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Policy Center : CAN 2025, une répétition générale réussie avant le Mondial 2030

Stades modernisés, records économiques et organisation saluée : la CAN 2025 a marqué un tournant pour le Maroc. Selon une analyse du Policy Center for the New South, le tournoi a surtout consacré la montée en puissance du Royaume comme acteur majeur de la diplomatie sportive, à cinq ans du Mondial 2030.

16 Mars 2026 À 15:45

Dix ans de développement en vingt-quatre mois. La formule, citée par le ministre de l'Industrie et du commerce, Ryad Mezzour, dans une analyse cosignée par Samir Bhattacharya et Abhishek Khajuria pour le Policy Center for the New South, résume à elle seule la portée de ce que le Maroc a accompli en organisant la 35e édition de la Coupe d'Afrique des nations, du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026. Les deux chercheurs, l'un à l'Observer Research Foundation en Inde, l'autre doctorant à l'Université Jawaharlal Nehru, livrent une lecture rigoureuse de l'événement, le replaçant dans le grand jeu mondial de la diplomatie sportive.

Un soft power devenu science exacte

La diplomatie sportive, rappellent les auteurs, peut être définie comme «une approche de politique étrangère qui utilise le sport comme outil pour faire avancer les intérêts nationaux, façonner les perceptions internationales et favoriser l'engagement transfrontalier». Loin d'être une curiosité théorique, elle s'est imposée, dans un ordre mondial fragmenté, comme «l'un des instruments les plus doux du soft power, capable de toucher des publics que la diplomatie traditionnelle ne parvient souvent pas à atteindre». Dans la région MENA, le phénomène a atteint une intensité inédite. Le Qatar, avec le Mondial 2022, a offert un cas d'école, jusqu'au bisht, la cape cérémonielle traditionnelle posée sur les épaules de Messi lors de la remise du trophée, geste qui a démontré, écrivent les chercheurs, «comment le symbolisme culturel enchâssé dans le sport peut résonner bien au-delà du terrain». L'Arabie saoudite, elle, a poussé la logique encore plus loin : acquisition de Newcastle United, investissements tous azimuts dans le tennis, la boxe, la F1, le golf, partenariat d'Aramco avec la FIFA jusqu'en 2027, et Mondial 2034 en ligne de mire. Tout cela dans une volonté délibérée de «rebrander le Royaume et renforcer son positionnement géopolitique».

«Le praticien le plus sophistiqué du continent»

C'est dans ce contexte que le Maroc se distingue. «Au sein de l'Afrique, le Maroc est apparu comme l'un des praticiens les plus sophistiqués de la diplomatie sportive», écrivent sans ambages Bhattacharya et Khajuria. L'AFCON (CAN) 2025 en est la démonstration la plus aboutie. Hôte du tournoi pour la deuxième fois seulement de son histoire, après 1988, le Royaume était sous double pression. Sur le terrain, une sélection conduite par Achraf Hakimi portait le poids de l'attente populaire. Hors du terrain, l'État devait prouver sa maîtrise organisationnelle avant le grand rendez-vous de 2030. Car l'AFCON 2025 était formellement, selon la note, «la répétition générale du grand spectacle de la Coupe du monde 2030», co-organisée avec l'Espagne et le Portugal. La répétition fut convaincante. Pour la première fois dans l'histoire de la compétition, les 24 équipes participantes ont bénéficié d'installations d'entraînement privées et de camps de base en hôtels cinq étoiles. Cinq des six stades retenus pour le Mondial 2030 ont été testés en conditions réelles. Le sixième, le Grand Stade Hassan II, 115.000 places, n'est pas encore livré, mais deviendra à son inauguration le plus grand stade de football du monde.

Des chiffres qui parlent

Les données alignées dans la note sont édifiantes. Sur le plan du jeu, les 121 buts inscrits durant le tournoi constituent un record historique pour la CAN, signe d'un football africain désormais «plus fort que jamais». Sur le plan financier, les recettes de l'édition 2025 ont progressé de près de 90% par rapport aux éditions précédentes, grâce à une valorisation inédite des droits médias et des sponsorings. La CAF a officiellement qualifié l'événement de «plus grand succès commercial de l'histoire du football africain». Les retombées macroéconomiques ne sont pas en reste : croissance nationale à 4,5% en 2025, plus de 100.000 emplois créés, hausse significative de la consommation intérieure. Des chiffres que les auteurs rattachent directement à la dynamique générée par le tournoi et aux investissements en infrastructures qu'il a induits.
La note inscrit ces succès dans une trajectoire footballistique nationale cohérente, dont la demi-finale historique du Mondial 2022 au Qatar a constitué «un tournant majeur» : médaille de bronze aux JO de Paris 2024 pour les U23, titre mondial au Chili en 2025 pour les U20, huitièmes de finale du Mondial féminin 2023. La pyramide est solide, à tous les étages. Cette dynamique sportive s'articule, selon les chercheurs, avec une transformation nationale plus large portée par le nouveau modèle de développement, qui vise à faire du Maroc une économie émergente à l'horizon 2035. La diplomatie sportive n'est pas un épiphénomène : elle en est le catalyseur.
La conclusion de la note du Policy Center for the New South ne laisse guère de place au doute : «Pour le Maroc, l'AFCON 2025 n'était pas seulement un tournoi de football, mais un exercice diplomatique stratégique.» Dans un monde où «l'influence circule de plus en plus par la culture et la perception», le Royaume apparaît bien positionné pour engranger des «dividendes diplomatiques durables». La Coupe du monde 2030 arrive. Le Maroc, lui, est déjà en position.
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