est lancée. À l'approche du scrutin du 23 septembre 2026, les formations politiques marocaines fourbissent leurs armes programmatiques.
... chacun affine sa stratégie, identifie ses axes prioritaires et tente de se positionner comme le mieux armé pour répondre aux attentes des électeurs. Dans cette compétition où les lignes de départ se dessinent déjà, le
a choisi d'agir avec méthode : construire son programme non pas dans les bureaux de sa direction, mais à partir du terrain, en allant chercher l'expertise là où elle se trouve, dans les salles de classe, les blocs opératoires et chez les experts...
Une méthode qui rompt avec 2021
Le choix n'est pas anodin. Lors des élections de 2021, le PAM sortait d'un conflit interne sous la direction de
Abdellatif Ouahbi et abordait le scrutin sans préparation optimale. «Ce qui ne nous a pas empêchés d'obtenir d'excellents résultats, preuve de notre force», nous expliquait dans un récent entretien
Samir Goudar, membre du bureau politique et responsable de l'organisation. Mais la direction actuelle, coordonnée par
Fatima Ezzahra El Mansouri, a tiré les leçons de cette séquence. «Une commission électorale travaille depuis plusieurs mois. Elle prépare les textes, identifie les candidats potentiels et soumet ses propositions à la direction qui tranche», précise M. Goudar.
Le dispositif repose sur deux piliers. D'un côté, la commission électorale présidée par Mme El Mansouri, qui opère selon ce que M. Goudar qualifie de «méthodologie précise» sous la supervision des organes statutaires du parti, avec un objectif assumé : «la première place aux prochaines échéances». De l'autre, l'Académie du parti, dirigée par Ahmed Akhchichine, ancien ministre de l'Enseignement supérieur et actuel membre du bureau de la deuxième Chambre, à qui revient la charge de la réflexion programmatique. C'est cette Académie qui orchestre le cycle de consultations sectorielles, dont la rencontre du 14 mars avec les professionnels de la santé constitue le deuxième volet.
300 blouses blanches pour un diagnostic partagé
Samedi à Rabat, la salle réunissait médecins, infirmiers, pharmaciens et enseignants universitaires en sciences de la santé, venus des douze régions du Royaume. Plus de 300 participants, selon les organisateurs, aux côtés des membres de la direction collégiale (Fatima Ezzahra El Mansouri et Mohamed Mehdi Bensaïd) et du président de l'Académie. L'objet de la rencontre tenait en une question que Mme El Mansouri a posée sans détour : «Qu'est-ce qui fait que nous ayons mis les moyens, nous ayons apporté la vision et que l'impact n'est pas encore ressenti sur la population ?» La coordinatrice du PAM n'a pas esquivé le constat. La réforme du système de santé, initiée par S.M. le Roi, est «très ambitieuse», a-t-elle reconnu. Le gouvernement – dont le PAM fait partie – en a assuré la mise en œuvre. Mais «le citoyen n'a pas encore senti les résultats de cette de cette réforme tant attendue dans sa vie quotidienne». Le diagnostic est posé avec une franchise inhabituelle pour un parti de la majorité.
Les échanges ont porté sur la réalité de l'offre sanitaire, les contraintes opérationnelles auxquelles se heurtent les praticiens et les pistes de réforme à intégrer dans le futur programme. S'agit-il d'un problème de moyens ? De gouvernance ? De ressources humaines ? «C'est autour de toutes ces questions qu'on lance les discussions», a admis Mme El Mansouri, laissant aux professionnels présents le soin d'alimenter le débat à partir de leur vécu quotidien dans les hôpitaux et les structures de soins.
Le capital humain comme fil rouge programmatique
La rencontre du 14 mars n'était pas un exercice isolé. Une semaine plus tôt, le 7 mars, l'Académie avait réuni experts et enseignants autour du rôle du capital humain dans le développement du Maroc, en articulant la réflexion autour de trois axes : la formation, la recherche scientifique et l'innovation. Le lien entre les deux rendez-vous dessine la colonne vertébrale du programme en gestation : un parti qui entend placer les politiques publiques de santé et d'éducation au cœur de son offre électorale, «non pas comme des slogans, mais comme des chantiers nourris par l'expertise sectorielle».
«Le programme électoral est confié à l'Académie du parti, composée de cadres et d'experts. Le document sera finalisé au cours du mois d’avril», nous avait confirmé Samir Goudar dans un entretien accordé au journal «Le Matin». L'échéance est serrée, mais le responsable de l'organisation se veut rassurant sur la qualité des profils mobilisés : «Nous allons surprendre : des jeunes, des femmes, des profils académiques de haut niveau, des compétences capables d'honorer le parti et le pays».
L'appel à l'engagement des élites
Au-delà de la fabrication du programme, la rencontre de samedi portait un message politique plus large. Mme El Mansouri a consacré une partie substantielle de son intervention à un plaidoyer en faveur de l'engagement des corps professionnels dans la vie politique. «Les Marocains veulent des partis politiques forts. Nous ne pouvons pas leur offrir de partis politiques forts si les élites restent en dehors du champ politique», a-t-elle lancé à l'adresse des 300 professionnels de la santé présents.
Le propos dépasse la simple captation électorale. La coordinatrice du PAM a insisté sur la nécessité de redonner du sens à l'action politique, qu'elle estime «galvaudée» ces dernières années. «S'il est un seul sens à la politique, c'est bien celui de servir. Qui d'autre que le corps médical connaît et connaît bien ce terme, servir ?» La mise en parallèle entre le serment médical et l'engagement partisan constituait le fil rhétorique de son discours, culminant dans un appel direct : convaincre l'entourage de s'inscrire sur les listes électorales et d'aller voter, indépendamment du choix partisan. Le corps infirmier, «à majorité féminin» dans sa représentation lors de cette rencontre, a fait l'objet d'une mention appuyée de la part de Mme El Mansouri, qui y a vu la confirmation d'une dynamique de féminisation de l'engagement au sein des professions de santé.
Un parti de la majorité qui assume et qui ambitionne
La posture du PAM dans cette séquence pré-électorale est celle d'un parti qui assume pleinement son appartenance à la majorité gouvernementale tout en revendiquant le droit d'inventaire sur les résultats obtenus. Mme El Mansouri a salué «la réussite de l'expérience de la majorité gouvernementale actuelle» et réaffirmé que le PAM était «un parti de convictions et de constance dans ses positions, qui ne transigera pas sur ses principes».
Mais l'ambition affichée va au-delà du bilan. Lors du dernier conseil national du parti, M. Goudar avait précisé que la commission électorale travaillait «dans le cadre d'une vision claire visant à se hisser en tête des résultats des prochaines échéances et à garantir une présence forte et influente du parti dans les différentes institutions élues». La formule est limpide : le PAM, deuxième force politique du pays depuis 2021 par la confiance des électeurs, entend cette fois décrocher la première place. «Si les électeurs nous ont accordé la deuxième place lors des dernières élections, nous sommes convaincus qu'ils nous placeront en tête lors du prochain scrutin», avait déclaré Mme El Mansouri devant le conseil national. La série de consultations sectorielles se poursuivra dans les semaines à venir avec d'autres corporations professionnelles. Le rendez-vous d'avril, date annoncée pour la finalisation du programme, dira si cette méthode participative a produit un document à la hauteur des ambitions affichées.