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Réforme de l’université : la proposition du gouvernement jugée insuffisante par le CSEFRS

Oui au désengorgement des grandes universités. Oui à une meilleure répartition territoriale de l'offre universitaire. Mais non à une réforme réduite à un simple exercice de redécoupage. Dans un avis nuancé, le Conseil supérieur de l'éducation estime que la révision de la carte universitaire proposée par le gouvernement répond à une partie des difficultés de l'enseignement supérieur, sans s'attaquer aux causes plus profondes. Il appelle à inscrire cette mesure dans un véritable schéma directeur de transformation de l'université marocaine.

16 Juin 2026 À 16:31

Découper les universités ne résoudra pas à lui seul les problèmes. C’est, en substance, le message que le Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique (CSEFRS) adresse au gouvernement.

Le projet de refonte de la carte universitaire publique part d’une bonne intention : désengorger les grandes universités, rapprocher les campus des étudiants et mieux répartir l’offre de formation sur le territoire. Mais pour le Conseil, le remède proposé reste trop léger pour soigner un mal beaucoup plus profond. Le projet prévoit de revoir en profondeur l’organisation actuelle des universités publiques. Plusieurs grands établissements seraient divisés en entités plus petites. À terme, le Maroc passerait de 12 à 27 universités publiques. Une transformation importante sur le papier, mais qui, selon le Conseil, ne peut pas être confondue avec une réforme globale de l’enseignement supérieur.

Une réforme utile, mais pas suffisante

Dans son avis émis au mois de mai 2026, le Conseil ne rejette pas le principe du découpage. Au contraire, il reconnaît que certaines universités sont devenues trop grandes, trop chargées et difficiles à piloter. Dans ces conditions, créer des universités de taille plus raisonnable peut aider à améliorer la gestion, réduire l’encombrement et rapprocher l’enseignement supérieur des territoires.

L’idée est simple : une université mieux ancrée dans sa région peut mieux comprendre les besoins locaux, dialoguer avec les acteurs économiques et contribuer au développement territorial. Sur ce point, le Conseil valide donc l’objectif. Mais il introduit aussitôt une nuance de taille : découper une grande université en plusieurs universités plus petites ne garantit pas automatiquement de meilleurs cours, une meilleure insertion professionnelle ou une meilleure recherche scientifique.

Le risque d’une réforme «à la règle et au compas»

La principale critique du Conseil tient à l’approche retenue. Le projet semble traiter la crise universitaire comme un problème de carte : trop d’étudiants ici, pas assez d’établissements là, donc on redessine les frontières. Or pour le Conseil, les difficultés de l’université marocaine ne sont pas seulement géographiques. Elles touchent aussi à la qualité des formations, aux méthodes d’enseignement, à la gouvernance, à la recherche, à l’innovation, à l’orientation des étudiants et à l’adéquation avec le marché du travail. Autrement dit, déplacer les lignes sur la carte ne suffira pas si l’on ne change pas aussi ce qui se passe à l’intérieur des universités.

Le bon diagnostic, mais une réponse trop étroite

Le document gouvernemental identifie plusieurs défis bien connus : l’encombrement des établissements, la qualité de la formation, le décrochage, l’employabilité des diplômés et la nécessité d’adapter l’université aux nouveaux métiers. Mais la réponse proposée reste principalement institutionnelle : diviser des universités et créer de nouvelles structures. C’est précisément ce décalage que relève le Conseil. Le diagnostic est large, mais le traitement est limité. Comme si l’on constatait que la maison a des problèmes d’électricité, d’isolation et de fondations, avant de proposer uniquement de repeindre les murs.

L’équité territoriale ne doit pas faire oublier la qualité

Rapprocher l’université des étudiants est un objectif important, surtout dans un pays où les inégalités territoriales pèsent encore fortement sur les parcours scolaires et universitaires. Le Conseil ne conteste pas cette priorité. Mais il alerte sur un point essentiel : une université proche ne sert à rien si elle n’offre pas une formation solide, des enseignants en nombre suffisant, des équipements adaptés, des bibliothèques, des laboratoires, des services étudiants et une vraie vie universitaire. La proximité ne doit donc pas devenir un substitut à la qualité. Créer de nouvelles universités sans garantir leurs moyens reviendrait à multiplier les enseignes sans renforcer le contenu.

Des universités plus petites, mais auront-elles plus de pouvoir ?

Autre remarque importante : le découpage ne produira pas les effets attendus si les nouvelles universités restent enfermées dans les mêmes modes de fonctionnement. Le Conseil plaide pour une véritable autonomie des universités, sur les plans administratif, pédagogique et financier. Sans cette autonomie, les nouveaux établissements risquent de devenir de simples découpages administratifs, sans capacité réelle d’innover, de bâtir leur propre projet ou de répondre aux besoins de leur territoire. En clair, il ne suffit pas de créer de nouvelles universités. Encore faut-il leur donner les moyens de décider, d’agir et de se différencier.

Attention à ne pas dévaloriser les filières à accès ouvert

Parmi les orientations avancées dans le projet figure une évolution progressive du système universitaire vers davantage de formations à accès régulé ou sélectif. L'objectif affiché est d'améliorer l'encadrement pédagogique, de réduire la pression sur certaines filières très fréquentées et d'élever la qualité des formations proposées. Cette orientation suscite toutefois des réserves de la part du Conseil. Celui-ci estime qu'elle ne doit pas conduire à une dévalorisation des filières à accès ouvert, qui souffrent déjà d'une image souvent négative auprès d'une partie de l'opinion publique. Ces formations sont parfois perçues comme un choix par défaut pour les étudiants n'ayant pas pu intégrer les établissements sélectifs.

Or rappelle le Conseil, les filières à accès ouvert continuent de jouer un rôle essentiel dans la formation des compétences nationales et contribuent de manière significative à la production des élites intellectuelles et scientifiques du pays. Plutôt que d'opposer les deux modèles, il préconise de valoriser l'ensemble des parcours universitaires, de diversifier l'offre de formation et de permettre à chaque étudiant de trouver une voie adaptée à ses aptitudes et à son projet académique.

Le cœur du désaccord : où est le schéma directeur ?

C'est sans doute la critique la plus fondamentale formulée par le Conseil. Derrière le débat sur le découpage des universités se cache en réalité une question beaucoup plus large : quelle université le Maroc veut-il construire pour les prochaines décennies ? Pour le Conseil, la réponse devrait prendre la forme d'un véritable schéma directeur national de l'enseignement supérieur. Un document stratégique capable de fixer une vision d'ensemble, d'anticiper les besoins futurs du pays et de coordonner toutes les transformations nécessaires du système universitaire.

Or le projet soumis par le gouvernement est jugé trop étroit pour remplir cette fonction. Bien qu'il présente la révision de la carte universitaire comme un cadre structurant, il reste essentiellement centré sur la répartition territoriale des établissements. Le Conseil estime ainsi que le concept même de schéma directeur est réduit à sa dimension géographique, alors qu'il devrait embrasser l'ensemble des défis de l'enseignement supérieur. Dans l'esprit du Conseil, un véritable schéma directeur ne devrait pas seulement répondre à la question de savoir où implanter les universités. Il devrait également définir comment améliorer la qualité des formations, renforcer la recherche scientifique, moderniser la gouvernance des établissements, accompagner l'innovation, répondre aux mutations du marché du travail et soutenir le développement régional. Autrement dit, le découpage des universités devrait être une conséquence d'une vision stratégique globale, et non l'inverse.

Le Conseil rappelle d'ailleurs que la loi-cadre sur l'éducation prévoit explicitement un plan pluriannuel élaboré en concertation avec les différents acteurs du secteur. À ses yeux, la révision de la carte universitaire ne constitue qu'un des volets de ce chantier beaucoup plus vaste. La présenter comme le cœur de la réforme reviendrait à confondre un outil avec le projet de transformation lui-même.

Ce que recommande le Conseil

Le Conseil ne se contente pas de critiquer. Il avance plusieurs conditions pour que la réforme ait une chance de réussir. D’abord, il recommande d’accompagner les nouvelles universités, notamment celles qui ne disposent pas encore d’une offre de formation suffisamment diversifiée. Créer une université ne doit pas se limiter à changer une plaque à l’entrée d’un bâtiment. Il faut construire une véritable offre universitaire, crédible et attractive.

Ensuite, il insiste sur la nécessité de développer les services qui font la vie universitaire : cités universitaires, espaces sportifs, équipements culturels, lieux de loisirs, services sociaux et infrastructures adaptées. Une université ne se résume pas aux salles de cours. C’est aussi un cadre de vie, un espace d’épanouissement et un environnement qui peut favoriser la réussite. Le Conseil recommande également d’aller plus loin dans le redimensionnement de certaines très grandes universités, dont les effectifs dépassent encore largement le seuil visé dans le projet. Autrement dit, si l’objectif est réellement de réduire la taille des grands pôles universitaires, il faut le faire de manière cohérente jusqu’au bout.

Par ailleurs, il appelle à sécuriser juridiquement la réforme. Le projet prévoit une mise en œuvre progressive entre 2026 et 2028. Pour éviter qu’il ne reste au stade de l’intention ou qu’il change au gré des circonstances, le Conseil recommande l’adoption des textes juridiques nécessaires et un cadre contraignant.
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