Mondial 2026 : comment l'IA et les fake news ont ciblé l'image du Maroc
L'épopée des Lions de l'Atlas n'a pas seulement suscité un engouement sportif. Elle a aussi déclenché une intense bataille numérique marquée par la prolifération de contenus générés par intelligence artificielle, de fausses informations et de campagnes de dénigrement. C'est ce que révèle un rapport de l'Observatoire marocain de la vigilance médiatique et numérique, qui appelle à renforcer les dispositifs de veille et de lutte contre la désinformation.
LE MATIN
17 Juillet 2026
À 09:00
Le parcours du Maroc lors de la Coupe du monde 2026 s'est joué sur les terrains, mais aussi sur les réseaux sociaux. Alors que les performances des Lions de l'Atlas suscitaient un fort engouement à l'échelle internationale, une autre compétition se déroulait en parallèle sur Facebook, X, Instagram et TikTok, où se mêlaient messages de soutien, campagnes de dénigrement, contenus manipulés et débats identitaires.
C'est le constat dressé par l'Observatoire marocain de la vigilance médiatique et numérique, qui publie un rapport consacré au comportement médiatique et numérique ayant accompagné la participation du Maroc au Mondial. L'étude repose sur l'analyse qualitative de plus de 500 publications et interactions diffusées entre le 1er juin et le 13 juillet 2026, couvrant les principales plateformes sociales. Selon les auteurs, les échanges ont très vite dépassé le cadre sportif. Le parcours des Lions de l'Atlas est devenu un sujet de réputation numérique, où l'image du Royaume, son influence régionale et son rayonnement international ont fait l'objet de récits concurrents, parfois alimentés par des campagnes de désinformation.
Une visibilité mondiale... et une exposition accrue
Le rapport souligne que la Coupe du monde a renforcé la visibilité internationale du Maroc. Les performances de la sélection nationale ont suscité une forte mobilisation patriotique et de nombreux messages de soutien, notamment en Afrique et dans le monde arabe. Le football est ainsi apparu comme un puissant levier de rayonnement et de « soft power », contribuant à renforcer l'image du Royaume sur la scène internationale.
Mais cette visibilité s'est accompagnée d'une exposition accrue aux campagnes hostiles. Les auteurs estiment que les grandes compétitions sportives sont désormais devenues des espaces où se jouent également des enjeux de réputation numérique, d'influence et de souveraineté informationnelle.
L'IA, nouveau moteur de la désinformation
L'une des principales conclusions de l'étude concerne le rôle grandissant de l'intelligence artificielle dans la diffusion de contenus trompeurs. Images générées artificiellement, vidéos manipulées, faux montages ou encore publications sorties de leur contexte ont circulé à grande échelle pendant la compétition. Selon l'Observatoire, ces contenus ont contribué à brouiller la frontière entre le vrai et le faux, tout en accélérant la propagation de rumeurs visant parfois à ternir l'image du Maroc et de sa sélection nationale.
Le rapport met également en garde contre le fonctionnement des algorithmes des plateformes, qui privilégient souvent les contenus suscitant de fortes réactions émotionnelles. Les publications polémiques ou provocatrices bénéficient ainsi d'une visibilité importante, parfois bien avant que leur véracité ne puisse être vérifiée.
Du terrain sportif aux tensions identitaires
Autre constat : plusieurs discussions ont progressivement quitté le terrain du football pour alimenter des rivalités identitaires et politiques. Le rapport relève notamment des échanges particulièrement polarisés entre certains comptes marocains, algériens et égyptiens. Dans plusieurs cas, les réseaux sociaux sont devenus le prolongement de tensions déjà existantes, la compétition sportive servant de support à des affrontements symboliques autour de l'identité, de l'influence régionale ou encore de la réputation des États.
Les auteurs invitent toutefois à relativiser ces phénomènes. Ils rappellent que les contenus les plus visibles ne reflètent pas nécessairement l'opinion des peuples. Quelques comptes très actifs ou des campagnes coordonnées peuvent donner l'impression d'un consensus ou d'une mobilisation générale, alors qu'ils ne représentent qu'une fraction limitée des utilisateurs.
Douze recommandations pour mieux protéger l'image du Maroc
Au-delà du diagnostic, l'Observatoire formule douze recommandations destinées à renforcer la résilience du Royaume face aux campagnes de désinformation. Le rapport préconise notamment la création d'une plateforme nationale permanente de veille médiatique et numérique, capable de détecter rapidement les campagnes hostiles et les contenus trompeurs. Il recommande également la mise en place d'un système d'alerte précoce, le renforcement de la diplomatie numérique marocaine, le développement d'outils de vérification des contenus générés par intelligence artificielle, ainsi que le soutien à une production de contenus professionnels, multilingues et de qualité.
L'étude insiste également sur la nécessité de développer l'éducation aux médias et la culture numérique, afin d'encourager les citoyens à vérifier les informations avant de les partager et de limiter l'impact des campagnes de manipulation.
Pour l'Observatoire, la Coupe du monde 2026 illustre une évolution majeure : les grandes compétitions internationales ne sont plus seulement des événements sportifs. Elles sont devenues des espaces où se joue aussi la réputation des États, dans un environnement numérique où l'intelligence artificielle, les réseaux sociaux et les campagnes de désinformation redéfinissent les rapports d'influence.