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Préscolaire : les enseignants réclament leur intégration dans la fonction publique

Les enseignants du préscolaire au Maroc remettent leur situation professionnelle au cœur du débat social. Dénonçant la précarité qui continue, selon eux, de caractériser leurs conditions d’emploi ainsi que les disparités inhérentes à la multiplicité des organismes gestionnaires, la Coordination nationale des enseignantes et enseignants du préscolaire appelle à des rassemblements de protestation aux niveaux provincial et régional samedi prochain. Au centre de ses revendications : l’intégration immédiate et sans condition dans la fonction publique et l’unification des salaires, des droits et des indemnités.

18 Septembre 2026 À 15:10

La rentrée scolaire s’accompagne d’une reprise de la contestation dans le secteur du préscolaire. La Coordination nationale des enseignantes et enseignants du préscolaire au Maroc dresse un constat sévère de la situation de ses membres, estimant que le secteur continue d'être marqué par une instabilité professionnelle, matérielle et statutaire. Dans un appel publié mardi, la Coordination attribue cette situation à ce qu’elle qualifie de gestion «aléatoire», à la multiplicité des intervenants et, surtout, au maintien d’un modèle reposant largement sur la gestion associative d’un secteur qu’elle considère pourtant comme «public et stratégique». Selon elle, la poursuite de la délégation de la gestion du préscolaire à différentes associations entretient des disparités entre les personnels, aussi bien en matière de rémunération que de droits, d’obligations et de conditions d’emploi. Des écarts qui, estime-t-elle, finissent par fragiliser la stabilité professionnelle et sociale des éducatrices et éducateurs.

L'intégration dans la fonction publique

Face à cette situation, la Coordination formule une revendication centrale : l’intégration «immédiate, complète et sans condition» de l’ensemble des enseignantes et enseignants du préscolaire dans la fonction publique, sous le régime du statut particulier des fonctionnaires du ministère de l’Éducation nationale. Cette demande s’accompagne d’un appel à une revalorisation des rémunérations et, surtout, à leur harmonisation. La Coordination réclame ainsi l’unification des salaires, des droits et des indemnités afin de mettre fin aux différences de traitement qu’elle impute à la diversité des modes de gestion. Dans la même logique, elle demande la suppression du « système des tranches» ainsi que de toutes les formes de disparité et de discrimination entre les professionnels du secteur. Pour la Coordination, l’enjeu consiste donc à substituer à la multiplicité actuelle des statuts et des intervenants un cadre professionnel unifié placé directement sous la responsabilité de l'État.

Pour un préscolaire public et assumé par l'État

Cette revendication statutaire s'inscrit dans une conception plus large de la place que devrait occuper le préscolaire au sein du système éducatif. La Coordination considère que, parce qu'il constitue une composante fondamentale de l'Éducation nationale, le préscolaire doit être un enseignement public, gratuit, indépendant et neutre. Elle demande, à ce titre, que l'État assume pleinement la responsabilité de sa gestion, de son financement et de son encadrement. L'organisation estime qu'un tel changement permettrait à la fois de renforcer l'égalité des chances et la qualité de l'enseignement et de garantir davantage de stabilité aux personnels qui travaillent auprès des enfants.

Derrière les revendications sociales apparaît ainsi une remise en question plus profonde du modèle de gouvernance du secteur. Ce n'est plus uniquement le niveau des salaires qui est contesté, mais le recours à plusieurs opérateurs associatifs pour assurer la gestion d'un service que la Coordination considère comme relevant directement des missions de l'État.

Le dossier devient «une carte électorale»

Cette contestation prend par ailleurs une résonance particulière à l'approche des échéances législatives. La Coordination prévient que le dossier du préscolaire et les droits de ses personnels ne sauraient constituer «une carte électorale», ni devenir un terrain de surenchères ou de «promesses saisonnières». Le message vise à maintenir les revendications sociales du secteur à distance de la compétition partisane. Pour la Coordination, le dossier est avant tout «social et éducatif» et appelle, à ce titre, une solution qu'elle réclame «définitive et équitable». Elle insiste également sur la nécessité de préserver le préscolaire de toute instrumentalisation partisane ou associative et réaffirme sa demande d'une prise en charge directe par l'État.

À la question du statut et des rémunérations s'ajoute un autre volet revendicatif : celui des libertés syndicales. La Coordination réclame le respect de la liberté syndicale et demande que cessent ce qu'elle qualifie de formes de «pression» et de «représailles» à l'encontre des militantes et militants. Cette revendication élargit encore le champ de la contestation. La Coordination ne réclame donc pas seulement une amélioration matérielle des conditions d'emploi, mais également des garanties concernant l'exercice de l'activité syndicale au sein du secteur.

Une mobilisation qui se veut graduelle

Faute de réponse qu'elle juge satisfaisante, la Coordination a décidé de porter ses revendications dans la rue. Elle appelle l'ensemble des enseignantes et enseignants du préscolaire à s'engager dans un processus de mobilisation dont la première étape prendra la forme de rassemblements de protestation aux niveaux provincial et régional ce samedi 19 septembre. Mais cette journée ne devrait constituer qu'une première étape. La Coordination annonce déjà la préparation d'une action nationale centrale après la formation du prochain gouvernement, dans l'hypothèse où ses revendications ne feraient pas l'objet d'une réponse qu'elle juge «sérieuse et responsable». Le calendrier choisi traduit ainsi la volonté des représentants des enseignants de maintenir la pression au-delà de la séquence électorale et de replacer rapidement le dossier sur la table du prochain Exécutif.

Le modèle du préscolaire en question

À travers cette nouvelle mobilisation, c'est finalement le modèle de gestion du préscolaire qui se retrouve au centre du débat. Derrière les revendications salariales et statutaires, la Coordination pose une question plus structurelle : celle de la place des associations dans la gestion de ce niveau d'enseignement et de la responsabilité que doit directement assumer l'État. En réclamant l'intégration dans la fonction publique, l'harmonisation des rémunérations et la fin de la multiplicité des modes de gestion, les enseignants cherchent ainsi à obtenir une refonte durable de leur cadre professionnel. Les rassemblements annoncés pour ce samedi constitueront un premier test de mobilisation. La suite dépendra notamment de la réponse apportée à ces revendications et de la manière dont le prochain gouvernement choisira d'aborder un dossier que les enseignants du préscolaire entendent soustraire aux promesses conjoncturelles pour l'inscrire dans une réforme durable du secteur.

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