Nation

Ouverture du capital des pharmacies : la mobilisation des professionnels s’intensifie

La Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc est vent debout contre les recommandations du Conseil de la concurrence, notamment celles portant sur l’ouverture du capital des officines. Réunis en conseil national extraordinaire, les représentants de la profession annoncent une mobilisation nationale et alertent sur les risques que renferme une telle réforme pour l’indépendance des pharmaciens, l’équilibre du secteur et la sécurité médicamenteuse.

19 Mars 2026 À 15:13

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La Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc annonce l’intensification de sa mobilisation contre les récentes recommandations du Conseil de la concurrence, appelant à un sit-in national devant son siège à Rabat le 9 avril prochain. Cette décision a été prise à l’issue d’un conseil national extraordinaire tenu dans un climat de forte inquiétude au sein de la profession. À travers cette initiative, les pharmaciens entendent exprimer leur rejet catégorique de toute ouverture du capital des officines, qu’ils considèrent comme une menace directe pour l’indépendance de leur métier et pour l’équilibre du système de santé.

Un rejet ferme des recommandations du Conseil de la concurrence

Dans son communiqué publié mercredi, la Confédération a dénoncé un rapport publié le 16 mars par le Conseil de la concurrence, estimant qu’il ne s’agit pas d’une simple analyse technique, mais d’une orientation «dangereuse» vers une libéralisation accrue du secteur. Selon l’organisation, l’ouverture du capital des pharmacies ouvrirait la voie à une «privatisation déguisée» d’un domaine étroitement lié à la santé publique. Elle y voit un risque de transformation du pharmacien en simple exécutant, privé de son autonomie professionnelle et de son pouvoir décisionnel.

Des risques pour l’équilibre du secteur

Au-delà de la question de l’indépendance, les pharmaciens alertent également sur les conséquences économiques et sociales d’une telle réforme. Ils évoquent notamment le risque d’une concentration du secteur entre les mains de grands groupes, susceptible de créer des situations de monopole. La Confédération met également en garde contre la fragilisation des petites et moyennes officines, qui pourraient être confrontées à des difficultés financières, voire à des fermetures, entraînant des pertes d’emplois. Sur le plan territorial, elle estime que cette évolution pourrait accentuer les inégalités d’accès aux médicaments, notamment dans les zones les moins rentables.

Une mobilisation progressive annoncée

Compte tenu de ces enjeux, la Confédération a décidé d’engager un programme de mobilisation «progressive et ouverte». Elle appelle l’ensemble des pharmaciens à se mobiliser massivement lors du sit-in prévu le jeudi 9 avril à partir de 11 heures devant le siège du Conseil de la concurrence à Rabat. L’organisation invite également les médias à couvrir largement cette mobilisation, qu’elle présente comme un moment clé dans la défense de la profession et du système pharmaceutique national.

Un «combat de société», selon les pharmaciens

Au-delà des revendications professionnelles, la Confédération inscrit ainsi son action dans une dimension plus large. Elle considère que le débat dépasse le cadre corporatiste pour toucher à des enjeux de société liés à la place du médicament et à la protection de la santé publique. Il s’agit d’un combat contre «la marchandisation de la santé», souligne le communiqué, mettant en garde contre une logique où le médicament serait soumis aux seules règles du marché. Dans ce contexte, l’organisation appelle à l’unité de l’ensemble des acteurs du secteur, estimant que la défense de l’indépendance du pharmacien constitue une condition essentielle pour garantir la confiance des citoyens dans le système de santé.

Le Conseil de la concurrence pointé du doigt

La Confédération tient enfin le Conseil de la concurrence pour responsable des tensions que pourraient engendrer ces recommandations si elles venaient à être maintenues tout en réaffirmant son opposition à toute réforme allant dans le sens d’une ouverture du capital, et insiste sur la nécessité de préserver un modèle pharmaceutique fondé sur l’indépendance professionnelle et le service au citoyen.
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