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Les infirmiers dénoncent des «barrières» à l’évolution de leur carrière dans la loi sur l’enseignement supérieur

Le Syndicat indépendant des infirmiers et techniciens de santé monte au créneau contre la loi n°59.24 relative à l’enseignement supérieur et à la recherche scientifique. Dans une lettre ouverte adressée au ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de l’innovation, l’organisation syndicale dénonce l’instauration de frais et de conditions qu’elle juge contraignantes pour la poursuite des études universitaires. Elle estime que ces dispositions pénalisent particulièrement les fonctionnaires et, parmi eux, les professionnels de santé désireux d’accéder au master ou au doctorat.

03 Septembre 2026 À 17:00

La réforme de l’enseignement supérieur continue de susciter des réactions dans les rangs des fonctionnaires. Cette fois, ce sont les infirmiers et techniciens de santé qui expriment leur opposition aux dispositions de la loi n°59.24, auxquelles ils reprochent de restreindre l’accès des professionnels en activité à la formation universitaire. Dans une lettre ouverte adressée au ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de l’innovation, le Syndicat indépendant des infirmiers et techniciens de santé dit rejeter catégoriquement ce qu’il considère comme des «reculs» introduits par le nouveau cadre législatif. La loi vise particulièrement l’instauration de frais financiers et de conditions d’accès que le syndicat qualifie de «contraignantes» pour les fonctionnaires souhaitant poursuivre leur cursus. À ses yeux, ces mesures portent atteinte au principe de gratuité de l’enseignement supérieur et risquent de fermer davantage les portes de l’université à des professionnels déjà confrontés à de multiples contraintes dans l’exercice de leur métier.

Entre contraintes professionnelles et ambitions universitaires

Pour le syndicat, la situation des infirmiers et techniciens de santé présente une particularité qui devrait être prise en compte par le législateur. Contrairement aux étudiants à temps plein, ces professionnels doivent concilier leurs études avec des obligations professionnelles et familiales souvent lourdes. Gardes de nuit, horaires contraignants, permanence des soins et pression psychologique rythment, souligne l’organisation, le quotidien d’une partie du personnel soignant. Dans ces conditions, accéder à l’université et poursuivre un master ou un doctorat nécessitent déjà, selon elle, des efforts considérables. Or, au lieu d’alléger ces contraintes, le nouveau dispositif risquerait, estime le syndicat, d’en ajouter de nouvelles en imposant des charges financières et des conditions supplémentaires aux fonctionnaires souhaitant reprendre ou poursuivre leurs études. L’organisation syndicale considère ainsi que les professionnels de santé se retrouvent pris en étau entre, d’un côté, un système de travail qu’elle décrit comme «épuisant» et, de l’autre, un système universitaire dont certaines nouvelles règles compliqueraient leur progression académique.

Des acquis universitaires que le syndicat veut préserver

La contestation porte également sur des acquis que les infirmiers considèrent avoir obtenus de haute lutte. Le syndicat rappelle notamment l’instauration du système licence-master-doctorat (LMD) au sein des instituts de formation ainsi que l’équivalence académique du diplôme d’infirmier avec la licence professionnelle. Ces évolutions avaient ouvert de nouvelles perspectives aux professionnels désireux de poursuivre des études supérieures et de s’engager dans la recherche. Pour l’organisation syndicale, imposer aujourd’hui de nouveaux obstacles à l’accès au master et au doctorat reviendrait à limiter la portée de ces avancées et à freiner les ambitions académiques d’une catégorie professionnelle qui cherche précisément à renforcer ses qualifications. La question dépasse, selon elle, les seuls intérêts individuels des infirmiers. Le développement des compétences scientifiques des professionnels de santé pourrait également contribuer à l’amélioration de la qualité des soins, à la recherche et, plus largement, au renforcement du système sanitaire.

«Un effort double» pour accéder à l’université

Dans sa lettre ouverte, le syndicat insiste particulièrement sur les efforts exigés d’un infirmier ou d’un technicien de santé souhaitant reprendre ses études. Le professionnel en exercice doit, souligne-t-il, fournir un «effort double» pour concilier ses responsabilités auprès des patients, ses obligations familiales et les exigences d’un parcours universitaire. Dans cette perspective, l’organisation estime que les pouvoirs publics devraient, au contraire, faciliter l’accès de ces professionnels à l’enseignement supérieur, notamment à travers des mesures administratives adaptées, des mécanismes d’accompagnement et des dispositifs permettant de dégager du temps pour la formation et la recherche. Elle considère que l’investissement dans la formation académique des personnels de santé ne devrait pas être perçu comme une contrainte pour l’administration, mais comme un levier d’amélioration du système de soins.

Le risque d’un frein à la recherche scientifique

Le Syndicat indépendant des infirmiers et techniciens de santé élargit d’ailleurs son argumentaire aux conséquences que pourraient avoir ces restrictions sur la recherche scientifique. Selon lui, alourdir financièrement la poursuite des études ou multiplier les obstacles administratifs risque de décourager des professionnels pourtant susceptibles de développer des compétences spécialisées utiles au secteur de la santé. La mesure pourrait ainsi, estime-t-il, priver le système sanitaire de profils hautement qualifiés et limiter l’émergence de travaux de recherche directement nourris par l’expérience du terrain. L’organisation établit également un lien entre l’ouverture de l’université aux professionnels en activité et la compétitivité scientifique des établissements marocains. Pour elle, restreindre l’accès à la formation avancée pourrait, à terme, affaiblir la capacité des universités nationales à développer leur potentiel de recherche.

Rejet de toute «marchandisation» de l’enseignement supérieur Au-delà de la situation particulière des infirmiers, le syndicat inscrit sa prise de position dans un débat plus large sur l’avenir de l’université publique. Il réaffirme ainsi son rejet de toute orientation visant, selon ses termes, à «plafonner» ou à «marchandiser» l’enseignement supérieur, ainsi que de l’instauration d’une contrepartie financière pour les fonctionnaires souhaitant poursuivre leurs études. L’organisation réclame, en conséquence, la levée des restrictions administratives et financières qui entravent, selon elle, la poursuite du parcours académique des cadres infirmiers et des techniciens de santé. Elle annonce également son soutien à toutes les initiatives et formes de mobilisation qu’elle qualifie de légitimes pour défendre l’université publique, la gratuité de l’enseignement supérieur et le droit des professionnels de santé à développer leurs connaissances et leurs qualifications.

Formation des soignants: un enjeu qui dépasse la question des frais

À travers cette lettre ouverte, le débat sur la loi n°59.24 dépasse donc la seule question du coût de la poursuite des études pour les fonctionnaires. Pour les infirmiers et techniciens de santé, c’est aussi la possibilité de construire des passerelles durables entre l’expérience professionnelle, la formation universitaire et la recherche qui est en jeu. Le syndicat demande ainsi aux pouvoirs publics de lever les obstacles à la poursuite des études plutôt que d’en ajouter de nouveaux, considérant que l’élévation du niveau scientifique des soignants constitue, au-delà de leur progression individuelle, un investissement dans la qualité du système national de santé.

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