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Sahara : Bourita explique le changement de donne après la non-reconduction de la Minurso

Le veto russe n’a pas pris le Maroc de court. Invité d’une émission spéciale sur 2M, Nasser Bourita a expliqué comment le Royaume avait anticipé ce scénario et ses conséquences. Départ de la Minurso, suspension du processus politique onusien, conditions d’une reprise des discussions et maintien du cessez-le-feu : le ministre des Affaires étrangères a détaillé la lecture marocaine de cette nouvelle séquence.

01 Novembre 2026 À 09:18

Le Maroc avait connaissance, plusieurs jours avant le vote au Conseil de sécurité, de la perspective d’un veto russe. Il a choisi de ne pas chercher à l’éviter au prix d’un affaiblissement du projet de résolution. C’est l’une des principales explications livrées par Nasser Bourita lors d’une émission spéciale diffusée sur 2M, au lendemain de l’échec du Conseil à adopter un nouveau texte sur le Sahara marocain.



Le ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, explique que ce choix s’inscrit dans l’approche définie par S.M. le Roi Mohammed VI : passer de la gestion du dossier à la transformation de ses paramètres. Gérer aurait consisté, explique-t-il, à modifier les formulations du projet pour permettre son adoption. Changer supposait aussi d’examiner les conséquences d’un veto et de déterminer si celles-ci pouvaient ouvrir une perspective favorable au Royaume.

Selon Nasser Bourita, le texte attendu cette année devait prolonger la résolution 2797 en levant les ambiguïtés sur la base des négociations, les parties concernées et l’issue du processus politique. L’objectif était d’obtenir un message clair du Conseil de sécurité, à la hauteur de la dynamique internationale en faveur de l’autonomie sous souveraineté marocaine.

Le projet américain a recueilli onze voix favorables, dont celles de trois membres permanents. Le ministre y voit un soutien couvrant les différentes régions du monde. À l’inverse, le projet russe de prolongation technique de la Mission n’a obtenu que trois voix favorables, face à onze abstentions et au veto américain. À ses yeux, ces votes traduisent un choix entre une dynamique de règlement et le maintien des mécanismes du statu quo.

Le Royaume n’a donc pas découvert ce scénario au moment du scrutin. Nasser Bourita a notamment indiqué avoir rencontré son homologue russe, Sergueï Lavrov, sur instructions royales. Une fois la position russe comprise et ses effets évalués, Rabat n’a pas cherché à convaincre Moscou d’y renoncer. La publication du communiqué du Cabinet Royal moins d’une heure après le vote témoigne, selon lui, de cette anticipation.

La Minurso relève désormais d’un cadre dépassé

Le ministre a longuement expliqué pourquoi le Maroc considère que la Minurso relève désormais d’un cadre dépassé. Il pointe d’abord la référence au référendum dans sa dénomination, alors que cette option n’est plus réalisable et que la dynamique diplomatique s’est orientée vers l’autonomie sous souveraineté marocaine. Pour lui, le décalage est devenu manifeste entre les positions exprimées par un nombre croissant de pays et la persistance d’un mécanisme onusien portant encore la marque du contexte de 1991. Le projet de résolution prévoyait notamment de modifier le nom de la Mission, rappelle-t-il.

Nasser Bourita remet également en question les conditions dans lesquelles celle-ci exerce sa fonction d’observation du cessez-le-feu. Depuis que le polisario a déclaré, en 2020, ne plus respecter cet engagement, il estime que le dispositif ne fonctionne plus de manière équilibrée. Il évoque notamment les restrictions imposées aux déplacements des observateurs à l’est du dispositif de défense. Dans cette lecture, la non-reconduction du mandat doit produire des effets concrets : le départ des personnels, le retrait des véhicules et des équipements ainsi que la disparition des symboles de la Mission dans les provinces du Sud.

Le ministre insiste toutefois sur la manière dont cette opération doit être conduite. Le Maroc entend coopérer avec les Nations unies, fournir le temps et les moyens logistiques nécessaires et permettre un départ organisé. Il présente cette démarche comme la conséquence juridique et pratique de l’expiration du mandat. Le Royaume, rappelle-t-il, respecte les opérations de maintien de la paix auxquelles il contribue lui-même.

Ce qui change au Conseil de sécurité

Autre conséquence développée par Nasser Bourita : la disparition du cycle des réunions régulières consacrées au renouvellement du mandat et à son application. Il explique que les rapports du Secrétaire général et les briefings de son Envoyé personnel s’inscrivaient dans ce calendrier fixé par les résolutions successives. En l’absence d’un nouveau texte reconduisant ce dispositif, le ministre considère que ces échéances périodiques n’ont plus lieu d’être. Il apporte néanmoins une précision : le Conseil de sécurité conserve les compétences générales que lui confère la Charte des Nations unies en matière de paix et de sécurité internationales. Il peut donc se réunir si une situation le justifie. Ce que Nasser Bourita décrit comme appelé à disparaître, ce sont les réunions régulières liées au mandat de la Minurso et les obligations de rapport qui les accompagnaient.

Le ministre annonce également des démarches au sein d’autres instances onusiennes, en citant la Quatrième Commission de l’Assemblée générale. Dans cette enceinte, où il n’existe pas de droit de veto, il estime que les soutiens exprimés individuellement par les États à l’autonomie sous souveraineté marocaine doivent trouver leur traduction.

L’autonomie demeure la référence, le cessez-le-feu reste un engagement

La suspension du processus politique onusien ne signifie pas que le Maroc renonce à rechercher une solution définitive et pacifique. Une reprise suppose cependant de clarifier les paramètres des discussions. Nasser Bourita en énonce les fondements : l’initiative d’autonomie comme base unique de négociation, une issue consistant en une autonomie sous la pleine souveraineté du Royaume et un processus impliquant quatre parties. Il refuse que les réunions deviennent une fin en soi ou qu’un texte permette à chaque partie d’entretenir une interprétation différente de ses objectifs. Dans ces conditions, l’ONU demeure, pour le Maroc, un cadre approprié. Le ministre n’exclut toutefois pas d’autres espaces ou initiatives. Quant à la proposition d’autonomie, elle reste sur la table et demeure la référence pour les pays qui soutiennent une solution au différend. Sa mise en œuvre suppose un interlocuteur et un cadre dont les paramètres doivent être définis.

Sur le plan sécuritaire, le ministre établit une distinction nette entre la présence de la Mission et l’engagement de respecter le cessez-le-feu. Le départ de la Minurso ne met pas fin à cet engagement politique, juridique et diplomatique, réaffirme-t-il. Le Maroc demeure attaché au cessez-le-feu, dans le respect de sa souveraineté, de son intégrité territoriale et de la quiétude de sa population.

Répondant aux inquiétudes sur un éventuel regain de tension, il souligne que la présence des observateurs ne constitue pas, à elle seule, le facteur qui détermine les décisions des parties. Le Royaume, assure-t-il, reste un État responsable qui respecte ses engagements.

La dynamique diplomatique engagée sous la conduite de S.M. le Roi se poursuivra parallèlement, à travers les reconnaissances de souveraineté, les soutiens à l’autonomie, les ouvertures de consulats et les investissements étrangers. Nasser Bourita la relie aux transformations intervenues dans les provinces du Sud : infrastructures, projets de développement et attractivité économique.
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