail des praticiens. C'est sur ce terrain que la
, forte des représentants du ministère de la Justice, du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire, de la présidence du Ministère public, du pôle sécuritaire, de l'Observatoire national de la criminalité, de l'Autorité nationale du renseignement financier, de l'Instance nationale de la probité et de la Représentation permanente du Royaume à Vienne, s'est déployée du 28 au 30 septembre, séance après séance.
Un Observatoire, une carte criminelle et zéro récidive
Le 28 septembre, en séance plénière, Hicham Mellati, directeur des affaires pénales, des grâces et de l'observation de la criminalité au ministère de la Justice, a présenté l'expérience marocaine d'une prévention fondée sur les données probantes. Celle-ci repose, a-t-il expliqué, sur deux dimensions complémentaires : l'observation anticipative de la criminalité et la réduction de la récidive. La première s'appuie sur l'Observatoire national de la criminalité, dont le directeur a décrit l'approche participative. Ses groupes de travail technique et scientifique associent la présidence du Ministère public, le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire, la Sûreté nationale, la Gendarmerie Royale et plusieurs instances nationales, en lien avec les universités. Une carte criminelle nationale est en cours de déploiement pour localiser les infractions et mieux cibler les mesures de prévention.
La seconde dimension trouve son illustration dans le programme Moussalaha, lancé en 2017 par la Délégation générale à l'administration pénitentiaire et à la réinsertion avec la Rabita Mohammadia des oulémas et le Conseil national des droits de l'Homme. Le programme repose sur une triple réconciliation, avec soi-même, avec le texte religieux et avec la société. Selon les données du Centre Moussalaha citées par M. Mellati, il a compté vingt sessions, une 21e étant en cours, pour 480 participants au total. «Aucune récidive n'a été enregistrée parmi les bénéficiaires», a-t-il souligné.
Chaque réforme pénale est aussi un événement statistique
Le même jour, l'Observatoire a porté l'expérience marocaine dans l'atelier n°3 du Congrès, consacré au renforcement de la collecte et de l'analyse des données face aux formes de criminalité nouvelles, émergentes et évolutives. Organisé par l'ONUDC avec l'Institut thaïlandais de la justice, il réunissait des producteurs de données de plusieurs continents. À l'invitation de l'ONUDC, Sofana Benyahia, cheffe de division en charge de l'Observatoire, intervenait lors de la première séance, animée par Tanya Wyatt (ONUDC) et Kittipoom Neamhom (Institut thaïlandais de la justice), aux côtés de l'Institut national de statistique et de géographie du Mexique, du Conseil national suédois pour la prévention de la criminalité, de l'Institut européen HEUNI, de la Global Initiative against Transnational Organized Crime et du Conseil consultatif scientifique et professionnel international des Nations unies.
Consacrée au rôle des données administratives dans le suivi des tendances criminelles, son intervention a présenté un modèle institutionnel. Créé en application des Hautes Orientations Royales et des recommandations de la Charte de la réforme du système judiciaire, l'Observatoire voit désormais ses missions consacrées par l'article 51-3 du Code de procédure pénale. Trois chantiers structurent son action : la consolidation des données statistiques détenues par les institutions productrices, une nomenclature nationale des infractions fondée sur le Code pénal et compatible avec la Classification internationale des infractions à des fins statistiques, et un système d'information décisionnel destiné à éclairer la politique pénale.
Le message central tient en une phrase : «Toute réforme pénale est aussi un événement statistique». Depuis 2024, a rappelé Mme Benyahia, le Maroc connaît une dynamique législative soutenue, avec la loi n°43.22 relative aux peines alternatives et l'entrée en vigueur de la loi n°03.23 modifiant et complétant le Code de procédure pénale. Chacune de ces réformes appelle l'adaptation des indicateurs, afin d'en suivre la mise en œuvre et d'en mesurer les effets.
Au-delà du cas national, le Maroc a renouvelé son appel à un réseau des observatoires nationaux de la criminalité, notamment en Afrique, pour partager les méthodes et construire une lecture commune des criminalités émergentes. La proposition prolonge l'événement organisé à Marrakech en avril 2025, en marge de la réunion régionale préparatoire au Congrès. Les conclusions officielles lui font écho : le résumé de la présidence de l'atelier reconnaît les registres administratifs comme indispensables au suivi de la criminalité, appelle à accélérer l'application de la Classification internationale et à établir des cadres de gouvernance des données pour surmonter la fragmentation entre institutions. La Déclaration d'Abou Dhabi mentionne, elle, expressément les observatoires locaux et régionaux de la criminalité.
Les parquets, du signalement en ligne au Protocole d'Istanbul
Le 29 septembre, c'est le pouvoir judiciaire qui a pris la parole en plénière par la voix d'Ahmed Wali Alami, secrétaire général de la présidence du Ministère public. Un système de justice pénale centré sur la personne, a-t-il rappelé, se mesure à sa capacité de préserver la dignité, de garantir un procès équitable, de protéger les victimes et d'assurer un accès équitable à la justice. Il a rattaché cette approche aux recommandations de la réunion régionale préparatoire pour l'Asie occidentale, accueillie par le Maroc à Marrakech en 2025 : aide juridique à chaque étape, indemnisation des victimes, justice réparatrice et médiation, indicateurs de mesure de l'impact des réformes.
Le secrétaire général a ensuite détaillé l'action des parquets : cellules de prise en charge des femmes victimes de violence, protocole territorial de prise en charge, plateforme de signalement «Kolna Maak», suivi des enfants en décrochage scolaire. En 2025, la coopération internationale a permis de détecter 89 cas d'exploitation sexuelle d'enfants en ligne, qui ont donné lieu à la poursuite de 36 personnes. Il a également cité un guide sur les allégations de torture fondé sur le Protocole d'Istanbul et rappelé le caractère exceptionnel de la détention provisoire.
Reste la loi sur les peines alternatives, entrée en vigueur en août 2025. À l'issue de l'intervention, le président de séance, l'ambassadeur d'Égypte, Mohamed Nasr, l'a qualifiée de «success-story très importante, dont nous devrions tous nous inspirer», y voyant une expérience transposable dans de nombreux pays africains et arabes.
Du lien crime-terrorisme à une base commune des points de contact
La coopération a occupé les deux dernières séquences marocaines. Le 28 septembre, le Royaume a pris part à la réunion thématique du segment de haut niveau consacrée à l'opérationnalisation de l'initiative CONNECT de l'ONUDC, qui cible le lien entre criminalité et terrorisme. Autour du Burkina Faso, de l'Égypte, du Ghana, du Maroc et du Nigeria, elle réunissait l'Italie, le Japon, les Émirats arabes unis et l'Union européenne. Intervenant au titre des engagements nationaux africains, l'ambassadeur Azzeddine Farhane, représentant permanent du Royaume à Vienne, a défendu une sécurité durable qui ne repose pas sur les seules approches sécuritaires, mais place l'humain au cœur des politiques, fait de la prévention un fondement, de la coopération un outil et de la confiance une passerelle, et a plaidé pour une appropriation nationale et africaine de l'initiative, sur la base des priorités définies par les États africains eux-mêmes. La réussite de CONNECT en Afrique de l'Ouest et au Sahel, a-t-il conclu, dépendra de la capacité à transformer l'engagement politique en confiance opérationnelle, puis en coopération et en résultats concrets.
Le 30 septembre, lors du débat plénier sur la coopération et les partenariats, présidé en partie par l'ambassadeur Farhane, Hicham Mellati a repris le fil en appelant à traduire la volonté politique des États en mesures opérationnelles. Il a décrit les leviers mobilisés par le Maroc : les conventions des Nations unies comme base juridique de l'entraide, notamment en l'absence d'accord bilatéral ; l'ouverture d'une coopération afro-atlantique avec les États riverains de l'océan ; la révision du Code de procédure pénale, qui modernise les outils de l'entraide judiciaire ; les magistrats et officiers de liaison ainsi que des commissions mixtes annuelles avec les pays partenaires ; et le respect des droits et garanties, qui fonde la légitimité de la coopération. Il en a tiré une proposition concrète : créer une base de données commune des points de contact judiciaires entre États, afin d'adresser les demandes d'entraide de manière directe et rapide. Il a aussi invité les États expérimentés dans les techniques spéciales d'enquête à partager leur savoir-faire, rappelant que le Maroc accueillait désormais des formations régionales consacrées à la lutte contre la criminalité organisée.
Le Congrès refermé, trois chantiers s'ouvrent pour Rabat. L'engagement national pris au titre de Pledge4Justice, cité par le rapport du Congrès, fixe le cap de la ratification et de l'harmonisation législative. La donnée au service de la décision passe par l'alignement des statistiques pénales sur les normes internationales et par le réseau d'observatoires africains, d'autant que les États sont invités à appuyer sur des données les progrès qu'ils présenteront en 2031. La coopération opérationnelle, enfin, se jouera dans la base de données des points de contact et dans l'opérationnalisation de CONNECT au Sahel. Trois chantiers, une même ligne, résumée à la tribune par la délégation : de la justice naît la confiance, de la confiance naît la coopération, et de la coopération se renforce la capacité collective à faire face au crime.