Yousra Amrani
18 Février 2026
À 17:25
En matière de
diplomatie, chaque déclaration est soigneusement formulée et chaque mot est minutieusement pesé. Partant de là, l’ambassadeur, chef de la délégation de l’
Union européenne, a choisi de jouer à fond la carte de la clarté et de la rigueur en abordant la question du
Sahara marocain lors de la conférence de presse tenue mardi à Rabat. Loin des formules ambiguës, l'intervention de
Dimiter Tzantchev a dessiné une ligne constante : celle du respect du droit européen et de l’exigence d’un bénéfice concret pour les populations de la région.
Le primat du cadre juridique européen
De prime abord, l’ambassadeur et chef de la Délégation de l’Union européenne au Maroc a tenu à rappeler que la position de l’Union européenne avait été abordée lors la 15ᵉ session du
Conseil d’association UE-Maroc et qu’elle avait été clairement formulée dans le cadre institutionnel du Conseil d’association. Elle s’inscrit avant tout dans le respect du cadre juridique établi par la
Cour de justice de l’Union européenne, dont l’arrêt a précisé les modalités encadrant les interactions économiques et commerciales relatives au Sahara.
Pour Bruxelles, il ne s’agit pas d’une simple référence formelle, mais d’un socle contraignant qui guide l’ensemble de son action extérieure. L’Union se dit pleinement engagée à veiller à ce que toute mise en œuvre de ses politiques soit strictement conforme au droit de l’Union. Cette vigilance juridique constitue la pierre angulaire de sa démarche, dans un dossier où la moindre approximation peut avoir des conséquences politiques et diplomatiques majeures.
Des retombées économiques au service des populations
Au-delà du respect formel des textes, l’ambassadeur a insisté sur un principe central : les bénéfices tirés des échanges économiques doivent effectivement profiter aux populations concernées. Autrement dit, la légitimité de l’action européenne se mesure à son impact réel sur les habitants de la région. Ainsi, dans le cadre du nouvel accord commercial avec le Maroc, la Commission européenne examine actuellement les instruments financiers les plus appropriés ainsi que les mécanismes de financement mixte et de garanties susceptibles d’être mobilisés. L’objectif est d’identifier des modalités opérationnelles compatibles avec les exigences juridiques européennes, tout en assurant une efficacité tangible sur le terrain. Cette phase d’évaluation traduit une volonté de sécuriser juridiquement chaque étape, tout en consolidant un partenariat stratégique. Ainsi, ajoute l’ambassadeur, l’intention affichée est de concentrer l’appui futur sur des projets apportant des bénéfices directs et mesurables à la population, notamment dans des secteurs clés comme l’eau, l’énergie ou la gestion durable des ressources naturelles. À travers ces priorités, l’Union européenne entend privilégier des interventions susceptibles d’améliorer concrètement les conditions de vie, tout en inscrivant son action dans une logique de durabilité et de responsabilité environnementale. «À ce stade, il n’est en revanche pas envisagé de financer des infrastructures de connectivité à grande échelle dans la région», souligne le chef de la Délégation de l’Union européenne au Maroc. Ce choix reflète une approche mesurée, orientée vers des projets à fort impact social plutôt que vers de grands chantiers structurants.
Une diplomatie d’équilibre
En filigrane, le message délivré par l’ambassadeur est celui d’une diplomatie d’équilibre : consolider le partenariat stratégique avec le Maroc tout en respectant scrupuleusement le droit européen et en plaçant les populations locales au cœur de toute initiative. Sur le Sahara marocain, Bruxelles avance ainsi sur une ligne de crête, guidée par le droit, attentive à la portée politique de ses décisions et soucieuse de traduire ses engagements en bénéfices concrets.
Pour rappel, la 15e session du Conseil d'association entre le Royaume du Maroc et l'Union européenne (UE), qui s'est tenue le 30 janvier dernier à Bruxelles, a été marquée par l’adoption d’une nouvelle position européenne sur le Sahara marocain, considérant qu’«une autonomie véritable pourrait représenter une solution des plus réalisables» pour le règlement définitif du différend régional. Cette position des 27 États membres de l’UE a été consignée dans un communiqué conjoint signé par le ministre des Affaires étrangères, de la coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, Nasser Bourita, et la haute représentante de l’Union européenne pour la politique étrangère et la politique de sécurité, Kaja Kallas, à l’issue de cette 15e session du Conseil d’association UE-Maroc. Dans ce communiqué conjoint, l’Europe des 27 reprend à son compte la demande faite à toutes les parties par le Conseil de sécurité des Nations unies, «de participer aux discussions sans conditions préalables et sur la base du plan d’autonomie proposé par le Maroc afin de parvenir à une solution politique définitive».