Cent quinze mille places. Le chiffre, vertigineux, a été balancé dans la salle des conférences du
comme une promesse et un défi. Le Grand Stade Hassan II de Casablanca, actuellement en construction, deviendra la plus grande structure du genre au monde.
«Les travaux de terrassement ont été réalisés par une entreprise marocaine, et les travaux d'infrastructure sont confiés à un groupement d'entreprises marocaines», a précisé
, président de la Fédération nationale du bâtiment et des travaux publics. Ce mastodonte constitue la pièce maîtresse d'un dispositif que le Maroc déploie pour accueillir sa part du Mondial 2030, aux côtés de l'Espagne et du Portugal.
Six stades, un pari national
Le président de la FNBTP a dressé l'inventaire des infrastructures sportives. Six stades répondant aux normes FIFA seront mis à disposition par le Royaume. Deux d'entre eux sont déjà opérationnels : le Complexe Moulay Abdellah de Rabat et le Grand Stade de Tanger, qui ont accueilli avec succès les matchs de la CAN 2025. Mohammed Mahboub a tenu à souligner l'ampleur des travaux accomplis. «Le Complexe Moulay Abdellah a été entièrement démoli puis reconstruit, afin d'atteindre une capacité de 68.000 places. De même, le Grand Stade de Tanger a été mis à niveau pour atteindre environ 75.000 places». Ces chantiers, menés dans des délais record, ont mobilisé l'ensemble des corps d'état du BTP marocain, du terrassement aux aménagements extérieurs.
Les complexes de Marrakech, Agadir et Fès feront quant à eux l'objet de mises à niveau pour répondre pleinement aux standards de la FIFA. La FNBTP, qui représente plus de 2.000 adhérents directs et 6.000 indirects couvrant tous les métiers de la construction, affirme disposer des capacités nécessaires pour mener à bien ces travaux.
La révolution de la mobilité
Au-delà des enceintes sportives, c'est toute la carte de la mobilité marocaine qui se redessine. La ligne à grande vitesse Kénitra-Marrakech, d'un linéaire de 430 kilomètres, viendra bouleverser les temps de trajet. Mohammed Mahboub a souligné : «Marrakech-Tanger en 2 h 40, Marrakech-Casablanca en 55 minutes, Marrakech-Rabat en 1 h 40». Sur ce projet ferroviaire d'envergure, la répartition des marchés illustre la logique de complémentarité prônée par les organisateurs : environ 50% des contrats ont été attribués à des entreprises marocaines et 50% à des entreprises étrangères. Deux nouvelles lignes de Réseau express régional sont également prévues à Casablanca, Rabat et Marrakech, accompagnées de la construction de nouvelles gares.
Le réseau autoroutier connaîtra une extension spectaculaire. «Le réseau national passera de 1. 850 km à environ 3.000 km à l'horizon 2030», a annoncé le président de la FNBTP. Parmi les projets structurants : l'autoroute continentale Safi, l'autoroute Guercif-Nador, la nouvelle liaison Casablanca-Berrechid-Béni Mellal, ainsi que les accès permettant de fluidifier l'entrée vers le Grand Stade de Casablanca. Sur ce terrain, les entreprises marocaines – ayant réalisé l'essentiel du réseau existant – évoluent en territoire connu. Les aéroports ne sont pas en reste. Un troisième terminal sera construit à l'aéroport Mohammed V de Casablanca, tandis que les terminaux existants bénéficieront d'extensions et de mises à niveau. Ces travaux sont confiés à des groupements d'entreprises marocaines.
L'expertise La Liga : transformer les stades en actifs rentables
José María Cervantes, directeur infrastructures de LaLiga, a apporté un éclairage différent, celui de l'exploitant. «La plus grande valeur ajoutée de cette Coupe du monde réside précisément dans la complémentarité entre nos trois pays», a-t-il observé d'emblée. Son organisation gère 42 stades professionnels en Espagne et a organisé, lors de la dernière saison, plus de 1.000 événements accueillant 18 millions de spectateurs. Cette expérience de trois décennies – depuis un décret royal de 1993, LaLiga a l'obligation d'implanter et d'exploiter l'ensemble des systèmes de sécurité des stades – nourrit une conviction : un stade ne doit jamais être pensé uniquement pour une compétition ponctuelle.
M. Cervantes a illustré son propos par trois exemples concrets. Le stade d'El Sadar, d'une capacité de 25.000 places, a nécessité un investissement inférieur à 25 millions d'euros. Réalisé en pleine pandémie, il a été élu meilleur stade du monde en 2023 et amorti en seulement deux ans. San Mamés, construit pour 160 millions d'euros, est considéré par LaLiga comme «le modèle du stade moderne». Quant au Metropolitano de Madrid, son coût de 310 millions d'euros a été amorti en sept ans, grâce notamment aux 250 événements extra-sportifs qu'il accueille chaque saison. «Le stade doit devenir une référence pour la ville et pour le pays, rester opérationnel en permanence et constituer une source continue de revenus», a martelé le responsable espagnol.
Sécurité et spectacle pour cinq milliards de téléspectateurs
Sur le plan opérationnel, LaLiga propose une homogénéisation des systèmes de sécurité. Les 42 stades professionnels espagnols utilisent les mêmes dispositifs, quelle que soit leur taille : contrôle d'accès, vidéosurveillance, sonorisation pour évacuation rapide, plans d'autoprotection. Face aux nouvelles menaces, des systèmes anti-drones ont été intégrés. Un principe cardinal guide les choix techniques : la redondance. «Nous partons du principe que les systèmes peuvent tomber en panne, et nous devons l'anticiper», a expliqué M. Cervantes. La Liga garantit une autonomie de fonctionnement d'au moins deux heures pour les systèmes critiques.
La production audiovisuelle constitue l'autre pilier. «L'éclairage est conçu non pas pour le public présent, mais pour les près de 5 milliards de téléspectateurs à travers le monde», a précisé le directeur infrastructures. Un stade est un théâtre : aucune zone d'ombre ne doit subsister, les couleurs et les marques doivent être parfaitement restituées. Statistiques en temps réel, VAR, caméras aériennes : l'arsenal technologique est mobilisé pour offrir une expérience optimale aux téléspectateurs du monde entier.
Le regard portugais : un catalyseur de transformation
José Maria Teixeira, président de la Chambre de commerce, d'industrie et de services du Portugal au Maroc, a replacé ces chantiers dans une perspective plus large. «La Coupe du monde 2030 agit comme un véritable catalyseur. Elle accélère des projets majeurs que le Maroc avait déjà programmés», a-t-il analysé. Le responsable portugais a confié son étonnement face à la méconnaissance persistante du Royaume au Portugal. «J'ai pris l'habitude de présenter un court film sur les grands projets en cours au Maroc, et l'étonnement est systématique. Beaucoup d'acteurs portugais ont encore une image dépassée du pays, alors que le Maroc mène et achève aujourd'hui des projets de classe mondiale». Cette méconnaissance, observe-t-il, existe également dans l'autre sens. Les entreprises marocaines ignorent parfois le potentiel du tissu entrepreneurial portugais, non seulement pour le marché portugais, mais aussi comme porte d'entrée vers l'Europe, l'Afrique et le Brésil.
Des partenariats équilibrés et réciproques
Face à l'appel du pied à peine voilé des responsables ibériques, Mohammed Mahboub a évoqué le cadre réglementaire marocain : le décret sur la passation des marchés prévoit une préférence nationale lorsque l'entreprise marocaine représente au moins 30% du groupement. «Cette disposition favorise les partenariats équilibrés et mutuellement bénéfiques», a-t-il souligné. Le président de la FNBTP a toutefois insisté sur la réciprocité attendue. «Ce que nous souhaitons aujourd'hui, c'est renforcer davantage les partenariats avec l'Espagne et le Portugal, dans une logique de coopération réciproque, permettant également aux entreprises marocaines d'accéder aux marchés espagnols et portugais.»
José Maria Teixeira a abondé dans ce sens, plaidant pour une approche fondée sur le partenariat plutôt que sur la logique transactionnelle. «Il ne s'agit pas simplement de vendre ou d'exporter, mais de construire des alliances entre entreprises portugaises et marocaines». Ces alliances, selon lui, permettraient aux entreprises marocaines de bénéficier de l'expérience portugaise et d'accéder à d'autres marchés, notamment en Afrique francophone.
Les trois intervenants ont conclu sur une ambition commune, formulée presque dans les mêmes termes : faire de la Coupe du monde 2030 «la meilleure jamais organisée». Pour Mohammed Mahboub, cette réussite «doit constituer un modèle de coopération, d'efficacité et de vision partagée». Les entreprises du BTP marocain, assure-t-il, sont «pleinement mobilisées pour être à la hauteur de cette ambition». Reste à transformer ces fondations en héritage durable, bien au-delà du coup de sifflet final.