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L'État engage la territorialisation du soutien social

Avec l’ouverture de sa première représentation territoriale à El Jadida, l’Agence nationale du soutien social amorce une nouvelle étape dans la mise en œuvre du programme des aides sociales directes. Au-delà du transfert financier, l’enjeu est désormais celui d’un accompagnement de proximité, pensé pour garantir un impact social tangible et durable.

25 Février 2026 À 16:24

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La réforme du soutien social franchit une nouvelle étape. Après la mise en place du programme des aides sociales directes, l’enjeu n’est plus seulement celui de la gestion d’un mécanisme financier, mais celui de son impact réel sur les trajectoires de vie des ménages. À travers l’Agence nationale du soutien social (ANSS), l’État opère un déplacement stratégique : de la centralisation administrative vers une territorialisation assumée de l’action sociale. Cette évolution s’inscrit dans le cadre des Hautes Orientations Royales appelant à un impact social tangible et durable. Elle traduit une conviction croissante : l’efficacité d’un programme social ne se mesure pas uniquement à l’ampleur des transferts opérés, mais à sa capacité à transformer concrètement les conditions de vie, en tenant compte des réalités locales.

La proximité comme levier structurant

Au cœur de cette nouvelle étape se trouve un principe structurant : la proximité. L’ANSS ne l’envisage pas comme une simple réorganisation administrative, mais comme une redéfinition de la relation entre l’institution et les bénéficiaires. Le déploiement progressif de représentations territoriales vise ainsi à ancrer l’intervention publique dans les spécificités sociales et économiques des provinces et régions. Cette approche permet de dépasser les limites d’une gestion exclusivement centralisée ou digitalisée, en maintenant un lien direct avec les ménages concernés.



Quatre objectifs structurent cette orientation. D’abord, humaniser le soutien social en combinant outils numériques et présence physique, afin de garantir l’accès à l’information et l’accompagnement personnalisé. Ensuite, réduire les disparités territoriales en rapprochant les services des populations, notamment dans les zones vulnérables ou enclavées. Troisièmement, renforcer la prévention grâce à une connaissance plus fine des situations sociales, permettant d’anticiper les risques de paupérisation. Enfin, favoriser la mobilité sociale durable en articulant le programme des aides directes avec d’autres dispositifs publics d’inclusion socio-économique. La logique n’est plus uniquement distributive, elle devient progressivement transformatrice.

Un cadre juridique consolidé

Cette territorialisation ne relève pas d’une initiative ponctuelle. Elle s’appuie sur un socle juridique structurant. La loi n°59.23 prévoit explicitement la mise en place de représentations territoriales de l’Agence. Elle s’inscrit également dans l’esprit de la loi n°54.19 portant Charte des services publics, qui consacre l’équité territoriale, la justice spatiale et le rapprochement de l’administration des usagers. Par ailleurs, plusieurs institutions constitutionnelles ont souligné la nécessité d’accompagner les citoyens confrontés aux difficultés liées aux procédures numériques. La présence physique de structures dédiées répond à cet impératif, tout en garantissant le respect de la vie privée et la protection des données à caractère personnel.

El Jadida, première déclinaison opérationnelle

L’ouverture de la représentation territoriale d’El Jadida marque la première traduction concrète de cette stratégie. Présentée comme structure pilote, elle vise à rapprocher les services de l’ANSS des familles bénéficiaires et à assurer une meilleure équité d’accès au programme des aides sociales directes. Ses missions couvrent plusieurs volets : information et orientation des usagers, accompagnement dans la compréhension des critères d’éligibilité, appui dans le dépôt et le suivi des réclamations, ainsi que gestion territoriale des dossiers. L’action repose sur une coordination étroite avec les autorités locales et les services déconcentrés, afin de favoriser l’inclusion socio-économique des ménages. Au-delà de son rôle administratif, cette représentation incarne un changement de méthode : passer d’une logique centralisée à une présence institutionnelle inscrite dans les dynamiques territoriales.

Une phase pilote avant la généralisation

La structure d’El Jadida s’inscrit dans une phase expérimentale appelée à être étendue progressivement à l’ensemble des régions du Royaume. L’objectif est d’évaluer les modalités de fonctionnement, d’identifier les ajustements nécessaires et de mesurer l’impact concret sur les bénéficiaires. À travers cette démarche, se dessine une orientation plus large de l’action publique : faire de la territorialisation un levier d’efficacité, de justice sociale et de cohésion nationale. Le soutien social n’est plus seulement un dispositif budgétaire ; il devient un outil d’accompagnement durable, inscrit dans les réalités humaines et territoriales.
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