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Meriem Rmili : la transition au sein du RNI s’inscrit dans la continuité

Le congrès extraordinaire du Rassemblement national des indépendants (RNI), tenu début février à El Jadida, ouvre une nouvelle séquence pour le parti à quelques mois des échéances électorales de 2026. Transmission partisane ou transition politique ? C’est autour de cette interrogation que s’est articulé le débat de l’émission «L’Info en Face», diffusée le 16 février sur «Matin TV». Invitée du programme, Meriem Rmili, députée et membre du bureau politique du RNI, a inscrit ce passage dans la continuité institutionnelle du parti, rappelant le respect des règles statutaires et la volonté de préserver ses équilibres internes. En parallèle, elle a également clarifié la distinction entre direction partisane et responsabilité gouvernementale, tout en défendant un bilan présenté comme une trajectoire en cours. À l’approche des échéances de 2026, son propos s’est structuré autour de trois axes : consolider l’État social, poursuivre les réformes engagées dans un contexte marqué par des chocs successifs et assumer une ambition électorale sans en anticiper prématurément l’issue.

24 Février 2026 À 15:54

À mesure que se rapproche l’échéance des élections générales prévues à l’automne 2026, le paysage politique entre progressivement dans une phase de recomposition et d’ajustement stratégique. Le congrès extraordinaire du Rassemblement national des indépendants, tenu le 7 février à El Jadida, s’inscrit dans ce moment charnière. Invitée de l’émission «L’Info en Face», Meriem Rmili, députée et membre du bureau politique du RNI, est revenue sur les ressorts de cette transition interne, tout en replaçant l’échange dans une perspective plus large : celle d’un bilan gouvernemental encore en mouvement et de défis économiques et sociaux qui continuent de structurer l’agenda public.

Une transition interne sous le signe de la continuité

Sur la question du changement intervenu à la tête du parti, Meriem Rmili insiste sur le respect des règles statutaires. De prime abord, elle évoque une transition qui s’inscrit, selon elle, dans la continuité du fonctionnement interne du RNI, notamment à travers la limitation des mandats. «Ce qui aurait été anormal, c’est de contourner les règles statutaires», souligne-t-elle, écartant l’idée d’une rupture. Dans le prolongement de sa lecture, la députée revient également sur le déroulement du congrès extraordinaire, organisé dans les délais légaux et ayant réuni près de 2.500 congressistes venus de différentes régions, malgré des conditions météorologiques difficiles. Urnes transparentes, isoloirs et procédures formalisées sont autant d’éléments qu’elle met en avant pour illustrer un processus qu’elle présente comme pleinement conforme aux exigences démocratiques du parti.

Un consensus autour d’un candidat unique

Interrogée sur la désignation d’un candidat unique à la présidence du parti, Meriem Rmili évoque des échanges internes qui ont progressivement abouti à un accord partagé. Elle reconnaît que les discussions ont parfois été franches, «c’est le propre de la politique», glisse-t-elle, insistant sur une priorité commune : préserver la cohésion du parti dans une phase qu’elle décrit comme délicate mais nécessaire. Qu’il s’agisse de soutenir le candidat proposé, de s’abstenir ou d’exprimer un vote blanc, l’invitée de Rachid Hallaouy rappelle que les congressistes demeuraient pleinement libres dans leur vote. «Le consensus ne retire rien à la démocratie», affirme-t-elle, estimant que l’exercice démocratique ne se mesure pas uniquement au nombre de candidatures, mais aussi à la manière dont se construit l’adhésion collective, présentant ce choix moins comme l’absence de concurrence que comme l’aboutissement d’un processus interne destiné à éviter les fractures et à préserver l’unité à l’approche d’échéances déterminantes.

Une transition sans rupture

Sur la place d'Aziz Akhannouch dans la nouvelle configuration, Meriem Rmili écarte toute lecture d’un retrait politique. À ses yeux, la transition engagée concerne exclusivement la direction partisane et ne modifie en rien l’équilibre institutionnel en place. Le Chef du gouvernement demeure à son poste jusqu’au terme de la mandature, tout en conservant sa qualité de membre du bureau politique du RNI. Elle insiste, au passage, sur la distinction entre responsabilités partisanes et exercice du pouvoir exécutif, rappelant que «le bilan sera assumé jusqu’au bout». Autrement dit, précise-t-elle, le changement intervenu au sein du parti ne saurait être interprété comme une prise de distance vis-à-vis de l’action gouvernementale, mais plutôt comme une réorganisation interne pensée pour préparer la suite sans créer de rupture.

Cohésion de la majorité

Sur les rapports entre les partis de la coalition, Meriem Rmili tient à rappeler que «la pierre angulaire reste le programme gouvernemental». C’est, selon elle, ce socle commun qui continue de structurer l’action de la majorité. Si chaque formation multiplie aujourd’hui ses prises de parole et ses initiatives, elle y voit «quelque chose de totalement normal» à l’approche des échéances électorales, sans que cela ne remette en cause la solidarité de fond. Elle insiste d’ailleurs sur le maintien du cap, évoquant la nécessité «d’accélérer l’ensemble des réformes» engagées. Le bilan, précise-t-elle, sera assumé collectivement : «Nous l’assumons jusqu’au bout.» Autrement dit, les dynamiques partisanes ne sauraient, à ses yeux, se substituer à la responsabilité gouvernementale partagée.

L’État social en ligne de force

À plusieurs reprises, Meriem Rmili revient sur ce qu’elle présente comme le fil conducteur du mandat : la construction progressive de l’État social. Elle évoque notamment les aides sociales directes, la généralisation de l’Assurance maladie obligatoire, la réorganisation du système de santé, le développement des hôpitaux de proximité et des CHU, ainsi que les programmes éducatifs, dont les Écoles pionnières. «La trajectoire est lancée. Ce n’est pas du bricolage», affirme-t-elle, insistant sur l’idée d’un chantier structuré, pensé sur le temps long plutôt que sur des mesures ponctuelles. Face aux critiques accusant le RNI de s’approprier ce chantier, elle rappelle que ces réformes s’inscrivent d’abord dans une Vision Royale, le rôle du gouvernement étant, selon elle, d’en assurer la mise en œuvre et le déploiement opérationnel. Pour autant, la députée reconnaît que certains dossiers, notamment la réforme des retraites ou celle du Code du travail, exigent des arbitrages complexes et ne sauraient être finalisés dans l’immédiat. «Pour faire les choses correctement, il faut parfois prendre le temps nécessaire», souligne-t-elle, assumant une temporalité politique qui ne coïncide pas toujours avec l’urgence du débat public.

Économie et défis sociaux

Abordant la situation économique, Meriem Rmili met en avant des indicateurs qu’elle juge encourageants, évoquant une croissance proche de 4,9%, une maîtrise du déficit budgétaire et une progression des recettes fiscales qu’elle attribue aux réformes engagées. Toutefois, elle reconnaît les réserves exprimées par le Fonds monétaire international (FMI), notamment sur la nécessité d’investir davantage dans le capital humain. «Ce ne sont pas les institutions internationales qui votent, mais les citoyens», tranche-t-elle, replaçant ainsi le débat dans le registre de la légitimité démocratique. Dans le même mouvement, elle revient sur la question de la Caisse de compensation, précisant que ses variations budgétaires dépendent avant tout des fluctuations des prix internationaux. Selon elle, l’ajustement opéré, notamment concernant le gaz butane, illustre la capacité du gouvernement à adapter ses décisions aux évolutions conjoncturelles, sans s’enfermer dans une trajectoire rigide.

La question de l’emploi s’imposera ensuite comme un point central de l’échange. La députée insiste sur les destructions d’emplois agricoles liées à la sécheresse, tout en défendant les politiques d’investissement engagées, notamment la nouvelle Charte de l’investissement et la feuille de route dédiée à l’emploi. «Le meilleur programme social, c’est l’emploi», affirme-t-elle, estimant que les effets de ces dispositifs s’inscrivent nécessairement dans le temps long et ne coïncident pas toujours avec le rythme du calendrier politique. Enfin, elle élargit son propos en évoquant les préoccupations liées à la classe moyenne et au pouvoir d’achat, soulignant à la fois le filet social mis en place et les mesures destinées à contenir l’inflation. À ses yeux, ces dispositifs traduisent une tentative d’équilibre entre réponses immédiates aux tensions sociales et construction progressive d’un modèle économique plus inclusif.

Cap sur 2026

À l’évocation des prochaines échéances électorales, sans détour, Meriem Rmili assume l’ambition affichée par son parti : «Nous avons l’ambition d’arriver premiers», met-elle en avant, estimant que le RNI dispose encore des ressorts nécessaires pour viser un résultat comparable à celui de 2021. Néanmoins, elle reconnaît que les équilibres électoraux pourraient évoluer selon la configuration du scrutin et le niveau de mobilisation. Sans se prêter aux projections personnelles, Meriem Rmili se montre plus mesurée lorsqu’il s’agit d’évoquer l’identité du futur Chef du gouvernement en cas de victoire. Renvoyant aux dispositions constitutionnelles, elle refuse toute anticipation hâtive. «Tout est possible», glisse-t-elle simplement, laissant ouverte la perspective sans en figer les contours.
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